Regard curieux sur une capitale en MOUVEMENTS

°théâtre°danse°performances°musique°acrobaties°bruit°mots°


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lundi 17 mai 2010

Theatertreffen - La Dauerkolonie de Marthaler sent le renfermé

Samedi soir, en sortant des hangars de Tempelhof, je me dis que j'ai du mal à comprendre le succès de Christoph Marthaler. Artiste associé d'Avignon 2010, il y a déjà triomphé l'an dernier avec son RiesenBuztabach - eine Dauerkolonie. Sélectionnée pour ces Theatertreffen, cette pièce s'est installée le week-end dernier dans les hangars désertés du plus grand aéroport du monde, Tempelhof. J'ai souvenir que la poésie m'avait tenue éveillée pour Die Fruchtfliege, vue il y a deux ans à la Volksbühne. Cette fois-ci je trouve juste son univers sans surprise, et je m'y ennuie. En Allemagne ces tapisseries vieillottes, ces vêtements étriqués, ces meubles années 50 sont devenus à la mode. Cette esthétique n'a plus rien d'une douce ironie populaire qu'on trouve chez les Deschiens. Pour la première fois j'ai vraiment l'impression d'un décalage générationnel avec un metteur en scène, pourtant pas si vieux (la cinquantaine). Son monde m'est étranger, son petit ballet d'anti-héros du quotidien qui ne ressemble plus au mien me touche mollement.Peut-être étais-je trop loin perdue au 30e rang d'un gradin vertigineux. Je vois bien que tout le monde applaudit à la fin, que le charme a opéré, je regarde les visages, ils sont âgés.Le gigantisme de Tempelhof se mariait pourtant bien au décor signé Anna Viebrock, une maison/usine/pavillon/cité, à vous de choisir. Le lieu de tous nos quotidiens, sous l'inscription "Institut des entreprises de fermentation". Balcons, garages aux portes coulissantes, escaliers, salles vitrées, les acteurs évolent dans ce décor aux multiples facettes mais finalement très clos, étouffant. La pièce s'ouvre sur un tableau tout féminin. Des silhouettes de tous âges sont disposées ça et là au milieu de meubles épars, et attendent. Salle des ventes, magasin, bureau, appartement, en tout cas un lieu transitoire, en devenir - ou en pleine décrépitude. Ca sent le début et la fin d'un monde, on ne sait pas bien lequel. Un homme entre en scène, claque des bises à chacune et multiplie les mêmes explications vaseuses de son retard à sa maman/épouse/maîtresse. Il leur parle en français, elle n'y comprennent rien. Mais finalement peu importe ce qui se dit, et en quelle langue, ces échanges n'ont pas de sens, pas plus que les comptes des banques qui se vident et se remplissent au rythme éffréné de la (les) crise économique. Ces quelques conventions sociales du quotidien, sont tout ce qui nous reste d'un monde en déliquescence et on s'y raccroche pour croire encore en l'ordre du monde : un patron derrière son bureau vitré qui surveille, un employé de banque peu aimable derrière son comptoir, des hommes qui crient à leur femme de leur chercher des bières, des fêtes à cotillons qu'on organise dans le garage. Mais autour tout s'effrite, les meubles disparaissent les uns après les autres, les comptes se liquident, les héritages s'envolent, les patrons se déshabillent pour pousser la chanson. Durant les deux heures et demi de la pièce Marthaler semble regarder ses personnages s'affoler dans une cage ou un aquarium leur injectant une dose de "crise économique" et regardant ce qui se passe. Le ballet qu'il leur fait exécuter est dirigé avec méticulosité à tous les étages. Pas ou peu d'histoire, des situations qui éclatent, s'étirent souvent, des répétitions, des ballets qui tournent à la posture et tournent à vide - comme ce défilé de mode final en habits recyclés (il faudrait que Marthaler aille voir ce qui se fait en danse avec ce type d'idées, je pense notamment à Parades and Changes d'Anna Halprin, c'est tout de même autre chose). Impossible cependant de résister à cette bande d'acteurs fidèles, différents, non formatés, et surtout "pas jeunes". Ils vivent sous nos yeux tour à tour guignolesques, mesquins, petits, rêveurs. Mais leurs déplacements à quatre pattes, leurs va et vient entre les trois garages, leurs chorégraphies sur "Staying alive" transpirent le second degré bon marché. Les chorégraphies ne me font pas vraiment rire, le comique est facile, vu et revu.Le théâtre de Marthaler sent un peu le rance, comme le capitalisme qu'il attaque. Son théâtre de marionnettes chantantes ne m'amuse pas, voire m'ennuie. Quoi Bach et Schubert pour nous sauver des eaux entâchées de nappe de pétrôle du libéralisme triomphant? Je ne trouve aucune originalité dans cette proposition, aucune échappée, ni poétique, ni esthétique. Où se situe la modernité de ce spectacle? J'ai l'impression d'être loin de tout ça, et me souviens de l'émotion lundi dernier à la Schaubühne en découvrant Trust de Falk Richter - qui sera d'ailleurs à Avignon cette année. Dans sa critique de la crise économique, Richter développe bien d'autres énergies, même si ce sont celles du désespoir.
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mercredi 12 mai 2010

Theatertreffen - Jack Lang, Sekt und Kasimir

Peut-on vraiment faire confiance à un festival qui s'ouvrirait sur un discours de Jack Lang en allemand dans le texte devant un parterre d'huiles ébahies? Les theatertreffen, ou tt pour les initiés, ont débuté vendredi soir. Le rendez-vous allemand de l'année, l'institution, un peu leur Avignon à eux, à la différence que les tt privilégient les productions germanophones. On s'y repait pendant presque quinze jours d'un pot pourri des dix meilleures pièces de l'année choisies par un jury de critiques et de personnalités du théâtre parmi les 400 productions annuelles. Seul ovni cette année dans ce nec plus ultra du deutsches Theater, le Nature Theater of Oklaoma et ses new yorkais frappés avec leur dernière création Life and Times, en ricain dans le texte, MAIS créée à Vienne donc parmie le top ten de l'année allemande. Voilà pour le vent frais. Et puis quand même Marthaler vient jouer "Riesenbutzbach" dans les hangars de Tempelhof. Et puis aussi le stückemarkt dédié à la jeune création européene. Pour le reste on verra donc des classiques venus d'Hambourg, Vienne, Köln, d'Andreas Kriegenburg à Luk Perceval. Le cœur du festival c'est toujours la un peu snob Haus der Berliner Festspiele qui pour l'occasion a quand même revu la déco du bar et disposé quelques gravillons et caillebotis pour faire plus "cool". Dans ce magnifique bloc de verre posé sous les arbres, mieux vaut être accompagné, de préférence bien habillé, ou du moins avec un style qui se fasse remarquer. Commander un verre de sekt au bar, aller le siroter en fumant une clope devant le brasero so chic du jardin, dire bonjour à ses connaissances, avoir l'air à l'aise, chez soi. Mais la sonnerie retentit. Ah oui, c'est vrai, ce soir c'est théâtre. Le si bourgeois festival a choisi une pièce populaire (volksstück), et qui parle de crise économique et de chaos en plus, pour son ouverture. Les tt convoquent la crise des années 30, Munich et son Oktoberfest avec la pièce de l'auteur hongrois de langue allemande Ödön von Horvath, "Kasimir und Karoline". Pas tout à fait dans la même version que celle montrée - et pas mal huée- l'été dernier à Avignon mais presque. Décor, musique et mise en scène identiques. Mais le texte a changé, revenu à l'allemand d'origine, les acteurs aussi. Après leur petit flop de la cour d'honneur Johan Simons et Paul Koek ont re-monté la pièce avec la troupe du Schauspiel Köln. Samedi soir le public berlinois n'a rien sifflé - ce n'est pas vraiment dans ses habitudes - mais les applaudissements mous suintaient l'ennui au mieux. Pourtant comme une injonction impérieuse ENJOY brillait en lettres scintillantes géantes sur le décor-échafaudage. Structure massive qui porte notre regard aussi haut que la grand roue de la fête où vont et viennent Kasimir et Caroline, amants malheureux, séparés par la vie et les flots de la foule, emportés par la crise économique, incapables d’échapper aux destinées de leur condition, acteurs passifs, dépassés par le cours du monde et de leur propre vie. Et ce décor sur quatre étages nous rappelle aussi que le drame se joue verticalement, par strates sociales hiérarchisées. Kasimir (Markus John) était chauffeur, il vient de se faire licencier. Karoline (Angela Richter) se contente d’être employée, mais a d'autres rêves, d'un monde d'argent et de sécurité auquel elle ne peut renoncer. A moins que quelques bières ne l’emmènent sur d’autres chemins plus légers. Cette Karoline là a une pointe de naïveté, certes elle calcule, plaque son chômeur pour un petit tailleur, et ne résiste pas au grand bourgeois qui a flashé sur son cul mais elle voudrait rêver un peu plus loin, ne pas se laisser engluer par la poisse économique ambiante. Cette fable cruelle, balade amoureuse triste et nostalgique, ne parvient pas à sortir d’une mise à distance qui nous plaque loin d’eux ces personnages, loin de Kasimir - pourtant interprété avec force par Markus John - loin de Frank, et de ses femmes qui vendent leur corps pour quelques marks. Tous semblent perdussur cette scène démesurée, trop grande trop haute, petites vies minuscules affolées et sans direction automatique. Rien ne nous parvient de l’effervescence de la fête. Ces flonflons remplacés par une pop synthétisée de mauvais goût ne rendent pas l’ambiance plus populaire. Le drame de Kasimir et Karoline semble à mille lieux de nous, seule Erna - d’ailleurs largement la plus applaudie des comédiens - nous insuffle un brin d’humanité avec sa démarche empruntée sa vraie-fausse révolte étouffée, et nous assure un final plus intense. Ultimes soubresauts d'humanité dans une production à l'encéphalogramme désespérément plat.
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