Regard curieux sur une capitale en MOUVEMENTS

°théâtre°danse°performances°musique°acrobaties°bruit°mots°


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mercredi 12 mai 2010

Volksbühne - Fuck off America, ce blog lui doit bien ça

Quatre bonne raisons de parler aujourd'hui de Fuck Off America :
1. ça se joue ce soir à la Volksühne.
2. Ce blog lui doit bien ça, s'abritant depuis ses débuts derrière son nom et la façade provocatrice d'un OST theater, comme une trace nostalgique d'un esprit alternatif berlinois en perdition.
3. Il y a deux ans avec cette pièce je découvrais la Volksbühne, Frank Castorf, ravie de voir qu'on pouvait aller au théâtre sans comprendre un mot de la langue.
4. Au moment où la pièce sortait à Berlin, le magazine XXI se lançait. Dans son premier numéro l'écrivain Emmanuel Carrère traçait un portrait ciselé et littéraire d'Edouard Limonov, l'auteur de Fuck Off America. L'article est à lire ici.
Donc, pour la Volksbühne, même si récemment rénovée et toujours aussi désespérément désertée, et pour fêter un peu la renaissance printanière de Berlin sur Scène, j'ai fouillé dans mes notes de l'époque, griffonnées sur un cahier comme on faisait avant. Je vous les livre ici.
6 mars 2008. Totalement par hasard j'ai lu il y a deux jours le long et très bel article d'Emmanuel Carrère sur Edouard Limonov paru dans le 1er numéro de XXI. Hier encore j'ai ignorais totalement l'existence. Et voilà que ce soir je suis allée voir une pièce tirée de son roman et de son expérience de l'exil new yorkais (pour cause d'expulsion d'URSS au début des années 80). Limonov c'est un parcours de poète maudit,
d'écrivain d'avant-garde lors de son exil parisien qui durera dix ans, de révolutionnaire rouge-brun. A son retour en Russie les choses se politisent, il fonde le parti national-bolchéviste, c'est gros bras, argent douteux, pas peur de la bagarre ni de la confrontation à Poutine. Ca finit quand même dans les geôles. Frank Castorf, patron de la Volksbühne, n'aime rien tant que de se frotter aux personnages à la marge, aux politiquement incorrects, aux personnages douteux et poisseux, aux rebuts de la société. Est-ce pour ça qu'il a préféré jeter Goethe aux oubliettes (il devait monter Faust et deux semaines avant les premières représentations fait parvenir à la presse un dossier de presse Fuck off Goethe et annonce son adaptation de Limonov) et s'attaquer à du méchant, braillard, nauséeux? ébauche, exil, frustration, sexe, premiesr écrits, poésie, vie sombre, du pain bénit pour le metteur en scène. C'est ma première fois avec Castorf, je m'attendais aux ris et au trash. Et je n'ai pas été déçue. Théâtre physique, on éructe, on se délecte des mots crus qu'on crache à la figure, pourquoi pas avec nourriture, on mime la fornication, on bouffe, on bafffre, on crache, on crie, on chante. Avec mes trois mots d'allemand je ne comprends rien mais la rage de Limonov passe, le désespoir de l'exil aussi. Le décor tourne encore. La première a eu lieu hier, et aujourd'hui la salle est à moitié vide. Mais les présents, des jeunes surtout, sont très présents. Applaudissements, rires, cris, manifestations d'enthousiasme, j'ai rarement vu un public aussi impliqué. Je suis contente d'être là au milieu d'eux, j'ai l'impression d'être invitée à une fête où je ne connais personne mais où les gens me sont a priori sympathiques. je me dis qu'il est réjouissant de voir ce genre de spectacles volontairement vulgaire, violent, de mauvais goût, sur l'une des scènes culte de Berlin. La bourgeoisie, on lui crache dessus, on se fout des salles pleines, même quand on s'appelle Castorf et qu'on a plus de soixante ans, on s'en fout des p'tits fours et des soirées de première m'as tu vu. On préfère faire hurler un public jeune dans une salle moitié vide.
Depuis mars 2008, je suis souvent revenue à la Volksbühne et n'ai jamais retrouvé cette folie de la première fois. Mais je ne suis jamais allée revoir Castorf. Pollnesh, Meg Stuart, Marthaler, Gotscheff surtout. La salle est souvent dépeuplée à part pour Dimiter Gotscheff. Dimanche soir j'y étais encore pour une création maison avec la chorégraphe Wanda Golonka. On devait être soixante, pas plus, la première avait eu lieu quelques jours auparavant. La Volksbühne a beau avoir ravalé sa façade on sent que les années Castorf - à sa tête depuis 1991 et pas décidé à partir malgré les vague de haine qu'il soulève dans la presse - l'ont marqué. Sur cette belle et large scène arrondie, dans les couloirs marbrés, derrière les vitres, l'heure est au désamour. Et pourtant il n'y a pas si longtemps on criait au génie.
"Dans les trois ans, réputé ou mort" voici la formule légendaire que trouvèrent quelques hommes de théâtre responsables de l'Est de l'Ouest en confiant la direction de la Volksbühne à Frank Castorf en 1991. Depuis 12 ans maintenant, le dernier révolutionnaire de théâtre que la RDA ait produit règne dans cette forteresse à la lisière du quartier artistique au centre de Berlin"... Il est passé de l'excentrique outsider dont le travail était jugé scandaleux, à la position de maitre absolu de toutes les classes. Il a fissuré le mur du jeu traditionnel psycho-réaliste qui était de règle sur les scènes allemandes jusqu'aux années 90. Tous ceux qui arrivèrent après lui ne pouvaient pas faire autrement que de s'orienter à partir de lui... le fait qu'un fils de gérant de quincaillerie devienne directeur de la Volksbühne fut le début d'une réorganisation du paysage théâtral berlinois". Nikolaus Merck dans Alternatives théâtrales.
Aujourd'hui je garde toujours une espèce d'affection pour ce grand bateau à la dérive.
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samedi 30 janvier 2010

Meilleurs vœux glacés

Berlin fait de la résistance enneigée... c'est pas une raison pour s'immobiliser sous les couches de glace. Réapparition spontanée. Berlin sous givre, mais Berlin sur Scènes immer noch... Lire la suite...

mercredi 25 novembre 2009

Reprise de souffle

Et je n'ai plus suivi le rythme... Parfois d'autres choses arrivent, prennent le dessus
des voyages - Prague, Hambourg -
des amis,
du travail
une envie de dé-connecter
J'ai donc vu, entendu, rencontré beaucoup ces dernières semaines sans avoir le réflexe d'aller le partager ici. Reprise de souffle cybernétique, période de jeûne médiatique, mais qui nécessitera quelques retours, notamment sur ce très beau Tanzkongress de Hambourg qui a offert un temps de parole précieux à la danse contemporaine.
Pour revenir à l'agenda berlinois, lundi soir, j'ai manqué la première du Mariage de Maria Braun, la nouvelle création d'Ostermeier à la Schaubühne mais ça se rattrapera fin décembre.
Pour faire vite, il faut aller faire un tour à la Hau cette semaine, pour plusieurs raisons:
1. le Nature Theater of Oklaoma y fait une visite. Ce soir je vais y voir No Dice (Hau 3), 3h30 de spectacle dont je n'ai pas trop voulu décrypter le contenu. Pour la surprise.
2. jusqu'à samedi et dès ce soir, Jeremy Wade à la Hau 2.
3. Toujours à la Hau la semaine prochaine Photo Romance et Lola Arias.
Je serai aussi demain soir à la Volksbühne pour Meg Stuart et son "Do Animal cry". A noter dans les agendas encore la nouvelle création Matkot de TOTAL BRUTAL et Nir de Volff, dès vendredi au Dock 11, on y reviendra sur ce site avec une longue interview de l'intéressé.
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mardi 24 février 2009

Pêché d'hibernation

Oups. 19 novembre 2008, dernier signe de vie. Trois mois pour voyager, festoyerdefindannee, travailler. Pendant ce temps Berlin n'attend pas. La Berlinale vient tout juste de rendre les clés (mais moi j'ai pas chômé, chroniques à retrouver sur www.lepetitjournal.com/berlin.html et sur le blog http://berlinaleoff.blogs.courrierinternational.com), Hamlet a ravagé la terre de la Schaubühne, Sasha Waltz s'apprête à investir le tout rénové Neues Museum, le Tacheles agonise, et le Mauerfall fête ses 20 ans un peu partout dans la ville. Le blanc a quitté les trottoirs de Berlin, nous abandonnant au gris. La glace cède, Berlin sur Scènes sort de sa torpeur.
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jeudi 14 août 2008

On dirait une présentation

Ceci est un blog. A sa tête, une fouineuse qui collectionne maladivement les programmes des spectacles de toutes les salles de Berlin - y compris celle où elle n'a encore jamais mis les pieds - depuis qu'elle y a débarqué voilà un an, qui trouve le Zitty utile mais trop tendance, poseur, suiveur, consommateur (un peu comme un Télérama pour trentenaires qui aurait rencontré Next), qui se dit qu'en français, ça pourra toujours aiguiller quelques touristes, immigrés, flâneurs à qui on a juré grand dieu que la Szene berlinoise c'était... c'était "New York y'a 20 ans" (entendu). Je le sais, nous sommes des milliers de Français (20000 officiellement c'est à dire beaucoup plus) à être venus à Berlin un peu pour ça. Pour ce "ça bouge", pour ces bars sans heure de fermeture (et encore de la fumée), pour ce bouillonnement artistique, pour ce sentiment que tout peut se passer, là maintenant, partout, ici.

Ce serait mentir que de promettre uniquement de l'underground, du jamais vu, du confidentiel, du "même-pas-de-flyer", du "freiraumer", parce que j'aime AUSSI le lustre de la Volksbühne, les places à 6 euros de la Schaubühne, la vue sur la Spree du Radial System, les tenues des abonnées du Deutsche Oper, la salle de la Hau 1, la foule de la Philarmonie. Autant le dire je découvre encore avec bonheur et naïveté les grands noms du scène allemande contemporaine, les Ostermeier-Castorf-Marthaler-Gotscheff-Waltz-Macras-Petras... Bien consciente que tous ces gens n'ont plus vraiment besoin de soutien mais ont encore des choses à dire, j'espère avant tout donner le goût de leur travail, laisser entendre leur parole, faire œuvre d'entremetteuse entre ces créateurs et le public francophone qui a l'occasion de les voir tourner en France. Cela vaut aussi pour les autres, les moins connus, les sans-subventions, les artistes anti-mainstream. Y'a pas de raison.
DONC. Du off et du on, de l'institution et de la déconstruction, de la rue et de la scène, des entrepôts et des théâtres, des stations de métro et des parcs, des légendes et des au-chapeau. bERLin sUR SCèNEs suivra un cours peu défini. A l'envie.
Pour ne pas me faire mentir, je vais commencer par un GROS événement, très très subventionné. Peut-être le plus grand festival dédié à la danse contemporaine en Allemagne, Tanzimaugust (Pina Bausch devrait quand même leur voler la vedette cette année du côté de Essen et de Wuppertal.... mais tous les trois ans, ça compte pas). Akram Khan (en ouverture les 15 et 16 août avec sa pièce montée avec des danseurs du ballet national chinois, Bahok), Trisha Brown, Olivier Dubois, Nasser Martin-Gousset, Boris Chamatz, Deborah Hay, le Ballet de Lorraine, Dave Saint-Pierre... Jusqu'au 31 août, entre le Hebbel-am-Ufer (Hau 1,2,3), organisateur, la Sophiensaele, le Radial System, le Podewill, la Tanzfabrik, la Halle, la Haus der Berlinerfestspiele et la Volksbühne (autant dire la majorité des lieux programmant de la danse à l'année, à l'exception notoire du Dock 11 et de la Schaubühne), le festival fête ses 20 ans d'existence.

J'ai trouvé l'occasion bonne. D'autant que mon premier bain culturel berlinois, c'est exactement là que je l'ai pris, il y a un an. J'avais réagi trop tard pour voir le Steve Reich evening d'Anne Teresa de Keersmaeker. Mais j'avais découvert dans les salles du Radial System et la Hau 1 (déjà tout un programme) Edgar de Maria de Serpa Soares et Grayson Millwood et Ros Indexical d'Yvonne Rainer. Dans les queues qui s'allongeaient devant les salles, ça parlait français, espagnol, anglais, portugais, un peu allemand. Cette année, accréditée, je ne vais pas arrêter. 15 jours de danse à vivre et à raconter.
Allez, je coupe le cordon (rose fluo comme le logo de Tanzimaugust 2008 et le cadeau-collant d'hélène), et je déclare la saison du blog-qui-arpente-les-scènes-et-les-rues-berlinoises à l'affût du moindre mouvement, 15 août y compris, très grande OUVERTE.
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