Regard curieux sur une capitale en MOUVEMENTS

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jeudi 19 mars 2009

Blurt au Live@Dot


Il y a encore deux jours, je ne connaissais pas leur existence. Quoi? Tu connais pas BLURT ???? J'ai bien compris en regardant le public de la salle que ce concert était spécial, genre fan club chic, réunion d'ex-punks devenus néo-branchés qui venaient se donner encore des frissons avec un mec de 60 ans toujours pas revenu de sa coupe iroquois. Bref Blurt fait partie de la légende rock, enfin surtout sa figure, son poète, son éructeur, son aboyeur : Ted Milton. Le garçon a une classe toute anglaise, cheveux rasés, crête discrète, costume, saxophone. Moi c'est l'affiche qui m'a fait venir. Croisée par hasard sur les murs de la ville. Beau graphisme, pogo jazz noir écrit en petit. The last last tour, deuxième version. Ca c'est de l'ironie de vieux briscards annonçant depuis trop longtemps (ça fait 28 ans que ça tourne) leur ultime tournée.

Et me voilà au milieu de fans absolus qui ont déjà du voir le trio 20 fois en concert dans toute l'Europe, ou peut-être à Berlin en 81. Blurt y avait enregistré son deuxième album. Un live "In berlin", devenu mythique. L'onde monte dès les premiers roulements de tambour. La Batterie se joue comme une machine, presque une transe. La guitare enchérit là dessus. Milton a la base pour lancer ses phrasées de free sax et ses grondements de poète. On pense à The Ex, en plus direct, plus rock, plus populaire presque. Je m'attendais à un truc plus expérimental. Là leur musique puise à des sources populaires qui rendent leur musique immédiatement accessible : funk, jazz, hip hop, afrobeat, blues. La musique noire colle aux baskets du grand white English. C'est bon très bon même. Je jette un oeil autour. Ca sourit de plaisir. Parait qu'en plus le sir Milton était de bonne humeur ce soir là.
Tout ça se passait au Live@Dot, nouvelle salle berlinoise installée en lieu et place du Club 103 aux pieds du Oberbaumbrücke, à Kreuzberg. Bonne taille de salle, bonne prog. A suivre...
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vendredi 13 mars 2009

Out of grey...


Gris, pluie, gris, pluie. Luttons contre le monocolore et l'ennui. Evitons l'extérieur, frayons nous des chemins pop et roses, chic et tumultueux dans les cours et dédales berlinois. Plan d'action pour un week-end out of GREY à Berlin.Mettez du rose, direction le Wirrwarr (photo), pas moyen de trouver sans connaitre l'adresse. Au fond de la seconde cour, un bar esprit loft aménagé par deux françaises, branchées féminisme, art contemporain et gay community. On en avait déjà parlé lors du PornFilmFestival. Ce soir Céline Robinet alias Kakosonia y organise la première rencontre internationale de slam de Kreuzkölln, 2e session. 20h, prix d'entrée à tirer aux dés. Rose aussi la robe de la chanteuse queer dans "Jenseits : Bist du schwul oder Türke?" une pièce présentée au théâtre Ballhaus Naunynstrasse. Chaudement recommandé, on y était hier soir et on en reparlera sur ce blog. Acteurs formidables et texte percutant. Autre remède à l'ennui gris, le Hamlet revu par Ostermeier joue dimanche et lundi, à voir rien que pour ses 20 premières minutes extatiques.
Turque et pop, également au Suppamolly samedi soir avec le mix de DJ Ipek et son Eklektik Berlinistan.
Info, intox? Ce serait la dernière soirée du Karmanoia, le bar-squat de la Mainzerstrasse. Depûis que j'habite là j'ai du entendre au moins 20 fois la rumeur. Samedi soir donc vraie-fausse soirée de clôture, à coup sûr on y jouera des coudes. Les Haferflocken Swingers, groupe presque résident, y joueront. Ils seront aussi la veille au FrühPerle, nouveau bar de la Boddinstrasse, à la déco comics et aux patrons perchés. On y a passé quelques soirées sympa, manque juste un peu de monde pour remplir l'espace immense.
Rouge le concert des Pony Hoax au Röter Salon de la Volksbühne. Dernière soirée avant réfection. La Volksbühne se prépare à six mois de transhumance entre Prenzlauer berg et Mitte pour grands travaux.
Demain après-midi s'ouvrent également les dépôts du BuchstabenMuseum, sur la Leipzigerstrasse. Pour les amoureux de la lettre, de la typo et du graphisme.
Si vraiment ça ne suffit pas, les bains de Neukölln. ont rouvert depuis la semaine dernière. Impeccable pour s'oublier dans la vapeur et les mosaiques arts déco.
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mercredi 11 mars 2009

Au fond des cours, derrière les ruines le Antje Øklesund

Si mon appareil photo avait assuré, vous auriez pu voir ici un homme jouant de la batterie dans un mini-boite pas assez haute pour se tenir debout où l'on y jette un coup d'œil par des minces interstices, un peu voyeurs, son compagnon perché sur le toit de la même boite bidouillant des sons électro-acoustiques. Et aussi un bar "peep show" où on a juste laissé trois fentes : une pour payer, une pour parler, une pour prendre sa bière. Bref tout ça aurait été beaucoup plus facile à expliquer images à l'appui. Hier soir, le Antje Oeklesund (normalement le O est barré à la suédoise) vernissait sa nouvelle installation "Connected" au fond d'une cour introuvable de Friedrichshain.
Pas d'enseigne, trop ringard, pas d'indication. Un lieu aussi destroy et "underground" que tous nos fantasmes berlinois réunis. Ouvertures seulement le mardi et vendredi, "Nur für Mitglieder" sur la porte, et un petit droit d'entrée pour la cause. C'est Marco, musicien italien exilé (Hotel Ambiente, The Somnanbulist) qui nous a parlé du lieu. Il y travaille, il a aussi participé à l'installation "box" de ce cycle Connected. A l'intérieur le public est étonnament branchouille. Peut-être la faute à Kid Ikarus qui nous refait son set (déjà vu à la HBC Kollective, sur AlexanderPlatz) électro-popeux-troisième degré. Mauvais et ennuyeux. Peut-être est-ce un peu drôle, plutôt le sentiment que ça ricane. Je suis beaucoup plus convaincue par le duo Swing from Circuits de Andre Wakko and Carsten. Batterie minimale enfermé dans la boite, distorsions rythmées par Wakko avec toutes sortes de bidouilleries électro. L'expo Connected dure jusqu'à nouvel ordre. Pour trouver l'endroit sans trop galérer : Rigaer Straße 71 – 73 auf einem Gewerbehof, gegenüber vom LIDL.
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lundi 9 mars 2009

Fallait pas arriver si tôt... (tard?)


Berliner Kindl Braeurei, dimanche, 5h30. Une queue de taxis stationne devant le 50 Wehrberlinerstrasse. Bien avant l'entrée de la tour de briques, on sent une agitation inhabituelle pour le quartier. Ca sort un peu, ça arrive surtout. Titubants mais excités, on a bien pris soin de ne pas se pointer trop tôt, sillonnant Kreuzkölln à coups de bière gratuites (au Mama qui fêtait son premier anniversaire) et à 1 euro (Bei Schlavinchen, grosse découverte du week-end). Nous voilà au pied de la tour de la brasserie la plus célèbre de Berlin.
Là dedans se tient la grosse teuf du mois à Neukölln : 30 DJs, 10 groupes live, et un bâtiment industriel démentiel. On a déjà raté la séance de la veille (si quelqu'un peut me dire si ça a fermé entre les deux... selon des infos de première main tous les groupes prévus vendredi soir n'avaient pas encore joué à 7h du mat). C'est sans compter sur l'endurance du public technoïde berlinois. Après une demi heure dans la queue devant des mecs de la sécu trop tendus on n'a pas fait 2 mètres. Ca casse quelques bouteilles de verre. Il fait froid. Qui sait combien de temps on va encore devoir attendre. L'excitation s'éteint. On laisse tomber. Les teufs berlinoises en milieu industriel désaffecté ont perdu le charme de la spontanéité. 10 euros l'entrée, sécu et taxis. J'apprends finalement qu'il y a une expo d'un collectif d'artistes de Neukölln jusqu'à la fin mars, Kunst in Turm. Au moins je pourrais entrer dans cet endroit. Pour les renseignements aller voir le journal du Flughafen Kiez. Ouverture de l'expo après 18h, les 14, 21 et 28 mars ou sur demande au 0163 - 733 5110. Au fait la Berlinerl Kindl Brauerei, c'est au Wehrbellinstraße 50, métro Boddinstrasse ou Rathaus Neukölln.
Autre quartier, autre échec... Lange schlange devant le Neues Museum qui ouvrait ses portes pour trois jours, avant de l'inauguration officielle en octobre. Ils ont été 35000 ce week-end à se précipiter dans les salles vides du musée fermé depuis 60 ans, en travaux depuis 10. Le boulot de l'architecte anglais David Chipperfield a l'air superbe malgré les critiques. La rénovation a laissé les traces du passé. Ca ne brille pas assez pour certains. Enfin moi, j'ai raté ça, et je m'en veux un peu. Y'aurait bien la séance de rattrapage fin mars, avec chorégraphie de Sasha Waltz, mais tout est déjà complet. Comme elle l'avait fait avec le Judisches Museum et sa pièce Körper, la chorégraphe berlinoise investit du 18 au 26 mars les pièces vides du Neues museum avec 70 danseurs. Je lance un appel à qui revendrait des places.
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mercredi 17 septembre 2008

La Zampa : corps à corps au Schwelle 7


Jamais entendu parlé auparavant, jamais soupçonné l'existence à Berlin de ce centre de danse contemporaine bien atypique, à la frontière entre art, danse et techniques sado-masochistes. Le Schwelle 7 se situe à Wedding dans la cour d'un vieil immeuble en bordure de canal. La semaine dernière, ce lieu créé en mars 2007 par le danseur Felix Ruckert accueillait la Compagnie de danse toulousaine la Zampa (Magali Milian, Romuald Luydlin) pour un atelier de recherche autour de la notion d'Impact. Dimanche soir, le rendu de l'atelier était public et nous étions peut-être quarante à regarder la quinzaine de danseurs explorer le contact et le choc entre les corps.  Le propriétaire des lieux n'était pas là, en création au Brésil. Felix Ruckert, danseur et chorégraphe de renommée internationale, est connu pour ses propositions radicales et extrêmes. Pour exemple sa pièce Secret Service, où le spectateur, les yeux bandés, s'abandonnait totalement aux mains et jeux des danseurs. Ou sa prochaine création, Farm, qui emprunte au registre sado-masochiste. Des corps de femmes suspendus expérimentent, cagoulées, les jeux des matières, métal, bois, eau, air. Ce danseur, formé entre l'Allemagne, Paris et New York a depuis longtemps laissé tomber le travail de compagnie (il a notamment dansé pour celle de Pina Bausch et Mathilde Monnier). Et préféré créer ses propres visions très expérimentales et clairement sexuelles. Impliqué depuis de nombreuses années dans la pratique SM, il a enfin, avec le Schwelle 7, réussi à réunir des artistes, performers de tous horizons, n'ayant pas voulu trancher entre art et sexe. Cela a coûté à Ruckert ses subventions de la ville de Berlin. Peu importe il continue avec d'autres moyens et surtout son succès à l'international. Ce lieu accueille tout aussi bien des stages, des cours, des performances que des festivals extrêmes et une soirée devenue mensuelle, la Play Party, très courue dans le milieu SM berlinois. C'était d'ailleurs lundi, pour la pleine lune.

Plein écran

Mais revenons à la soirée de rendu du workshop de la Cie la Zampa. Le chorégraphe Romuald Luydlin nous prévient à l'entrée "Ceci n'est ni un spectacle, ni une performance. Nous avons travaillé toute la semaine, ce que vous allez voir marque tout simplement la fin de cette recherche". Dans la présentation du workshop, la Zampa écrivait "L'impact est notre point de départ, nous devons alors amortir le coup, recoller les morceaux autrement et inventer la suite. La suite, le futur est ce que nous ne connaissons pas. Il nous faut y croire et l'imaginer. Se construire un parcours, trouver un passage." J'ai un peu suivi ça de l'intérieur via Blanche, qui participe à l'atelier et habite chez nous. Je dispose de quelques indices, sur les personnages qui participent, sur les consignes, sur les attentes. Rien n'indique qu'il s'agisse d'une représentation, à part les spectateurs, assis ça et là sur de hauts matelas ou à même le sol. Et les 5 euros d'entrée. Quand nous entrons dans la salle, les danseurs sont déjà en mouvement.
Malgré les anneaux suspendus et les corps nus, la Cie n'a a aucun moment voulu orienter son travail vers du sexe explicite. Impossible cependant d'éviter des images quand deux corps moitié nus se rencontrent s'entrechoquent ou se caressent. Nous ne sommes cependant pas non plus totalement dans la danse. Cela manque parfois. Les corps sont souvent relâchés, abandonnés, l'éveil n'est pas permanent, surtout au début de l'improvisation qui durera une heure et demie. Seuls quelques uns des performers réussissent à maintenir l'intensité tout du long. Mon attention est captée par quatre ou cinq d'entre eux, plus généreux, plus dans un jeu, plus dans la peau de quelqu'un qui se produit devant d'autres. Il y a bien sûr Dasniya, maitresse des lieux, (co-fondatrice du Schwelle 7 avec Ruckert) maitresse "dominatrice", qui cherche les regards, assume un personnage, joue avec le spectateur. Il y a aussi ce grand corps enrobé, masse lourde et douce à la fois. Un grand homme nu, pas danseur du tout m'a t-on dit, mais le moindre de ses gestes m'interpelle. Cet autre danseur, qui marche et tombe violemment sur le sol, dégage aussi une force un peu magnétique. L'improvisation fonctionne finalement assez bien. Avec pour terreau le groupe, pour aiguillons quelques individualités plus adeptes de la prise de risque. A peine quelques néons éclairent en contre-jour les corps. Puis peu à peu l'obscurité se fait, brisée par les flashs de lampes de poche. Collée au sol à quelques centimètres des danseurs, je ressens aussi la douceur, la violence, les frottements, je vois les bleus sur la peau, les grains de la chair, j'entends les halètements, les cris. La musique surtout. Deux bidouilleurs-musiciens (Valérie Leroux, Vincent Lambert) improvisent en live et face à nous. De leurs ordinateurs ils tirent une matière organique enveloppante qu'ils malaxent entre nos oreilles et autour du ring qui sert de point de contact aux danseurs. Bruits, musique, mots lâchés pendant les répétitions, résonnent en boucle et s'enchevêtrent. Le son conduit, suit ou suspend les évolutions des performers. Retient la tension du spectateur. Les deux chorégraphes continuent à glisser des consignes de temps en temps, gèrent la lumière et la non-lumière, retiennent encore l'attente de la rencontre des corps. La non-performance se transforme en une matière vivante et intense. Tout se calme dans le noir, épaissi par une matière sonore inquiétante. Pas de fin. Juste un néon, qui nous cogne les yeux sans manière. Et des corps qui se rhabillent.

Pour info le célèbre chorégraphe et danseur Julyen Hamilton donnera un workshop du 15 au 19 décembre et présentera des performances les 20 et 21. La nouvelle pièce de Felix Ruckert "Farm" sera aussi présentée en décembre au Scwhelle 7.
Quant à la Zampa, ils seront au CDC de Toulouse du 15 au 17 octobre avec Dream on Track 1.
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