Regard curieux sur une capitale en MOUVEMENTS

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jeudi 18 février 2010

Berlinalement vôtre

C'est un peu morne tout ça! Mais pendant le marathon berlinale c'est sur Berlinale Off que ça se passe. Lire la suite...

vendredi 23 octobre 2009

Porn Film festival - Ou ma découverte du porno lesbien...

Joies du journalisme et du grain de folie berlinois, me voilà, un vendredi après-midi dans une salle vide de mon cinéma de quartier face à une grande rousse lancée dans une scène de masturbation torride dans les chiottes d'un café de San Francisco. Enfin la salle n'est pas tout à fait vide. Nous sommes exactement 5 dans le Kino 2 du Movimiento : moi, donc, mais aussi un étudiant en cinéma polonais spécialisé sur le thème porno et féminisme, une chercheuse américaine, une philosophe berlinoise travaillée par le thème de l'imagination, et une inconnue qui se tirera avant la fin du film. C'est qu'il faut avoir une bonne raison pour être là, à s'ingurgiter du sexe hard lesbien - même alternatif et indépendant - en guise de repas de midi. L'étudiant polonais prend des notes pendant tout le film, moi j'officie pour un magazine suisse.
Art House Slut n'y va pas par quatre chemins. Pas de dialogue inutile. Madison Young, égérie et sex activist de la côte Ouest des USA (réalisatrice ET actrice principale du film), fait la manche, s'enfile un gros sandwich dans une cafet', et termine le repas par une séance de masturbation d'anthologie au dessus de la cuvette des chiottes. Images crues, lumière naturelle, grains de peau en gros plan, et bien plus. Les icônes de la scène lesbienne porno de San Francisco sont toutes là, Madison for sure mais aussi Sandie Lune et Syd Blakovich dont je ne connaissais encore pas l'existence hier et que j'ai vu dans trois films différents pendant le festival. Le film qui bouscule les préjugés du cul lesbien doux, gentil, sensuel. Ici on donne dans le trash, et sans tout raconter y'a même de la soupe de tomate en boite, des glaviots et Andy Wahrol. C'est que dans la prod porno alternative, on a le sens du second degré. Ouf. "J'ai trouvé ça bien, me confie Sandra, la philosophe, en sortant de la projection. Peut-être les scènes de cul sont un peu longues." Tu m'étonnes sur les 75 minutes de film, on a du en passer 65 les yeux rivés sur des chattes mouillées. Sandra mate parfois des pornos, travaille sur l'imagination et ma foi a trouvé que ce film lui avait ouvert des nouvelles portes. Fin de mon premier porno lesbien. Comme j'ai une conscience professionnelle sans limite, j'y retourne le soir même pour laséance de courts-métrages Dyke Porn. La salle est archipleine cette fois. 90% de nanas, en couple souvent.
C'est encore le collectif norvégien qui ouvre la séance avec l'hymne In Your Face (my pussy...). Rien de core, de l'humour décalé nordique par une bande de filles déjantées. Récidive avec les Lesbian gymnasts in USSR et Closet. Du mime de porno tout habillé, du gentil quatrième degré. Allez on se lâche, on rigole un bon coup parce qu'après ça redevient sérieux. Ana Span est venu d'Angleterre présenter "Strut the Slut", un moyen métrage, pas vraiment dans les canons lesbiens "dyke", ça applaudit à peine à la fin de la projections. Moi, ignarde, je ne savais pas que montrer deux nanas "qui ont des ongles longs" et qui "ne s'embrassent pas" (merci Louise pour le décryptage) c'est du lesbien pour hétéros, du porno "mainstream" que le public féminin de la salle dénonce silencieusement. Ana Span se défend "je suis bisexuelle, c'est peut-être pour ça. Je ne fais pas des films pour un public particulier (comprenez les femmes) mais pour mon plaisir uniquement". Moi j'ai trouvé ça plutôt excitant. Ana Span est l'une des plus grandes réalisatrices de pornos en Angleterre, a déjà tourné 250 scènes de cul et a créé son propre label. Pas assez à la marge pour ce festival peut-être? On passera sur le niaiseux "Dandelion Fall" qui malgré une photographie et une image soignée n'a réussi qu'à susciter quelques ricanements. Venons en plutôt aux deux courts les plus convaincants, tous deux tirés du futur long métrage Taxi de Jincey Lumpkin. Allez pas besoin d'aller chercher très loin, c'est des filles qui baisent à tour de rôle dans un taxi new-yorkais. Les stars américaines sont de retour: Madison Young, Syd Blakovich. Mais à mon étonnement, la production est beaucoup plus soignée que cet après-midi, le huis clos est très beau, les matières, les sons, les peaux sont traitées avec délicatesse. On a droit à des flous, du mouvement, une ambiance impressioniste assez réjouissante dans ce grand déballage de sexe un peu cru. A la sortie de la séance Louise de Ville - performeuse parisienne venue spécialement pour le festival - en est encore toute retournée "ça m'a fasciné cette manière de filmer la sensualité sans forcément donner dans la douceur". Retour au brut pour les productions françaises avec Wendy Delorme et Judy Minx dans "Wendy et Judy" de Todd Verow - et oui un homme qui filme des lesbiennes...- et surtout le court-métrage d'Emilie Jouvet "Judy's panties. Court un peu long (30 minutes) et pour le coup tout sauf soigné. La photographe et réalisatrice qui s'est fait un nom dans le queer porno depuis "One Night Stand" a tourné un truc quasi documentaire, et aurait pu du coup nous épargner le mini-scénario niais de départ (une femme en train d'étendre son linge, son mec qui veut la baiser). Judy Minx et Killer, couple à la vie, baisent à la dure. C'est long, trash, pénible. Coups de ceinture, godes, mains enfoncées dans la bouche jusqu'à vomir, fist fucking violent. Je regarde autour de moi, sur les sièges ça gigote, mal à l'aise. Je me demande qui ça excite, à mon avis personne. Et c'est bien là que se situe la frontière entre porno commercial et arty. Peu importe la réaction du public, on regarde là une forme de cul qui existe, qui est porté à son extrême, mais consentant. "C'était vraiment dur à regarder en tant que spectatrice résume Louise, mais dans le film on voit bien qu'elle lui demande en permanence si ça va, si elle veut continuer. C'est elle qui dit encore, elle souffre peut-être mais elle prend du plaisir". Moi je sors lessivée par ces deux heures de projo. Demain, j'arrête.
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Porn film festival - X Women

Berlin, capitale du sexe. Berlin, capitale du underground. Berlin, 4e Porn film festival. Ca s'est ouvert hier soir au Movimiento, deux salles combles pour s'envoyer le joyeux The Band, film classé H L X F dans le Programmheft du festival, en décrypté ça donne: Hétéro Lesbien classé X Féministe. On aurait pu ajouter Comédie. Le film nous vient d'Australie, signé Anna Brownfield qui se définit elle-même comme une réalisatrice féministe. C'est un peu le leitmotiv de l'édition 2009 du festival. Les femmes ont pris en main leur sexualité et se mettent à faire du porno, derrière la caméra. Près de la moitié des films présentés cette année ont été réalisés par des femmes, dont les françaises Emilie Jouvet et Ovidie, Maria Beatty, Petra Joy, Julie SimoneShine Louise Boston... et Anne Brownfield. "The Band" suit un trio rock au sommet des charts australiens. Le rock y sonne gras, ça sniffe sur les comptoirs, et les scènes de cul sont filmées joliment (si, si). On ne retiendra pas vraiment le scénario, mais les acteurs sont plutôt pas mal, loin des canons du genre, les blondes et les mecs n'y tiennent pas le beau rôle, et les brunettes lesbiennes en ont dans la tête. Après la projection dans un Movimiento transformé en porn lounge où même les chiottes ont été déclarées unisexes (pourtant on connait l'attachement des Allemands aux séparations), j'ai rencontré Anna Brownfield, grande rousse pétillante et classe. Son film ne prend pas de détours, première scène, dans les chiotes où un chanteur en mal de frissons 70s (mimé sur Jim Morisson) tringle une blonde pendant que le public l'attend sur scène. Rock'n roll attitude. D'entrée le garçon atterrit dans la case "gros cave" et la groupie dans celle de la "tout à fait blonde". Photo du sperme de la star collée dans son cahier de fan. Eclat de rire général. Anne Brownfield a de l'humour et surtout une belle image, qui caresse les acteurs sans jamais se répéter, enchaine les scènes de cul avec originalité et surtout sans longueurs. Les acteurs jouent plutôt pas mal, mention spéciale au bassiste, joué par Rupert Owen, ses moues boudeuses et sa scène d'anthologie de masturbation dans le camion de tournée. Un ami de la réalisatrice qui reconnait qu'elle a pu "lui demander tout ce que je voulais. Il était toujours partant". Bande son rock et grasse, bien comme il faut, tout juste la scène finale, happy end lesbien, qui vire un peu à la guimauve sur une musique d'ambiance. Mais Anne se défend "toutes les autres scènes de cul du film sont des coups d'une fois, de la baise pour de la baise. Là c'est une histoire d'amour qui commence, j'ai voulu faire quelque chose de plus doux". Dans son film mecs et blondes en prennent pour leur grade, mais jamais méchamment. Scène d'anthologie du batteur queer fétichiste à quatre pattes reniflant les braguettes. Ce sont bien les femmes et les brunes qui s'en sortent le mieux. Féministe alors? "Définitivement. Même si en Australie, quand on dit féministe, on pense lesbienne". Et vous êtes lesbienne? "Non, pas du tout!" En Australie, le film n'a aucune chance de sortir, "trop de lois puritaines" trainent encore. Anna Brownfield vient donc trouver clients en Europe. Son film va être distribué en Allemagne en DVD (dans une version plus soft et doublé...), même les States devraient le mettre en rayon. "On a du mal parce qu'on ne peut pas mettre mon film dans une catégorie, il est à la fois hétéro, homo, lesbien, féministe, fétichiste. Au début on avait appelé ça du Chick Porn". Ouais, pas si chic tout de même au vu des frasques des rockers en chaleur et de leurs fans hystériques. Avant le film, les organisateurs avaient prévu deux courts métrages mêlant cul et musique. Mention spéciale à l'hilarant "Don't you take it?" de Kirby Ferguson. Allez je ne résiste pas...
Le festival continue jusqu'à dimanche, impossible de lister tous les films mais on conseille les courts métrages, notamment la session Fun Porn rediffusée dimanche à 12h, le film de clôture, le cultissime Alice in Wonderland (1976), le destroy "The life and death of a prono gang" qui nous arrive de Serbie ou l'hilarant The Auteur (samedi, 0h30). Le festival organise sa plus grosse party demain soir au Monster Ronson's le karaoké de la Warschauer Str. Performances, concerts, Djs et surtout concours de Air Sex. Y'a encore des places pour les concurrents.
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mercredi 7 octobre 2009

Un autre Géant, venu d'Argentine

Encore un, géant, moins grand celui-là, plus doux, plus vivant, quoique. C'était une des bonnes surprises de la sélection officielle de la Berlinale l'an dernier. Gigante, réalisé par Adrian Binez est sorti jeudi dernier sur les écrans. Le jour où le Royal envahissait Berlin. Ici la version est beaucoup moins spectaculaire. Ce film minimal, presque anecodtique donne l'air de rien un grand coup de pied à la société de consommation. Le géant c'est Jara (étonnant Horacio Camandule, récompensé d'un ours d'argent), chargé de la sécurité d'un supermarché. Un grand corps un peu mou qui traverse la vie en individu invisible, caché derrière des écrans, ceux de la surveillance du supermarché ou des jeux de la Playstation. Appuyer sur des manettes, être assis ou allongé, manger un peu, rêver, chanter fort sous la douche. Surtout chanter. Parce que Jara a une passion dans la vie, le hard rock. Jusqu'au jour où, par le truchement de son écran de surveillance, il découvre le sentiment amoureux. De là où il est il peut à l'envie zoomer et détailler le visage et le corps de cette femme de ménage aussi menue qu'il est imposant. Bien au chaud dans son monde virtuel, cette relation sans retour lui suffit. Le voilà amoureux d'une image. Il faudra la violence du monde du travail et une vague de licenciements pour que Jara sorte enfin de sa réserve, se réveille au monde et à lui-même. Tout est suggéré avec légèreté dans une succession de plans fixes que viennent égayer quelques clins d'œil burlesques. Un conte social presque muet, délicieux qui éveille en nous des sensations nouvelles. Peut-être Biniez croit-il un peu trop au pouvoir de suggestion du burlesque et du contre-champ décalé. Ce cinéma du second degré, de l'image suggérée, où tout est à deviner, pêche parfois par un manque de rythme. Mais c'est encore un joli conte moderne.
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vendredi 4 septembre 2009

La vieille dame et les plages - Agnès Varda à Berlin


Avec un peu de retard sur la France, sort la semaine prochaine sur les écrans allemands le docu-autobiographique de la cinéaste octogénaire. Agnès y raconte Varda. Loin de toute auto-célébration, la cinéaste signe avec “Les plages d’Agnès” un documentaire fantaisiste et touchant. 60 ans de vie artistique tracée dans le sillon de la Nouvelle vague, entre la mer du Nord, le port de Sète et la rue Daguerre. A l’occasion de la sortie du film, le cinéma Arsenal lui consacre une rétrospective exhaustive jusqu’à la fin du mois. Et accueille Agnès Varda ce soir, demain et dimanche à la fin des projections qui lui seront consacrées (Les plages d'Agnès ce soir, Pointe Rouge et Cléo de 5 à 7 demain, Documenteur et sans toit ni loi dimanche). Courez-y! “Peut-on reconstituer quelqu’un?” s’interroge Varda à l’aube de ses 80 balais. Oui, mais façon puzzle alors. Dans “Les plages d’Agnès” (“Die Strände von Agnès”), qui a reçu le César du meilleur documentaire, la cinéaste (Cléo de 5 à 7, Les glaneurs et la glaneuse, Sans toit ni loi...) se lance à sa propre poursuite, suivant les méandres d’une mémoire diffractée et vagabonde.Les plages servent de fil d’Ariane pour remonter la mémoire. Depuis celles de l’enfance, en Belgique, jusqu’aux plages de Noirmoutiers qu’elle a tant arpentées avec Demy, en passant par celles de Sète ou de la Californie période hippie. Son film débute ainsi, face à la mer et cheveux au vent mauvais du Nord. Sur le sable elle installe des dizaines de miroirs où son image se reflète, une fois, deux fois, dix fois, toujours changeante. Tel cette boule à facettes, son film dessine le parcours d’une femme de son siècle trop à l’étroit dans les cases, tour à tour féministe, photographe, cinéaste, documentariste, amoureuse des gens et de l’art. Née Arlette, dans une maison bourgeoise de Bruxelles, elle débarque dans le port de Sète, pendant la guerre, avec un bateau pour maison. A 18 ans, elle se rebaptise Agnès. Deuxième vie de voyageuse et photographe, d’étudiante en arts et de pêcheuse en mer, de cinéaste enfin. Agnès Varda sera de la Nouvelle vague et du cinéma d’auteur aux côtés de Godard, Truffaut, et Demy, le compagnon de toujours. Pour reconstituer le fil de sa mémoire qui ne flanche toujours pas, Varda déploie toute sa palette artistique. Collage, photographie, peinture, bricolent l’échafaudage d’une vie passée à explorer les genres et les formes, à côtoyer les petites gens et les artistes. Sur ces plages mémorielles on croise des marins et Jim Morrisson, les commerçants de la rue Daguerre et Godard, les veuves de Noirmoutiers et Gérard Philippe, ses enfants et ses chats. La balade se veut fantaisiste, tracée au gré des associations d’idées et des jeux de mots et nous jubilons à l’idée d’être embarqués dans la barque de cette vieille dame curieuse et fantasque qui n’a plus le cœur à se prendre au sérieux. Depuis le ventre d’une baleine géante reconstituée sur une plage de Sète, elle nous raconte ses rêves en technicolor. Tiens la voilà en bateau de pêche sur la Seine, devant la tour Eiffel. Puis au milieu de trapézistes plagistes. Ou à parler avec un Chris Marker transformé en chat de dessin animé. Pas encline à la nostalgie, elle évoque pourtant la douleur de vivre entourée de tant de morts. Demy, bien sûr, mais aussi, Jean Vilar, Truffaut, Noiret, Gérard Philippe. Varda verse une larme sur eux mais reprend vite le cours de ses facéties. La voilà qui encombre le 14e arrondissement de sable. Sur les pavés, la plage! Agnès s’amuse et nous réjouit. On sort de son film attendri et joyeux en se promettant d’aller arpenter son œuvre, comme on a si joliment feuilleté sa vie.
Jusqu'à la fin du mois 40 films, courts, longs, docus, vidéos.... Toute l'oeuvre de Varda à voir à l'Arsenal, au rez-de-chaussée du Musée du film, au Sony Center.
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vendredi 27 mars 2009

Le meilleur du cinéma turc à Berlin

La 7e semaine du cinéma turc s'est ouverte hier à Berlin. Je ne saurais trop conseiller d'aller y découvrir le meilleur du cinéma indépendant turc tant Berlin, malgré ses 200000 turco-berlinois semble indifférente à la production culturelle de ce pays. Mention spéciale pour trois œuvres fortes : Hayat Var, Üç Mayum et Gitmek - My Marlon and Brando, déjà découverts lors de festivals.

Gitmek- My Marlon and Brando

"Tu es mon Diego Rivera... tu mon Marlon et mon Brando... tu es la dernière lettre de Garcia Marquez...
"
Attention vraie histoire d'amour romantique avec lettres, promesses, séparation et tout et tout. La Juliette c'est Ayça Damgaci, jeune actrice stanbouliote rondelette et très fleur bleue. Son Roméo s'appelle Hama Ali Khan, star kurde irakienne vieillissante, mais toujours séducteur. Gitmek raconte leur histoire, ou plutôt leur séparation, en pleine guerre d'Irak. Le film s'appuie sur la véritable histoire de ce couple atypique, où les acteurs jouent leur propre rôle. Ils se sont rencontrés lors d'un tournage de film à Dyarbakir, la capitale kurde de Turquie, ont promis de se retrouver. Seulement la guerre s'en mêle. La frontière irako-turque se referme. Ayça se lance alors dans un drôle de voyage sur les routes turques, et iraniennes à la poursuite de son amour prisonnier dans son pays. Ce road-movie réjouissant repose beaucoup sur la personnalité d'une jeune femme passionnée, romantique, entêtée, presque d'un autre temps. Le film joue les équilibristes entre comédie, road-movie et tragédie. En général il choisit plutôt d'en rire. Plus la guerre se rapproche, plus le ton des lettres-vidéos envoyées par Hama recourent au burlesque (mémorable séquence où Hama devient superman). Comme autant d'antidotes à la laideur ambiante. Hüseyin Karabey, le réalisateur, a le chic pour explorer habilement les chemins du choc culturel.


Hayat Var de
Reha Erdem Le réalisateur turc nous dévoile la beauté d'Istanbul depuis une barque, tache minuscule se glissant le long des carcasses géantes des cargos. Au fil du Bosphore, de la Corne d'Or, sous les ponts ou dans des ports minuscules, se révèle un paysage bucolique, hors du temps, que rattrape une réalité sociale dure, très dure. Hayat, quatorze ans, vit seule au milieu des hommes, dans une cabane de bois branlante, collée à l'eau. Sa mère a préféré tourner le dos à la misère et refaire sa vie avec un flic. Papa, officiellement pêcheur, ramène du poisson à frire tous les soirs. Il trafiquote surtout, de l'alcool, des femmes, livrées sur les cargos et tankers. "Ton père est stanbouliote, je suis stanbouliote, mon père était stanbouliote" scande le papi entre deux respirations rauques. Fierté suprême d'être d'ici, de connaître les recoins de la ville, ses côtés sombres, ses habitudes et sa misère. Gloire de savoir y survivre. Avec le Bosphore pour décor, "Hayat Var" s'accroche aux longs cheveux d'une fillette qui devient femme. L'eau l'accompagne partout, se reflète dans les cheveux, se faufile dans les pièces minuscules, s'accroche aux vêtements. Hayat est une figure solitaire, solaire, sauvage, hors du temps. De toutes ses forces elle tente de rappeler le temps de l'enfance, des pouces dans la bouche, des dindons qu'on course dans les herbes hautes, des bonbons qu'on cache sous le lit. Mais la réalité la rattrape violemment à l'image de cette mère qui tient les ciseaux et coupe de force la belle chevelure rebelle. Il se passe peu et beaucoup à la fois dans ce film faussement immobile. Dans une magnifique scène finale, ce rouge à lèvre barbouillé sur la figure d'Hayat, c'est son trophée, sa part d'innocence préservée. Cheveux aux vents, elle sourit enfin au Bosphore.


Üç Mayum - Trois Singes de Nuri Bilge Ceylan.
Le réalisateur turc n'est plus à présenter. En quelques films il a imposé son cinéma lent, contemplatif et sa photograpie manipulée. Après Uzak et Climats, voici Üç Mayum - Trois Singes, un film magistral, ténébreux, plombé par des ciels d'orage trop lourds. Avec Istanbul comme décor, et une photographie métallisée, triturée, artificielle Nuri Bilge Ceylan plonge dans les noirceurs de l'âme et construit une tragédie des temps modernes. Deux meurtres, des mensonges, et des infidélités : une famille sauve maladroitement sa peau malgré les silences, les bassesses et les humiliations. Nuri Bilge Ceylan ne s'attache pas aux actes. Le premier meurtre est évacué rapidement, l'infidélité à peine évoquée. Toute l'intensité réside dans "l'après", dans les conséquences des actes. La beauté formelle du film, lumineux et sombre à la fois, agit comme un révélateur des compromissions de l'âme. Les hommes ont renoncé à porter haut leurs valeurs. Seuls, ils se battent contre l'orage, la pluie et les ciels sombres que Ceylan abat sur leurs têtes.
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lundi 2 mars 2009

On n'est pas bien là...


Paisibles... à la fraîche, décontractés du gland. Et on bandera quand on aura envie de bander..." Gérard Depardieu, les Valseuses, Bertrand Blier, 1974. Le premier grand rôle de Depardieu, un film culte, provoc', mi loubard, mi burlesque. La France pompidolienne en prend pour son grade. La légende Depardieu commence. Pas étonnant qu'il ait été choisi pour ouvrir la rétrospective Depardieu hier soir à l'Arsenal, à l'occasion des 60 ans de l'acteur. Et alors, que retient-on d'une filmographie de 170 films d'un acteur devenu monument national ? Pioche t-on dans le cinéma d'auteur des Truffaut, Godard, Duras, Pialat? Dans le cinéma populaire des Obélix et Cyrano?. L'Arsenal n'a pas tranché, et préférer balayer le spectre, large, très large, des rôles de Depardieu, en penchant tout de même vers les premiers films. Trois Pialat, "Loulou", "Sous le Soleil de Satan" qui rafla la Palme d'Or en 1987, et le Garçu, dernier film du réalisateur, deux Blier, "Les Valseuse"s et "Buffet Froid", deux Truffaut, "la Femme d'à Côté" et "Le dernier Métro", un Téchiné "Les temps qui changent' qui marque les retrouvailles du couple Deneuve-Depardieu, deux Duras, "Le camion" et "Nathalie Granger," un Resnais "Mon oncle d'Amérique". "Cyrano de Bergerac" de Rappeneau pour le film historique - genre très prisé par Depardieu dans les années 90-2000- ,"Obélix : mission Cléopâtre" de Chabat pour la grosse comédie populaire, "Quand j'étais chanteur" de Xavier Giannoli, pour le jeune cinéma français. Bon résumé auquel il manque tout de même les duos avec Pierre Richard, les Pagnol et Trop belle pour toi. A l'écran on peut le voir en ce moment en France dans "Bellamy", de Claude Chabrol. Il ne sera pas montré à l'Arsenal, mais les Berlinois ont eu droit à la première mondiale à la Berlinale où Chabrol est venu fêter ses 50 ans de cinéma. Très bizarrement ces deux-là n'avaient encore jamais travaillé ensemble. Dans Bellamy la rencontre fonctionne à merveille. La carrure a beau s'élargir - 140 kilos ça pose son homme - Depardieu déplace avec grâce sa carcasse, habille de sensualité ce commissaire en vacances. "J'ai fait le film en pensant à lui, confiait Chabrol à Berlin. D'habitude je n'écris jamais pour des acteurs, mais là je voulais aussi montrer un peu de Gérard". A lire, l'interview accordée à Télérama et le portrait d'Arte qui lui a consacré le week-end dernier un portrait-entretien "Gérard Depardieu, ma vie".

Rétrospective Gérard Depardieu à l'Arsenal, mars 2009.
"Les Valseuses " de Bertrand Blier, 1974, le 13 mars.
"Nathalie Granger" de Marguerite Duras, 1972, les 6 et 8 mars."
"Le Camion" de Marguerite Duras, 1977, les 3 et 13 mars.
"Buffet froid" de Bertrand Blier, 1979, les 4 et 9 mars.
"Loulou" de Maurice Pialat, 1979, les 7 et 18 mars.
"Le dernier métro" de François Truffaut, 1980, les 7 et 19 mars.
"Danton" d'Andrezj Wajdas, 1982, les 10 et 30 mars.
"La femme d'à côté" de François Truffaut, 1981, les 11 et 14 mars.
"Sous le soleil de Satan" de Maurice Pialat, 1987, les 14 et 28 mars.
"Cyrano de Bergerac" de Jean-Paul Rappeneau, 1989, les 17 et 29 mars.
"Quand j'étais chanteur", de Xavier Giannoli, 2007, les 20 et 22 mars.
"Le Garçu", de Maurice Pialat, 1995, les 20 et 22 mars.
"Mon oncle d'Amérique" d'Alain Resnais, 1980, les 21 et 27 mars.
"Les temps qui changent" d'André Téchiné, 2004n les 21 et 25 mars.
"Obélix : mission Cléopâtre" d'Alain Chabat, 2002, le 31 mars.
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vendredi 27 février 2009

Regards turcs et vietnamiens sur le Mauerfall


Entrailles de la HKW par un vendredi soir pluvieux et sombre. Ca sonne tout vide là-dedans. C'est ça que j'aime bien aussi avec la Haus der Kulturen der Welt. On a toujours l'impression de ne pas être assez nombreux. Quoi qu'il s'y passe c'est trop grand. Même venir est un effort. Dans la salle de cinéma, on est trente au maximum à se sécher les os en attendant le début des deux documentaires. "Wir bleiben hier" et "Duvarlar-Mauern-Walls" projetés dans le cadre du cycle "1989 Globale Geschichten" qui se termine demain. Et oui, les 20 ans du mur, commémoration, remuage de mémoire, rabachage d'images. Mais là il s'est passé autre chose. La HKW pose une autre question, presque inaudible dans le chant des célébrations : Qu'est-ce que la réunification a changé dans la vie des immigrés et de leurs enfants, à l'ouest et à l'est? Tournés en 1991, de chaque côté d'un mur en disparition, les documentaires éclairent un chapitre négligé de la chute du mur. "Wir bleiben hier" de Dirk Otto, suit une famille vietnamienne dans les mois qui suivent la chute du mur. On les voit assis devant leur télé le jour de la réunification officielle des deux Allemagnes. "Nous nous réjouissons pour les Allemands. Mais on n'a pas le coeur à aller fêter ça. On préfère rester dans l'appartement". De l'autre côté du mur, dans le documentaire de Can Candan, étudiant turc aux Etats-Unis, les immigrés turcs ne disent pas autre chose dans "Durvarlar-Mauern-Walls". "On se rejouit de la chute du mur. On a voulu aller fêter ça mais les Allemands nous ont lancé des regards qui laissaient entendre, vous n'avez rien à faire là, cette fête ne vous regarde pas". D'un côté les 80000 Vietnamiens, venus avec des contrats de cinq ans en RDA. La chute du mur, signifie la fin des contrats. LA moitié d'entre eux seront poussés vers la sortie avec 3000 DM et un aller simple gratuit. D'autres, comme cette famille que nous suivons clament leur droit à rester. A lOuest l'histoire n'est pas tout à fait la même pour les 140000 Turcs berlinois de l'époque. La plupart vivent à Kreuzberg, Schöneberg, à deux pas du mur. Les premiers d'entre eux sont arrivés 30 ans auparavant, en 1961. Estampillés gastarbeiter, sans droit civique, sans possibilité de nationalité allemande pour leurs enfants, ils ont commencé à se battre pour une reconnaissance et un droit à l'intégration. La chute du mur viendra balayer leurs efforts. L'Allemagne a autre chose à faire que de se préoccuper de ses immigrés. A l'Est, les usines ferment les unes après les autres, les travailleurs vietnamiens n'ont plus de travail. Les Berlinois de l'Est affluent à l'Ouest sur le marché du travail. Moins cher que la main d'oeuvre turque. Le chômage commence à grimper dans les rangs des travailleurs de Turquie. Au chômage s'ajoute la vague de violence raciste qui s'abat à l'est comme à l'ouest. Dans le documentaire de Can Candan, les Turcs mettent ça sur le dos des Ossis. 'Ils n'avaient jamais vus d'étrangers là-bas, maintenant dès qu'on les croise, on a peur de se faire taper". A l'Est, le couple vietnamien constate aussi une flambée de violence, depuis la chute du mur. Les actes racistes se muliplient, des immigrés meurent brûlés vifs dans les Länder de l'Est comme de l'Ouest. "Que devons-nous dire à la communauté turque? Rentrez ou restez? Les Juifs dans les années 30 n'ont pas tous compris qu'il fallait quitter Berlin. Aujorud'hui on nous dit que le temps du nazisme est finie, je n'en suis pas si sûre". Ces paroles proviennent d'une élue d'origine turque au parlement berlinois. C'est dire le climat qui régnait à Berlin dans les mois qui ont suivi la réunification. La plupart des Turcs qui tépoignent dans le documentaire, qu'ils soient vendeurs de souvenirs à Chekpoint Charlie, marchant de quatre saisons sur le marché de Kreuzberg, sociologue ou jeune étudiant, tous disent la peur, la violence, le rejet soudain. Face à un Turc lui aussi émigré, mais totalement étranger à l'Allemagne, les discours semblent se libérer. En posant la question de l'identité, de la culture, de l'intégration à un moment crucial de l'histoire allemande Can Candan saisit au vol une parole lourde de sens, qui fait encore écho aujourd'hui.
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mercredi 22 octobre 2008

Slam, porno and queer


Attention gros mot. Pornfilmfestival. 3e du nom. Ca démarre ce soir au Movimiento, à deux pas de chez moi, à la frontière entre Neukölln et Kreuzberg. Quatre jours de projections regardant l'autre facette due la culture porno, celle des féministes, des lesbiennes, gays et trans, des fétichistes et des SM, des intellos et des rigolos. Ce qui reste sur la pellicule une fois débarassée du cul à la papa, des clichés du désir masculin, de l'éroticocentrisme hétéro, de l'idée d'une femme soumise ou pute." On en a marre d'avoir toujours la même esthétique, les mêmes figures imposées. Il faut modifier les codes traditionnels en hybridant par exemple les genres filmiques (...) On souhaite montrer que la vocation du porno n'est pas seulement la branlette" commentait Maxime Cervulle, l'organisateur du festival du même nom début octobre à Paris. " Il faut lever les idéees reçues, lever le moule, éclater les limites du genre", renchérit Céline Robinet, qui organise la première soirée du festival porno berlinois. Je rencontre Céline dans une vieille cafet italienne de Neukölln où la tenancière hésite à mettre le chauffage en route rapport au prix du gaz qui augmente beaucoup trop vite. Devant un café (pour moi) et une pizza (pour elle), on devise courtoisement cul, gode, vision hétéronormée et poésie. A quelques centimètres une grande vierge veille sur nous. Céline Robinet, alias Kakosonia (son nom de slameuse) est connue ici du monde francophone pour tenir une chronique dans la Gazette (le journal français de Berlin). Elle slame aussi, elle écrit, elle milite, elle court dix projets à la minute. Prochain en route un livre sur le fétichisme des pieds et de la chaussure avec le photographe KLTbloc et un autre sur "20 bonnes raison de ne pas être hétéro". Car oui, Céline est lesbienne. Cheveux rasés d'un côté mais décolleté avantageux. "Je suis de celles qui ne rejettent pas la féminité. Je peux aussi me la jouer très masculine, ça dépend." Ce soir donc, elle organise avec pour complice Wendy Delorme, actrice dans le premier film porno lesbien français, performeuse queer, égérie post-féministe et auteure du roman "Quatrième Génération" (Grasset), une soirée "Sex can save the world" à coup de lecture (en français et en allemand), de slam érotique, et de performances (Océan, dragking berlinois). Partant du constat que la sexualité lesbienne est un genre sous-représenté y compris dans le porno, Céline appelle au prêche! "Parlons-en, montrons-la avec des mots et des images". Une profession de foi qui appelle à contourner la représentation masculine de la lesbienne et la conception répandue de "les lesbiennes, c'est doux, ce sont des caresses : c'est pas vraiment du sexe". Dans le porno classique, la lesbienne, présente, finit toujours pas s'offrir à l'homme. C'est lui qui la "termine" en sorte. A bas donc "la réification de la lesbienne au service de l'homme". Oui, certes, mais le porno est-il nécessaire? "Oui, dans le sens où il véhicule des images. Il est important que les lesbiennes prennent ça aussi en main, qu'il existe un porno fait par les femmes et pour les femmes". Et pour prouver que le genre lesbien est loin d'être un truc gentillet entre goudous frustrées, et que la pénétration n'est pas l'apanage de la masculinité, Céline a convié à sa soirée Gur, aussi appellé "Jerusalem Drag Kingz", qui viendra vendre des gode-ceintures et harnais en chambre à air de vélo (spécial végan pour ceux qui supportent pas la matière animale). Et sa copine Wendy animera un workshop sur les techniques et usages du fisting pour femmes et trans. Dans la cafét italienne, la vierge nous écoute toujours mains jointes, yeux baissés. On se dit peut-être à demain. Ca se passera au Wirrwarr, bar galerie tout récent tenu par deux Françaises, à 20h pour 3 à 5 euros (selon l'envie et les moyens). Pour ceux que ça tente le festival s'ouvre ce soir au Movimiento (Kotbusser Dam) avec "Bad luck Betties" de Winkytiki.

Demain "Sex can save the world", 20h, avec Wendy Delorme, Kakosonia, David le Guillermic, Ocean, et les sex toys vegane (si, si c'est pas de la blague, en chambre à air de vélo....) de Gur. Wirrwarr bar, Dieffenbachstrasse 36, Kreuzberg, Berlin. .
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