Regard curieux sur une capitale en MOUVEMENTS

°théâtre°danse°performances°musique°acrobaties°bruit°mots°


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jeudi 26 novembre 2009

Nature Theater of Oklahoma - Cosmique comics

Beau? Non... Touchant? Non plus... Virtuose? Profond? Magique? Soigné? Non, non, non. "No dice" n'est rien de tout ça. NO DICE est tout simplement BARGEOT. Une éloge de la folie douce, du conte cosmique comics, allons enfants de la Grosse Pomme le jour de foire est arrivé. La moustache du cowboy irlandais se décolle, les bouclettes du pirate juif orthodoxe s'accrochent aux lunettes, la bretelle de la rousse en bas résilles s'affole. J'ai l'impression de plonger dans une BD de Crumb ou dans un épisode des Freak Brothers... Les mimiques à contre-temps les yeux grands ouverts, les costumes outranciers fabriqués dans un grenier de grand-mère. Devant moi, dans le public, une belle américaine de 75 ans s'étouffe de rire. Pleins feux sur la scène et dans le public, du néon cru, pas d'entourloupes, le théâtre de bric et de broc n'a besoin que d'un pauvre bout de velours vert pour faire figure de représentation.
A l'entrée on s'est enfilé du soda ricain et des sandwichs au beurre de cacahuète. Cela excite-t-il les Européens gavés de Culture que nous sommes de se pencher sur la troupe du Nature Theater of Oklahoma et en se demandant si c'est ça, la nouvelle sensation new yorkaise performative? Comment le décrire, comment le raccrocher au wagon de ce que nos artistes nous donnent à voir. IMPOSSIBLE. Certes leur nom vient de Kafka, alors oui, allons-y pour le décryptage absurde de notre quotidien. Mais leur culture est autre, plus underground, vraiment, l'art se pratique aux heures perdues, quand le fric est rentré dans les poches, qu'on a payé le loyer, le shit et la picole.
Pas de fausse branlette esthétique, on oublie les jeux de lumière soignés, les décors qui coulissent ou s'envolent, les scénographes, décorateurs, costumiers, petites mains. Ici le patron de la troupe vous tartine de la moutarde-mayo sur votre pain en guise d'intro et vous incite à aller acheter ses T-Shirts. Donc une fois le sandwich avalé, nous voilà quelques uns, une centaine, à savoir qu'on en a pour quatre heures en anglais non sous-titré, pas sûr de savoir à quelle sauce on sera mangé, à moins que le choix peanut butter/gely OU mayo/moutarde soit un avant-goût. La scène est recouverte d'une moquette neutre, un peu moche, au fond des murs blancs genre temporaires, nous sommes dans un bureau open space tout ce qu'il y a de standardisé, dans un coin une plante maigrichonne se meurt et l'horloge décompte les minutes des pauvres spectateurs que nous sommes - enfermés là pour quatre heures.
C'est parti, les cinq acteurs prennent à bras le corps un texte soufflé dans les oreillettes, des conversations banales, qui à force d'être triturées, remaniées, dites et redites, échangées, forment une matière à histoires, celles de nos vies, de la leur, d'une épopée moderne dans la jungle de villes vampirisantes. La pièce avance par la seule force de la parole et des gestes, les corps des acteurs sont le moteur. La matière théâtrale se façonne sous nos yeux, dans un long processus de fabrication. Les corps sont mis à rude épreuve, pas nus non, ni badigeonnés de beurre de cacahuète susmentionné, ni peinturlurés, non simplement tendus par le jeu, la volonté de créer là, ici ce soir, une histoire, de rester connecter aux autres acteurs, de maintenir le flot, de tenir le regard des spectateurs, de satisfaire leur envie d'être étonnés, surpris, conquis.. "Amuse-moi" crie l'un d'entre eux, "Raconte-moi une histoire" supplie l'autre... Il n'est question que de ça dans ce théâtre là, des histoires qu'on se raconte, pour s'amuser, pour se distraire, pour s'évader pour échapper à la réalité. Ou comment la banalité de leurs conversations prises bout à bout peuvent mener à la poésie, une sorte de transcendance cosmique, un échappatoire joyeux. Le Nature Theater Oklaoma a construit sa réputation sur ce jeu du réel. Cette fois-ci No Dice repose sur le matériau brut de plus de cent heures de conversations téléphoniques enregistrées. Discours anecdotiques et pourtant essentiels sur ce que c'est d'être artiste à New York au début du 21e siècle, l'incontournable course à l'argent, aux petits boulots, les envies de gloire ou pas. Par un effet baguette magique du NTO, cette frénésie du quotidien se traduit dans une transe corporelle. Le grand dur en chapeau de cow boy qui trie des dossiers par milliers avant d'aller donner sa voix à une pub quelconque répète avec puissance des gestes taylorisés. Chacun a son langage corporel, des petites phrases qu'il ponctue d'un zigzag du bras, ou d'une torsion du torse. Et puis il y a ces observateurs, pas seulement dans le public, mais aussi sur scène. Un homme habillé en batman avec oreilles de Mickey dont la seule présence muette offre un contrepoint aux logorrhées de ses camarades qui échangent sur Mel Gibson dans Hamlet ou l'assurance maladie. La pop Culture d'une Amérique méprisée et pourtant jalousée nous arrive dans les oreilles. Ca dure quatre heures avec une pause, ça joue avec nos nerfs et nos rires, on nous promet encore mieux après les deux premières heures, on voudrait y croire, on n'est pas nombreux à rester, à peine un tiers, mais cela renforce ce sentiment de faire partie de ce qui se joue là maintenant ce soir. On a fait l'effort, ils le savent. Pourtant la deuxième partie s'annonce laborieuse, les mêmes conversations nous reviennent par d'autres bouches, l'oreillette souffle le texte qui s'éparpille, trébuche, rebondit. Jusqu'à quand raconter CETTE histoire, "ne plus quitter la scène pour ne pas mourir" lance l'un d'entre eux. Pourtant il faut bien partir, les moustaches tombent, les perruques aussi, on se retrouve face à eux, fatigués, renonçant à maintenir encore l'illusion de théâtre, ils n'ont plus alors qu'à venir s'asseoir contre nous, tous près, et nous susurrer les mêmes histoires en tête à tête, à voix douce. Il y a eux, il y a nous, nous sommes réunis, nous avons vécu une histoire, une aventure ensemble. Ils sont beaux et freaks à la fois, ils nous ont entourloupé. On ne pense plus aux quatre heures, ils ont parcouru ce chemin jusqu'à nous. Nous avons répondu en revenant jusqu'à eux.
No Dice joue encore ce soir et demain à la Hau 3, à 19h. Si l'anglais ne vous rebute pas (pas de sous-titre, impro oblige), courez-y!!!
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mardi 6 octobre 2009

Die Riesen kommen (3) - Il était une fois une récupération commerciale...

Photo (c) Hans Scherhaufer
C'était imperceptible, une sorte de malaise dès le début, un je ne sais quoi de dérangeant. Ces affiches (mais on en a déjà parlé), ce plan com', cette idée d'aller saluer Wowereit et Mitterrand. Dès le premier jour devant le Rothaus l'impression a été confirmée. Le peuple, en bas, la plèbe sur le trottoir pendant que les autorisés nous prennent en photo depuis le balcon de la mairie. Discours de Wowereit sans trop de longueur, c'est toujours ça. Dans la foule se glissent des hôtesses de Total, principal sponsor des Géants du Royal, et distribuent pubs et cadeaux. Total, c'est un peu dur à digérer pour le Royal non? Les géants instrumentalisés avancent entourés d'uniformes verts, on se croirait à une manif du premier mai, on les sent bloqués, brimés, récupérés. Mais le pic est atteint à la Porte de Brandebourg, c'est jour de fête nationale, on a vendu la Festmeile à Coca Cola, à la journée du don d'organes, à la saucisse et à la bière. Berlin, Wowereit, les Berliner Festspiele ont eu le mauvais goût d'offrir ça comme décor aux retrouvailles des deux géants. Faut choisir l'angle de la photo pour ne pas avoir les sponsors en fond. Devant cette armada d'enseignes, même le grand géant perd de sa superbe, tout est plus haut, plus grand que lui, la sono, la scène, les spots. Poésie contre marchandise. Et cette strasse der 17 Juni totalement fermée à Tiergarten force les géants à parader entre une currywurst et un vin chaud. Interdiction de stationner devant le Reichstag, interdiction de passer dans les rues de la ville les plus habitées, interdition de voler au-dessus de la Porte de Brandebourg, de passer en dessous, ah non finalement à force de bagarre Courcoult obtient le droit de faire voler sa géante. Mais on sent le temps des négociations, dans la foule, on attend, on attend, on est privés de Porte de Brandebourg côté Est, on se retrouve parqués d'un côté ou de l'autre, on se voit interdire l'accès à la Pariser Platz par des camions de flics. Le Royal déroule le tapis rouge aux huiles, Frédéric Mitterrand en tête, le conte de fée n'est plus qu'un prétexte à contentement politique, et encore les élections sont passées. La fête populaire prend des allures de défilé militaire. Le dernier jour, Porte de Brandebourg, on attend longtemps le réveil des géants, comme s'ils étaient fâchés de tout ça, qu'ils faisaient une sorte de grève, qu'ils opposaient à cette marchandisation une heure de silence forcé. Lundi un communiqué de presse annonçait qu'1,5 millions de personnes s'étaient déplacées, et que l'économie berlinoise avait récupéré en un week-end la moitié des 1,5 millions d'euros investis par Total, Mercedes, et la municipalité. Pour eux, que du bénef. Pour Royal de Luxe, une des plus belles récupérations de son histoire.
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lundi 5 octobre 2009

Die Riesen kommen (2)- Il était une fois des géants...


Elle a ouvert la bouche. un peu comme ça, doucement, une fois, deux fois, elle a cligné des yeux. Elle était en retard un peu, elle a entendu les cris des enfants impatients, il pleuvait elle s'est douchée quand même, un geste de bras dans les cheveux, elle s'est faite belle, les chaussures, la robe, "Monsieur Fabien, préparez les toiles de jute", levez pied gauche, elle avait une robe verte, un peu printanière pour l'automne berlinois, elle a jeté un oeil au balcon où des hommes en costume jouaient les privilégiés, pivotement, elle nous regarde, elle est belle, mouvements de bras, et puis voilà jaune le ciré, le chapeau, treuillée sur un bateau, tour de mairie pour la galerie, elle recommence à pied, danse un peu au coin derrière, va vite, 2km heure, on la suit avec peine, en courant, pas de géants, jupe verte qui recouvre le capot rouge, le geyser jaillit toujours sur Unter der Linden, qui la suit? pas moi, trop froid, retrouvailles devant le mur de Berlin qu'elle sillonne du côté Est toujours, Checkpoint Charlie est derrière nous, le ciel lourd, gris, elle vogue vers Potdsamer Platz, mousse sur le pont, les moussaillons astiquent, dansent, forêts d'appareils photos, objectifs à la place des yeux, enfants sur les épaules, comment voir sinon, je cours encore à côté du bateau qui l'embarque, je la laisse au mémorial de l'holocauste, rejoindre le grand, l'oncle, le scaphandrier, l'homme, l'ouest, entre les balancelles de la roue, apercevoir un casque, il s'arrête, au milieu des petits hommes rouges esclaves de la machine, "descendez les écureuils", dévisser les boulons, enlever le casque, asseoir la carcasse, repos sur disque sillon géant, bruits des vagues jusqu'au soir, faut bien siester quand même, elle aussi dort sur Unter der Linden, foule des grands jours, trop, trop, où est-elle, seuls les enfants l'aperçoivent là-bas toujours au même endroit, on l'attend encore une heure, "elle bouge la tête" lance l'enfant, levée d'appareils photos au-dessus des têtes, pour voir là-haut, enfin elle passe trop vite, le pas se hâte d'avoir trop attendu, on s'engouffre dans son sillon, un camion de flics s'interpose entre nous et elle, elle, elle là-bas vers la porte de brandebourg, acrobaties, roublardises, doublage de barrière de militaires, de l'autre côté on respire à nouveau, Pariser Platz, elle se lève, elle attend, regarde là-bas à l'ouest l'autre qui arrive, il l'attend, elle s'élance, passe dessous à l'ouest, du côté de la scène Coca Cola et des speakers, à l'Est frustration, on ne passera pas, interdiction à la foule de franchir le mur, voilà le symbole, coincé là, à entendre, sans voir, la musique de Michael Jackson, la marche arrière du géant, moon walk murmure la foule aveugle, elle flotte là-bas de l'autre côté, danse?, puis rien, rien, rien, passera? dormira là?, j'entends qu'on est prêt à dormir là s'il le faut, et puis, et puis, les grues sont bien là pour quelque chose, au diable l'hystérie sécuritaire et les peurs faussement terroristes, elle s'accroche, il la lève, au-dessus de tout, de nous, du mur des chevaux, de l'ambassade américaine, des menaces d'attentat et des cordons de militaires, elle flotte là-haut, drapeau rouge, trois hommes microscopiques flottent avec elle, la porte de brandebourg en serait presque belle, la voilà ici maintenant, l'autre passe dessous, s'asseoit, la reçoit à genoux, silence dans la foule, seuls les écrans LCD parlent, dormir, bruit des vagues, même foule le lendemain de l'autre côté, même retard, une heure sans rien, scène coca-cola pour meubler, journée du don d'organes pour combler, envie d'échapper à ça, "c'est une production française c'est normal", retard encore, la bouche bouge mais rien d'autre, dans son ciré jaune elle dort toujours, lui au loin cerné de foule et de panneaux publicitaires, gong, pluie de lettres, mots confisqués, elle clignote, ouvre, s'en va, nous plante là immobiles, pris dans le tourbillon d'une foule indécise, fini?, Ah non, pas finir comme ça... raccourci par le Reichstag, bruits de canon, pluie de lettres et confettis, rires, sourires, rien n'est grave, ni la foule, ni le vent, ni le froid, soleil sur la chancellerie, elle joyeuse, avance vite, lui grave, mélancolique la suit, efforts surhumains pour soulever chaque pied, chaque pas, trente hommes pour faire avancer la machine merveilleuse, soulevée dans les airs, reposée, la crieuse contrôle, le chef à lunettes discute avec les uniformes, le scaphandrier frôle les immeubles, le ciel et les nuages, elle volette, cligne, cils à rallonge, pieds jolis, elle robe verte, lui encasqué, course vers la Spree, elle arrive en premier, se plante devant la foule, belle, lui monte plus haut, se pose doucement, l'attend, elle, dernière danse dans le ciel, dernière envolée, assise, sans fils, sans rien, sans hommes, deux corps sans mouvements, deux yeux qui voient l'adieu des Berlinois, deux carcasses glissant vers l'est, deux géants fatigués, cinquante mini-hommes restant à quai, cinquante hommes en rouge alignés, saluant, salués. Libérés, abandonnés.
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mercredi 30 septembre 2009

Die Riesen kommen (1) - Le Royal de Luxe arrive à pas de géants dans Berlin

C'était au Havre, il y a trois ans. Sans savoir à quoi m'attendre j'étais là dans les rues, comme tout le monde, il faisait un peu froid, c'était en octobre je crois bien. J'attendais un éléphant, une petite fille partie aux Indes, une parade géante. Je me disais ce bain de foule vaut-il vraiment le coup? Que reste t-il de la poésie lorsqu'au milieu de dizaines de milliers de badauds on tente d'apercevoir quelque chose du haut de son mètre 60. Et puis, si, il a suffi d'un seul battement de cils de cette enfant géante de 7 mètres, d'une tête qui se penche tendrement, d'un envol de sa jupe au-dessus des barres de béton du Havre, pour que la magie opère. La petite fille se couchait dans son lit démesuré. Cérémonie intime transportée là, dehors, en plein vent, devant des milliers de gens. C'est pour ça que demain, j'y serai à la première heure, sur cette Schlossplatz encore joliment vide et que j'attendrai qu'ils arrivent, les géants. Il y pourtant quelques agacements devant cette arrivée si médiatisée, si marketisée. "Die Riesen kommen" annoncent depuis des semaines des affiches partout dans la ville. Et alors le Royal où sont vos beaux idéaux lorsque votre parcours vous mène devant la fenêtre des édiles - Klaus Wowereit n'a pas manqué d'inviter Frédéric Mitterrand à regarder la parade depuis le Rathaus-, lorsque vous renoncez aux quartiers populaires pour vous balader dans un Berlin touristique, historique, vide, commercial, où est votre joli grain de folie lorsque l'agence de communication de l'événement twitte, facebooke, tchatte juqu'à écoeurement, propose des séjours "package" train+hôtel, convoque un concours de photo, vend du voyage en bateau sur la Spree, rameute Total et Mercedes pour payer la note (1,6 millions d'euros, zu teuer pour la trop pauvre Berlin) et même un boulanger intéressé qui distribuera 1000 petits pains aux premiers badauds pour lequel l'agence sus-mentionnée convoquait la presse lundi à une séance photo. On n'est pas loin de la caravane du tour de France... Alors, oui, tout ça est gratuit, tout ça est magique, tout ça a de l'allure. On vous invite, vous compagnie française, pour que les Allemands se retrouvent autour de leur fête nationale, et des 20 ans de la chute du mur. Devant la porte de Brandebourg vous allez rejouer les retrouvailles Est-Ouest, devant la mairie vous allez redistribuer des lettres confisquées par la Stasi. De la grande histoire, des pleurs en perspective, de l'émotion à brader. Mais à cette conférence de presse hors normes dans les vieux hangars de Tempelhof Monsieur Courcoult vous n'aviez pas l'air si à l'aise. Vous vous cachiez derrière vos éclats de rire et vos lunettes orange trop grandes. Que les patrons de Total et Mercedes aient fait de beaux discours sur votre art si populaire, vous a même fait rire. Vous vous en fichez bien vous, parce que vous savez qu'à la fin, vous mettrez tout le monde d'accord, que finalement tout ce tintamarre n'aura fait que passer au-dessus de votre tête. Que tout le monde aura le regard qui brille en regardant ces marionnettes géantes si belles. Vous vous en fichez par ce que vous êtes le seul à savoir faire ça, à penser encore l'événement populaire avec de la poésie. Et moi la première j'y serai, les quatre jours, pour y assister encore une fois. Mais peut-être regretterai-je le décor du Havre, l'ambiance dans les bistrots débordant de bière et de chocolat chaud à la tombée de la nuit, toute une ville qui était venue là pour vous voir, sans avoir besoin d'y être convoquée par facebook.

Le royal de luxe joue "Le retour à Berlin" avec ses deux marionnettes géantes du 1er au 4 octobre, de l'Alexanderplatz à la porte de Brandebourg, de Gendarmenmarkt à la Siegesaüle. Plus d'infos sur le site du petit Journal Berlin. Lire la suite...

lundi 14 septembre 2009

At.Tension festival : théâtre de rue sur piste d'aéroport soviétique

Le week-end dernier l'ancien aérodrome de Lärz, vers le lac de Müritz, à deux heures de Berlin, accueillait le At.Tension festival, troisième édition. Pour ceux qui connaissent le furieux Fusion festival, ça se passe au même endroit, en beaucoup plus calme. Quelques milliers de personnes, une quarantaine de compagnies venues du monde entier et un sacré site où les scènes se cachent sous des bunkers où les piste d'atterissages servent de décor extérieur. Plaisir d'une programmation pas trop chargée. Si on reste trois jours, tout est à peu près visible. Au gré des hangars, des bunkers et des spectacles en extérieur on a pu voir du drôle, du poétique, de la danse et du cirque, du rue et du plus intime. Mention spéciale à la Banda venue d'Espagne et l'absurde et hilarant spectacle Invisibles.
Est-ce l'heure tardive à laquelle on y a assisté (après quelques bières...) qui nous a fait tant rire? Va savoir, mais avec trois fois rien, les deux compères manient avec brio l'art du oneman show, du travestissement et du non-sens. Parce que cette histoire de personnages invisibles n'est qu'un prétexte à multiplier les scènes. La vidéo sert de décor. Le compère Xavi qui ne dit pas un mot, saute d'une tenue de tennisman à une moustache bollywood. C'est potache mais terriblement bien maitrisé.
Autre compagnie espagnole Senza Tempo. On les retrouve en extérieur avec pour décor une caravane, un bar et la nuit qui emporte les personnages dans un espace temps irréel. Les ailes de l'ange sur la caravane, l'actrice nostalgique en tutu, les errances nocturnes dans un espace clos, autant d'images qui nous ramènent aux ailes du Désir de Wenders. Les personnages sont outranciers, les chorégraphies chargées d'électricité sexuelle. Les images projetées sur la carlingue construisent des ambiances magiques qui constrastent avec l'ivresse pathétique de la nuit qui n'en finit pas. Du Tanztheater à la Pina, sans la virtuosité des danseurs. Mais il y a une énergie pétillante et une ambiance cinématographique très belle là-dedans.Dans un tout autre genre "Pandora Frequenz" joue la carte de l'abstraction et du conceptuel dans un solo magnifiquement porté par Antje Töpfer. Elle est grande blonde, avec des grandes épaules. Femme puissante et carrée, au visage obstiné. Elle déroule un spectacle de boites de pandorre en corps fragmenté. Son "körperkollage" prend tout son temps. La bande son lancée en direct est majestueuse. Choix audacieux du festival de présenter en théâtre de rue une œuvre aussi difficile et exigeante.
A peine sortis c'est d'ailleurs l'ambiance cirque forain qui nous accueille avec les français des Humains gauche. Caravane toujours mais nez de clowns et autodérision pour le spectacle "Il pleut dans l'omelette". L'actrice fait des efforts pour parler allemand et anglais (très mal), et moi ça me fait rire un peu plus. Il y est question d'un chef de troupe bête et méchant et de pieds nickelés pour acrobates, parmi eux Moumoute, la seule femme du spectacle, le bouc émissaire. L'humour troisième degré très politiquement incorrect (le gros méchant pointe les enfants du public avec son flingue en plastique, rabaisse sa femme à longueur de temps et la traine par les cheveux) ne semble pas correspondre à l'humour allemand. Un remix des Deschiens qui auraient croisé Kusturica, bien huilé, bien géré.
L'univers des Ton & Kirschen m'a touché aussi, de cette grâce un peu bricolée. Les membres de la troupe manipulent toutes les langues, recourent aux instruments et machineries un peu de bric et de broc, c'est d'une jolie poésie à l'ancienne. Déception par contre avec le théâtre de masque de la Cie toulousaine Ceux qui ne marchent pas sur les fourmis. Gageure de résumer la guerre d'Espagne en un peu plus d'une heure. Sur scène, l'histoire se déroule comme prévu, sans accroche, sans grandes idées fortes. On s'ennuie, on s'agace d'une bande son qui ne fait que renforcer le trait déjà gros. Les masques sont beaux, c'est déjà ça.
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jeudi 6 novembre 2008

Le Royal de Luxe squatte les vitrines du Kadewe


Pour la première fois de son histoire le Royal de Luxe a trouvé un abri. Et pas le moins chic. Les vitrines du Kadewe. Depuis lundi, la célèbre troupe de théâtre de rue française qui sillonne le monde depuis 30 ans avec ses parades, a installé d'étranges mannequins dans le plus sélect des magasins berlinois. La troupe est invitée par le festival de théâtre Spielzeit'europa
Comme toujours avec Royal de luxe, l'événement commence avec une légende. Celle d'un Hollandais, producteur en série de mannequins anatomiques en 1900, qui devient fou après avoir vu des larmes couler sur le visage de ses créatures. D'où la rumeur : on a vu des mannequins, la nuit, traverser des vitrines et se promener de boutique en boutique. Dès lors, ils furent colonisés et exploités par les grands magasins. Mais l'heure de la révolte a sonné... Elle va durer dix jours. Une révolte silencieuse qui agite les vitrines aux heures les plus noires. Le jour, les mannequins sont figés dans une pose et une expression... Leurs visages ont été modelés sur ceux des vrais acteurs de la troupe. Là une femme en mini-jupe, bouche ouverte, yeux écarquillés qui s'exclame devant son test de grossesse positif. Ici un homme qui dort à même le sol dans la rue. Un chien bardé de cartouches accompagne son maître-chasseur. Une petite fille arrose les fleurs d'un cimetière devant une tombe qui fume étrangement. Au coin du magasin, dans la vitrine "Liquidation totale" un sniper a d'ores et déjà éliminé l'un des mannequins. La vitre en témoigne, percée précisément par une balle. Sur la Tauentzienstraße, on se presse pour aller vérifier si cet impact de balle est bien réel.
Le lendemain les mannequins ont bougé, la femme enceinte a désormais un ventre arrondi, le chien a échangé ses cartouches contre de la... charcuterie, le SDF s'est réveillé et prépare son café sur un réchaud de fortune. Un paysan en guenilles plante une tige verte dans un cul blanc qui émerge de la paille au sol.... Pour connaître la suite de cette histoire muette, délicieusement absurde, il faudra donc revenir tous les jours devant le magasin.
Moins spectaculaire que ses parades, cette révolte adopte un esprit poétique dans un "temple de la société consumériste", incitant à une lenteur bien à contre-courant des mouvements de foule de passants. Le Royal de Luxe se serait-il embourgeoisé? "Notre théâtre s'est toujours déplacé là où se trouve le public. Les lieux de consommation en font partie", assume le chef du Royal de Luxe, Jean-Luc Courcoult. Ce spectacle avait déjà été présenté dans les vitrines des commerces de Nantes en janvier dernier. La révolte s'était terminée par une grande échappée dans les rues et sur les toits. Il y a de grande chances pour que les mannequins tentent ici aussi de quitter leur prison dorée
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