© Hermann Sorgeloosdimanche 30 août 2009
TANZ IM AUGUST Anne Teresa de Keersmaeker, too long Song
© Hermann Sorgeloosmercredi 26 août 2009
TANZ IM AUGUST Le Cri sidéral de Nacera Belaza
© Laurent Philippe/Jusque là le festival m'avait donné à voir des œuvres apaisées, joyeuses, virtoses, même légères. Les soeurs Belaza m'ont envoyé dans une autre dimension avec leur Cri tendu et profond. Leur pièce rayonne de leur énergie rentrée, se propage, rebondit avec une incroyable force muette entêtée. Deux derviches non-tourneuses, icônes intemporelles en jogging qui bouleversent tout d'un balancement de bras."Le cri" s'ouvre dans la pénombre sur une scène vide. On distingue petit à petit les corps de Nacera et Dalila Belaza. Elles prennent leur temps, nous imprègnent d'un doux balancement pendulaire qui ne cessera jusqu'à la fin de la pièce. Elles prennent vraiment leur temps. La gestuelle renvoie à des rites anciens. Les corps des deux danseuses entrent en transe en même temps. Figures gémellaires et pourtant dissociées tant l'impulsion est intime. Un entre soi qui vire à la transe collective. Je ne peux plus les lâcher des yeux. Leurs bras m'hypnotisent, viennent puiser dans mon ventre un cri qui voudrait sortir. Et quelle rage quand enfin leurs pieds s'emballent! Mon esprit a décroché depuis longtemps, leur danse a fait le vide. Merde, c'est par les yeux que ça sort. Rien de triste, rien d'émotionnel. Juste une sensation d'être là, maintenant, en accord avec tout ce que je vois et j'entends : les vibrations de leurs bras, leur colère rentrée, les effluves de soul et d'opéra, de chant arabe et de jazz magistralement mixées dans un double écho. Et je me fous de votre religion, et je me fous de vos inspirations artistiques. Le contexte n'a que faire de ce cri-là. Simplement je l'entends. Il résonne en dedans, porté par l'envol de vos mains, l'inclinaison de vos cous, la luminosité presque douloureuse de vos visages. Le cri n'est une pièce ni épurée, ni ascétique comme cela a été écrit. Nacera Belaza semble juste avoir gommé le superflu, conservé l'essence, le profond. L'écriture chorégraphique a beau être résumée à ce simple balancement, le Cri en appelle à tous les autres arts pour créer un spectacle parfaitement équilibré. Rien n'a été laissé au hasard, ni les silences, ni les noirs. Merveilleux habillage de lumière qui joue des douches comme des rayons qui tombent d'un dôme oriental. Pour nous quitter, les deux soeurs nous laissent avec leurs images projetées sur grand écran. Comme pour couper le lien trop fort par lequel nous étions entrés en communion. Certains diront qu'il ne s'est pas passé grand chose pendant ces 50 minutes C'est vrai. Deux pieds ancrés au sol, deux corps grossièrement masqués par des tenues-uniformes. Et des bras qui balancent. Mais cette simplicité est allée au fond des choses. Et ça n'est pas si fréquent sur une scène.
Il est 21h, le hasard du calendrier du festival m'emmène dix minutes plus tard de l'autre côté du canalpour la pièce de Nicole Beutler.
© Anja BeutlerRenversement de propos, opposition des styles. Adieu la sourde tension intérieure. Le sillon creusé dans mon ventre par les soeurs Belaza a du mal à digérer l'univers baroque et foutraque de Nicole Beutler et de sa chorégraphie-opéra. Cela avait pourtant bien commencé par une ouverture dans l'obscurité où s'élève un chant magnifique. Les feux rallumés, la douce introduction est mise à mal par la samba délirante des cinq danseurs. Les fous sont lâchés, étriqués dans leurs habits rococos, mi-cour de Versailles, mi-terrain de football. Entre poses sculpturales, transe rock et délires sexuels, Nicole Beutler nous parle de vie, de mort et de vitalité. Il y a de beaux moment dans ce "Lost is my quiet forever". Dans ce grand déballage d'absurde et de folie, Nicole Beutler joue parfaitement des forces et corps de ses danseurs : Pedro Inés fait preuve d'une générosité sans pareil, Nils Kuiters joue à merveille de son corps si long et si maigre, Carola Bärschtiger offre un magnifique numéro de pleureuse. Dommage que le parti pris baroque emmène Beutler sur des pentes parfois ringardes, dont le numéro solo du ténor Maurits Musch est un must. Lire la suite...
lundi 24 août 2009
TANZ IM AUGUST Daniel Linehan : derviche tchatcheur
© Jason Somma
23h, Podewill n'a pas encore lâché tous ses trésors. Gérald Kurdian prend le micro pour un show intergalactique "1999", en franglais incredibly hilarant. Devant son piano bidouillé, il nous joue la partition d'une BO de film d'horreur de série b filmé en direct. The Menace des extraterrestres plane sur la terre. Leur cible : the house of the hero and his wife. The military base of the devil prépare the fight. A chaque scène Kurdian nous bidouille une chanson en homme orchestre multimédiatisé. Ratages assumés, cheap side of the rock. Un petit bijou de spectacle, arty mais pas chiant, bidouillé mais savant. Ses morceaux au piano tirent vers Lou Reed ou Bowie. Conteur gaffeur, improvisateur, le monsieur sort en plus un putain de chant juste, d'une voix qu'il module comme il le veut. Je ne peux que conseiller d'aller consulter ses dates de concert ici. Son disque c'est "this is the hello monster". Quant à moi, je vais peut-être récidiver ce soir mon errance podewillienne. samedi 22 août 2009
TANZ IM AUGUST 40 ans après, la géniale parade d'Anna Halprin
© Bertrand PrevostLire également la très belle critique et les photos de Jérôme Delatour parues l'an dernier sur le blog Images de danse.
vendredi 21 août 2009
TANZ IM AUGUST La belle humeur d'Eleanor Bauer
Eleanor Bauer à la Hau 3 dans un huis clos étouffant. Berlin caniculaire oppresse le public au 4e étage. "On stage" Femke Gyselinck et Manon Santkin suent à grosses gouttes sous leurs combinaisons intégrales dorées. Elle est belle leur énergie. Pas de blabla, pas de vidéo, de la danse et du geste. At large se joue avec le sourire, le leur, le nôtre. Avec en prime un petit livre joli qui nous attend sur le fauteuil et qu'on délaisse vite parce que trop long. Eliminés les mots, laissés sur le banc. Le sol noir ne recevra que les pieds de ces dames qui inventent devant nous le scratching. Petite leçon en vidéo ici. Manon Santkin a un visage lumineux, accrocheur. Premier pas les yeux dans le public, sourire aux lèvres. Cette vision grand large de la danse traverse les âges, réinvente le musichall, revisite les chassés et entrechats, esquisse un hip hop scratché. Avec ce pas qui impose aux pieds de ne jamais quitter le sol, les deux danseuses improvisent joyeusement. On croule sous les références et les clins d'oeil ce qui fait ricaner grassement dans les gradins. Eleanor Bauer a travaillé avec De Keersmaeker, Zambrano pour les plus connus mais aussi la jeune Mette Ingvartsen que l'on avait découvert l'an dernier dans ce même festivalet dont on retrouve ici le goût de la simplicité et de la générosité. Malheureusement ce "At large" use et abuse du 3e degré, ce qui nous laisse en dehors de la complexité de la quête (pour cette pièce la chorégraphe a utilisé internet, youtube, l'interview, l'écrit, a cherché l'interactivité). La fin s'étire, on souffre, on souffle. Peut-être est-ce du à l'absence de la troisième danseuse, Eleanor Bauer herself, absente du festival pour cause de blessure. Le duo est à la peine. Lorsque le rideau doré se retrouve à terre, il ne s'ouvre sur aucune surprise. Seulement du divertissement surchauffé (et sans éventail). Reste le sourire.
lundi 1 septembre 2008
Tanz im August, l'avant-garde avance blasée
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Trisha Brown, l'histoire de la danse au présent

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mercredi 27 août 2008
Pause à la librairie d'Agnès

Librairie online : http://www.booksonthemove.eu
mardi 26 août 2008
Hymnen, génialement monumental
samedi 23 août 2008
Comedy, jolies mondanités sans intérêt

Une comédie, ça ne peut pas faire de mal, c'est agréable. Surtout lorsqu'elle est jolie, bien emballée, avec quelques moments drôles, nostalgiques et charmants (le jeu d'ombres chinoises fait son effet). Nasser Martin-Gousset, chorégraphe, danseur de la troupe de Sacha Waltz présentait au festival la première allemande de Comedy (première partie) pour ainsi dire à domicile (le Radial System accueillant aujourd'hui la troupe de Waltz en résidence). Nasser Martin-Gousset nous invite à une party guindée des sixties (d'avant 68), quand les mondanités se déclinaient encore avec majordome. Dans les tintements joyeux des verres et le brouhaha des conversations frivoles, les 11 danseurs investissent un salon bourgeois autour d'un quartett de jazz. Bonne idée que ce groupe en live, recours finalement assez rare dans la danse contemporaine, qui n'empêche cependant pas la bande son. Le générique du début, projeté sur écran, l'histoire du vol du diamant dans des coffre-forts, voudraient nous faire croire à une pièce scénariée. Faux. Nasser Martin-Gousset préfère plutôt construire de beaux tableaux, miroirs dans lesquels il semble se regarder et trouver ça beau.
Pour avoir vu certains des danseurs de la cie de Sacha Waltz dans d'autres productions, on sait qu'ils auraient pu mieux faire. La virtuosité n'est pas au rendez-vous. Les individualités s'effacent devant le groupe. Les 11 danseurs font masse. Verre de champagne à la main, on ne se déplace qu'ensemble, parfois à deux ou trois pour des danses de salon nostalgiques. Au fur et à mesure que les heures s'égrènent, la soirée se délite. Le chorégraphe décèle parfaitement la décomposition des corps et des tenues, le brin de cheveu qui s'échappe, les épaules qui s'affaissent, le maquillage qui coule. Plan larges et serrés, ralentis, pauses, accélérés, le vocabulaire dansé emprunte indéniablement à une grammaire cinématographique. Au petit jeu de référence, on citerait du Blake Edwards et la panthère rose, un peu de Fellini, des comédies musicales américaines blanches de l'Amérique prospère. Moi je pense surtout à Arsène Lupin, la série télé et la chanson de Dutronc.
Tout ça est un peu désuet, on ne voit pas bien le propos.
A la fin d'un spectacle longuet, le premier mot que je capte dans les gradins est "langweilig". Traduction : Ennuyeux. Je suis totalement d'accord. Mon attention s'est plus d'une fois détachée de la scène du Radial System. Finalement, sans gravité pour le spectacle qui s'y joue. Comme si le chorégraphe nous autorisait le papillonnage futile.
Certes tout cela est censé nous rappeler l'insouciance des années 60, mais pour quelles raisons exactement? Nostalgie? Eloge du pop et du frivole? Dandysme? Le discours radiophonique de Nicolas Sarkozy tombe d'autant plus à plat au milieu des bulles de champagne et des notes jazzy. Un anachronisme qui souligne un peu plus l'absence de propos de la pièce. Lire la suite...
vendredi 22 août 2008
Olivier Dubois "La création, c'est la guerre"

Commencer la danse à 23 ans, choisir les chorégraphes les plus controversés (Jan Fabre, Preljocaj), avoir un corps replet aux contours mous, loin des canons du genre. S'en foutre et rayonner. Olivier Dubois faisait déjà office d'ovni en tant qu'interprète. Aujourd'hui il créé. Son dernier objet, Faune(s) a éclaté à la face du public d'Avignon. Révélation "épidermique" pour les uns, "grand n'importe quoi" pour d'autres. Hué et acclamé. Comme l'œuvre dont il s'inspirait, "Après-midi d'un faune" de Vaslav Nijinski. Après sept jours de combat face au public avignonnais, Olivier Dubois ressort sa pièce à Berlin pour Tanz im August.
Comment écrire encore sur une pièce qui a fait couler autant d'encres. Comment écrire et regarder quand on a lu avant d'avoir vu? Je me suis posée la question. Voici la solution, une interview-pirouette qui parle du spectacle, du scandale, de ce qui reste une fois l'hystérie microcosmique avignonnaise passée. Olivier Dubois nous parle de Faune(s) après la tempête, après les cris, après les mots. On s'est rencontré un peu avant midi, le jour de la première berlinoise dans le hall d'un hôtel de standing, impersonnel. Il s'excuse de n'être pas du tout du matin (il est 11h45), corps relâché au fond d'un fauteuil en cuir. Puis la bête reprend du poil quand on parle d'Avignon, les mains s'animent, le corps se redresse. Il est Olivier Dubois, parle parfois de lui à la troisième personne, se défend de se comparer à Nijinski mais quand même "c'est pareil", se délecte encore que "Faune(s)", "tout le monde en parle!". Moi aussi. Pour la chronique j'attendrai son solo "Pour tout l'or du monde", qui passera en fin de festival.
Pourquoi un danseur contemporain choisit-il de réinterpréter une pièce de l'histoire de la danse? Et pourquoi celle-ci?
Olivier Dubois : L'idée de départ n'était pas de réinterpréter "l'après-midi d'un faune, ni de me glisser dans cette pièce de répertoire. J'avais commencé à me questionner sur la place de l'interprète dans mon précédent solo "Pour tout l'or du monde". Ce solo portait sur la valeur marchande du corps, sur les exigences, les attentes, les règles que peut imposer le public sur un interprète et ce jeu qu'on est prêt à accepter de jouer ou non. Avec Faune(s) j'ai porté le questionnement sur l'interprétation, cet entre-deux. Ce moment où on va devoir reproduire, essayer de redonner ce qui nous a été voulu par le directeur, le metteur en scène mais où on est le seul capitaine du bateau.
Je voulais un socle qui racontait déjà un peu ça et, l'après-midi d'un faune était la pièce idéale. Elle a été créée en 1912 au théâtre du Châtelet à un moment de l'histoire de la danse où l'interprète était roi. Il décidait avec qui il voulait travailler, il décidait du rythme, des mouvements. Il décidait de tout. Tout était fait pour eux pour qu'ils puissent ressentir, pour qu'ils puissent s'épanouir. Les pièces étaient au service des interprètes. Quant Nijinski fait cette pièce là, il impose son écriture. Pour l'anecdote, Nijinski propose des rôles à plusieurs danseuses dont une très connue pour le rôle de la Grande nymphe. Elle refuse le rôle en disant "c'est pas possible, je veux pouvoir faire ce que je veux, il me contraint, je ne peux pas développer mon art". Et lui résiste et se sépare d'elle. S'opère alors une bascule, le metteur en scène devient le vrai directeur de la pièce.
La deuxième chose qui m'a intéressé c'est le scandale qui a entouré cette pièce. On a dit que c'était à cause de cette simulation de masturbation. Je crois que le scandale c'était parce que Nijinski c'était l'homme qui sautait plus haut, c'était l'homme qui tournait, c'était le virtuose, celui qui enthousiasmait le public. et à ce moment-là il ne l'a pas fait. Sa proposition était radicale. Il ne répond plus aux attentes du public. Là aussi c'était très lié aux questionnements de mon premier solo : est-ce qu'on est obligé de répondre aux attentes. Nijinski c'était un animal de foire. Et l'animal n'a pas fait son exercice, d'où le rejet et de lui et de la pièce.
Le scandale est-il encore possible aujourd'hui?
Honnêtement, Faune(s) à Avignon, ça a été le bordel! Il y avait 30% qui étaient debout en train d'acclamer et 30% qui huaient, hurlaient "c'est un scandale", "c'est une honte". Dans la presse, on a retrouvé le même type de choses qu'en 1912. Sans prétention aucune parce que je n'ai jamais voulu danser Nijinski. Mais Olivier Dubois c'est aussi quelque chose qu'on voit qui tourne, qui est pareil, qui saute, qui est virtuose, qui est technique. Et là le public n'a pas du tout trouvé ça. Mais je n''ai pas fait ça pour créer le scandale. J'étais le premier surpris.
On est aussi dans une époque, malheureusement assez terrible, où les gens sont dans la consommation directe. Ils doivent savoir à l'avance ce qu'ils vont manger. Ils se disent "S'il ne fait pas ce que j'aime chez lui, alors je ne l'aime pas". C'est un scandale du public avignonnais, pas forcément des professionnels. Quelque part on a envie d'un scandale à cet endroit. Maintenant, je vais porter cette image de sulfureux.
Comment vit-on à la fin d'un spectacle d'être à la fois hué et acclamé?
Ca m'était déjà arrivé en tant qu'interprète chez Jan Fabre. J'ai été agressé dans la rue, sur scène. Mais j'étais très protégé. Là je ne m'attendais pas à ça, j'ai été surpris. Je ne fais pas de la création pour plaire. A Avignon, j'ai vu des gens qui hurlaient qui se disputaient entre eux dans le public. Pour qu'on aime autant et qu'on déteste autant c'est quand même que l'oeuvre pose question. Je dis, pari réussi. Je ne fais pas du easy-listening, ou du easy-watching. Je sais que ça dérange ou ça plait, mais quelque chose passe.
Et puis pour ce qui est de la presse, j'en ai lu la moitié et après j'ai arrêté parce que c'était du n'importe quoi. Tout le monde n'a pas les outils pour comprendre. C'est très rapide, j'arrive très vite (dans le paysage de la danse contemporaine, ndlr), comme un boulet qui explose. Mais je veux pas zapper ces gens là, je les écoute aussi.
La création c'est la guerre, rien d'autre. A Avignon, j'étais un petit soldat chaque jour, j'allais au combat, voilà pourquoi je créé. Je ne l'ai pas fait pour le scandale.
Ce soir, à Berlin, ce sera très différent sûrement. C'est la première en boite noire, dans un théâtre. Les choses vont être très différentes à l'intérieur. En plein air on est complètement livré, offert, il n'y pas ce fameux 4e mur. Le public est sur scène, on n'est pas protégé, l'oeuvre se lit différemment.
Votre Faune(s) se divise en quatre parties, chacune de la même longueur, mise en scène par une personne différente (la metteur en scène Sophie Pérez avec le musicien Xavier Boissiron, le cinéaste Christophe Honoré, la chorégraphe Dominique Brun et Dubois lui-même). Comment avez-vous travaillé avec eux?
L'idée était de me soumettre moi-même à une écriture différente, et de soumettre cette oeuvre, cette question là de l'interprète à d'autres artistes dans des domaines qui ne m'étaient pas proches. Des gens avec qui je n'avais jamais travaillé, que je ne connaissais pas personnellement. La fourberie du projet c'est que, moi je leur fais une proposition, mais eux ne savent pas pourquoi et au bout du compte le tout doit servir une question, qui n'est peut-être pas celle qu'ils posaient eux dans leur pièce. Au final, j'ai tout maîtrisé.
Le solo est-il une forme que vous privilégiez?
Le prochain projet on sera deux, et celui d'après 18! Aujourd'hui je crois que j'arrive au bout de cette période là. C'est très difficile le solo, il faut tout tenir et à la fois on a une liberté folle. C'était un temps d'introspection nécessaire. Il fallait d'abord que j'aille chercher chez moi ce que j'avais à sortir et ensuite le regarder avec de la distance. Ce qui est étonnant c'est qu'à partir du moment où il y aura d'autres personnes, je ne danserai plus. Le duo je le ferai, mais après je ne danserai plus. Je veux travailler avec les corps, avec les histoires de chacun et réapprendre quelque chose. A un moment où il faut savoir prendre la place de la direction artistique.
Vous allez continuer à danser pour les autres?
J'ai encore envie de danser avec les gens. J'ai envie d'expériences fortes et un peu uniques. Ce ne sera pas plus d'une création par an. Je vais être artiste étudiant. J'aime apprendre, j'aime être perdu. J'ai envie de travailler avec des très grands. Me confronter et surtout "me mettre au service". C'est de la contorsion, trouver comment dialoguer, comment rendre l'outil-corps le plus performant possible pour répondre aux attentes de l'oeuvre. Je suis profondément un interprète.
jeudi 21 août 2008
Et ils ont mis la fièvre...

On se prend Febre de front, sans possibilité de reprendre son souffle. Et je ne dis pas ça parce qu'on était collés au plateau de la Sophiensaele, au premier rang, à portée de souffle des danseurs. La danse sans concession de la troupe de hip hop brésilienne Membros parle à nos ventres par uppercuts. De la violence d'une société, peuplée de fous et de gangs, de cogne de la rue, d'alcools,de paumés. Les coups s'y abattent dans l'intimité du couple, les tueurs à gage dégomment des pauvres crédules catholiques, jusqu'au carnaval qui fait commerce des corps de ses métisses. Ca commence par une main dans la bouche, pas un doigt, non toute la main, bien entière d'une jeune femme tordue par terre. Geste répété de camé. Ca se termine par un cul rebondi, noir et masculin, caisse de résonnance d'un Brésil samba utilisant les corps comme une marchandise.

Je sors hébétée et transportée parce que pour une fois la danse m'a attaquée de front, sans manière. Febre porte une matière vitale, primaire, abrupte. Elle fait le tri dans le public aussi. Les enthousiastes en tension du début à la fin, sont pris d'un besoin frénétique de transmettre la stupeur qui les a traversés. La fièvre ne passe pas. Les autres ne bougent pas, oubliant les politesses de fin de spectacle. Fermés.
mercredi 20 août 2008
"It’s in the air", corps sans gravité

Au milieu, deux corps rebondissent doucement sur des trampolines. Un homme, une femme. Autour, un public réparti sur deux tribunes, éclairé à pleins tubes. On est là tous à se faire face, à se demander après de longues minutes de sautillements monotones, ce qu’on va faire. Certains éternuent, d’autres remuent sur leur chaise. C’est gênant, un peu drôle, on s’accroche au moindre mouvement qui semble déclarer « ça commence ! ». Peur que ça ne démarre jamais et que l’heure s’écoule trop lentement. Puis les corps montent plus haut, un sourire malicieux envahit le visage du chorégraphe et danseur flamand Jefta Van Dither. Il s’amuse de nous voir autant suspendu à ses gestes. Il goûte le plaisir de sentir son corps rebondir, échapper aux lois de la gravité. Ce doit être le rêve de n‘importe quel danseur : un sol non pas dur, attractif, mais répulsif, bondissant, ami du mouvement, complice de l’élan. Une terre qui aiderait à se mouvoir. Jefta Van Dither et Mette Ingvartsen explorent en toute simplicité les possibilités offertes par ces surfaces élastiques sans recourir aux acrobaties et figures virevoltantes. Ici l’instrument n’est qu’un prétexte à un terrain de jeu de deux danseurs physiques, engagés, généreux dont l'intention chorégraphique n'est autre que le mouvement, le rythme, l’inertie, le frottement.
L’absence de musique nous laisse capter les bruitages des corps : souffles, cris, rires, plantes des pieds sur l’élastique. Peu à peu la mise en scène minimaliste du départ (pas de costume, lumière blanche) s’étoffe de jeux d’éclairage, de placements des corps, de synchronisation. Bonheur simple et partagé d’une pièce généreuse qui se termine par une pirouette fixée « In the air ». On a envie de savoir qui sont ces jeunes danseurs à l'énergie brute. Metta Ingvarsten se partage entre Bruxelles et Berlin. Encore une chorégraphe issue de PARTS l’école de Anne Teresa de Keersmaker. Danseuse de l’extrême, incroyablement engagée physiquement, elle créé des pièces explorant la dynamique corporelle. Elle avait déjà travaillé avec Jefta van Dinther sur « To come » et « We love action » . Lui, danseur et chorégraphe suédo-nééerlandais est sorti de la School of Arts d’Amsterdam en 2003. Tous deux participent au projet « 6M1L-Six Months on location » de Xavier Le Roy et Bojana Cvejic.
La soirée se termine de l’autre côté du canal, à la Hau3, où je n’étais jamais allée. Au fond d’une cour où on imagine des lofts de rêve, la salle se perche au quatrième étage. C’est « LOIN » du français Rachid Ouramdane. Portrait autobiographique d’un enfant d’immigré algérien qui revient lors d'un voyage au Vietnam sur les traces de son père, soldat embarqué dans les corps expéditionnaires le temps d'une ultime déroute en Indochine. Le spectacle est trop bavard, un peu prétentieux. De la poésie, de la vidéo, des effets de décor, de la musique, très peu de danse. Le mouvement part du haut de son corps, les pieds bougent à peine dans des gestes convulsés. Je reste insensible, avec ce brin d’ennui qui se transforme en agacement au fur et à mesure du spectacle. Les textes, poèmes débités très vite par Ouramdane (dans un micro, mais avec le mauvais goût d’un play-back) échappent certainement au public non-francophone. Même moi j’avoue que je ne le suis que de très … Loin. Encore un spectacle où le résumé d’avant scène en dit plus long que le langage dansé.
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dimanche 17 août 2008
Bahok, voyage sans grand transport

Tanz im August s'affiche comme un festival international "de la danse d'avant-garde". Mauvaise pioche avec Bahok d'Akram Khan. International, certainement, avant-gardiste, beaucoup moins sûr. Son spectacle, monté en Chine avec trois membres du Ballet national et cinq de sa troupe londonnienne, manque de chair, de renouveau, de propos. Trop d'intentions affichées (le métissage, le choc des cultures) pour un résultat qui flirte bon la commande et le propos consensuel. Nous sommes tous des déracinés, en migration permanente, déboussolés, à la recherche de nos origines... Par-dessus tout ça des mots "ushaïesques" pour faire croire à du sens "terre", "mer", "feu", "eau"...
Ce n'est pas que l'énergie fasse défaut dans ce Bahok (qui signifie "porter, transporter" en bengali). Elasticité, vélocité, espièglerie surgissent des mouvements et des conversations entre les 8 danseurs. Khan joue sur l'humour, aussi. Du spectacle rafraichissant en somme. Mais trop souvent à la limite du gentillet, du déjà vu, voire du ringard un peu aussi.
Il y a pourtant tous les ingrédients qui ont fait le succès des spectacles d'Akram Khan: l'explosivité, les danseurs venus de tous horizons, le mélange des genres chorégraphiques, la musique du compositeur Nitin Sawhney, le regard profondément interculturel. A ceci près que pour la première fois le chorégraphe ne danse pas. Dans une interview il disait renoncer désormais à danser dans les grosses productions et se consacrer uniquement à des projets de solo/duos. Il s'est produit récemment avec Sylvie Guilhem dans "Sacred Monsters" et présentera pour la première fois à Londres en septembre (in-i) son duo avec... Juliette Binoche qui fait son baptème de la danse à 43 ans.
Mais revenons à la pièce. Soit trois jeunes danseurs du Ballet national de Chine, emprunts de leur culture classique, et cinq membres de la compagnie d'Akram Khan venus d'Espagne, de Slovaquie, d'Inde, d'Afrique du Sud et de Corée. Leur rencontre se passe en territoire neutre: le hall d'un aéroport. C'est à Londres mais ce pourrait aussi bien se passer à Shangaï ou Madrid. Les danseurs "sont piégés dans un endroit dans lequel ils affichent chacun leur propre définition du chez soi", explique le chorégraphe. Les danseurs racontent leur vie, chacun dans leur propre langue, orale et corporelle. En résulte incompréhensions, rencontres, non-rencontres, pas de deux, querelles. Sur la trame de cette incommunicabilité (finalement dépassée par les corps et le rire) et de la perte des origines (d'où venons-nous vraiment, qu'est-ce qui nous rattache désormais à notre "home" dans un monde où les distances s'effacent, où déménager, changer de pays devient un mode de vie) Akram Khan juxtapose les genres, respecte les parcours de chacun dans un patchwork un peu vide. Les trois danseurs du Ballet classique chinois, ne décollent pas vraiment de leur gestuelle virtuose et pirouettesque. A part dans ce duo entre la danseuse Wang Yitong et le slovaque Andrej Petrovic où dans un tête-bêche vertical magique, quatre mains et quatre jambes s'arrondissent emmenées par une seule tête. Ou dans la danse spasmique de la sud-africaine Shabnell Winlock, éruptive, instinctive, magique qui condense enfin un peu d'inattendu et de d'explosivité dans une partition trop lisse.
A propos d'Akram Khan : né à Londres en 1974, sa mère le pousse très tôt à pratique la danse traditionnelle bengalie le Kathak. Il se forme ensuite à la danse classique, puis contemporaine à l'école de Leeds. Entre temps il fera une apparition dans le Mahabharata de Peter Brook. Il présente avec un certain succès médiatique ses propres chorégraphies dès 1995 en Angleterre (Loose in fight, Fix, No male egos, Desert steps) où apparait déjà le musicien Nitin Sawhney. En 2000 il passe six mois dans l'école P.A.R.T. d'Anne Teresa de Keersmaker à Bruxelles. Création de sa propre compagnie en 2000 d'où surgira Rush (2000), Related Rocks (2001) puis Katoosh (2002), sa première forme longue. Suivront, Red or white (2003), A god of small tales (2003) fruit d'une collaboration avec l'écrivain Hanif Kuneishi, Ma (2004), Zero Degrees son duo avec Sidi Larbi Cherkaoui (2005), Sacred Monsters, duo avec Sylvie Guillem (2006), et Bahok (2008).
jeudi 14 août 2008
On dirait une présentation
Ce serait mentir que de promettre uniquement de l'underground, du jamais vu, du confidentiel, du "même-pas-de-flyer", du "freiraumer", parce que j'aime AUSSI le lustre de la Volksbühne, les places à 6 euros de la Schaubühne, la vue sur la Spree du Radial System, les tenues des abonnées du Deutsche Oper, la salle de la Hau 1, la foule de la Philarmonie. Autant le dire je découvre encore avec bonheur et naïveté les grands noms du scène allemande contemporaine, les Ostermeier-Castorf-Marthaler-Gotscheff-Waltz-Macras-Petras... Bien consciente que tous ces gens n'ont plus vraiment besoin de soutien mais ont encore des choses à dire, j'espère avant tout donner le goût de leur travail, laisser entendre leur parole, faire œuvre d'entremetteuse entre ces créateurs et le public francophone qui a l'occasion de les voir tourner en France. Cela vaut aussi pour les autres, les moins connus, les sans-subventions, les artistes anti-mainstream. Y'a pas de raison.