J'ai toujours aimé les grandes villes l'été, quand le rythme ralentit, les jours rallongent et la culture prend le plein air. D'accord Berlin n'a pas vraiment besoin d'être "ralentie". C'est peut-être pour ça que les programmes culturels y sont moins suspendus qu'en france. Ici les théâtres rendent les clés mi-juillet et reprennent fin août. Rien à voir avec les tunnels estivaux français de 4 mois de long. Voici ce qui s'annonce dans les jours et semaines à venir à berlin.
Encore un peu de théâtre
Les grandes insitutions prennent les vacances dans quelques jours. A la Schaubühne, reprise de Songe d'une nuit d'été (Sommernachttraüm) fruit d'une collaboration entre Ostermeier et l'explosive Constanza Macras qui d'ailleurs présentera sa nouvelle création sur cette même scène en janvier prochain "Megalopolis". A la Volksbühne grand marathon antique du 10 au 13 juillet dans l'amphithéatre construit devant le théâtre en rénovation. Prométhée par Gotscheff, Die Vögel ohne Grenzen par Savary, Médée par Castorf, Antigone et Elektra par Schroeter. Le Deutsches Theater annonce un "finale" en rejouant tous ses succès de la saison avant la fermeture estivale le 11 juillet. Comme d'habitude, la plupart des pièces affichent complet mais on peut toujours tenter sa chance le soir même pour aller voir "Qui a peur de Virginia Woolf" et "Oncle Vania" mis en scène par Jurgen Gösch, ou "Wildente - Les canards sauvages"et "Emilia Galotti" par Talheimer. Du théâtre il y en aura aussi tout l'été et en plein air dans les ruines de la Kloster abbaye, en plein Mitte. En alternance les Fourberies de Scapin et La Mouette. C'est gratuit. Le Theater forum Kreuzberg reste aussi ouvert tout l'été avec entre autres La résistible ascencion d'Arturo Ui de Brecht. On signalera aussi le F40 - English Theater aussi à Kreuzberg.
Musique non stop
C'est un peu faux, le rythme se ralentit pour les concerts dans les salles classiques mais foule de festivals, événements. 2e édition du Wassermusik Festival à la HKW, en bord de Spree. Cette année grand écart entre l'accordéon et la musique carribéenne. Omar Sosa, Lee Perry et Adrian Scherwood seront entre autres de la partie. Et surtout c'est pas cher (10 euros la journée+soirée). Le grand raout de Tempelhof jouera dans une autre catégorie. Le Berlin festival 2009 envahit l'ancien aéroport berlinois (une autre forme de squat) avec du gros : Doherty, Peaches, Digitalism, José Gonzales, Saint Etienne, the Rifles. Pas vraiment de l'alternatif. Ni du bon marché. 32 euros la soirée, 49 euros les deux jours, en prévente. Sur place, bien plus cher.
Moins rock, plus variété, la Citadelle de Spandau fait défiler tout l'été du grand show à très cher. Le 7 juillet Goran Bregovic et Shantel (40 euros), le lendemain Calexico et Lambchop (35 euros), Marianne Faithfull le 25 juillet.
La danse contemporaine
C'est peut-être là qu'on se repose le moins. La programmation continue un peu partout. Je vais la semaine prochaine voir "Les possédés" par la Cie Limnaois, à la Halle, Prenzlauer Berg. Dock 11 continue, notamment hors les murs avec une création de Nir de Wolff/Total Brutal "Action" à la nouvelle synagogue de Berlin du 11 au 18 juillet.En août il y aura le grand rendez-vous de TAnz im August (15 au 30 août) dont on reparler dans ce blog.
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dimanche 5 juillet 2009
mardi 30 juin 2009
Je n'aurai jamais vu danser Pina Bausch
Pina Bausch s'est éteinte à l'âge de 68 ans. Sûrement la plus grande chorégraphe allemande. Ce matin Sasha Waltz lui écrit une lettre :
"Liebe Pina,
du warst die wichtigste Bezugsperson für so viele Tänzer, Choreographen, Regisseure, Bildende Künstler. Dein großes Herz und deine Neugier, deine tiefe Humanität, deine Offenheit hat Ausdruck gefunden in deiner Arbeit, deinen vielen unbeschreiblichen Stücken aber auch in den letzten Jahren in deinem „Fest mit Pina“, wo du uns alle an deinen Tisch geladen hast, mit dir das Leben und den Tanz in all seinen Schattierungen zu feiern.
Ich versuche meinen Kindern zu erklären, wer du bist und kann nur sagen: Sie ist die Mutter des modernen Tanzes in Deutschland.
Sasha"
"J'essaie d'expliquer à mes enfants qui tu es et je peux juste leur dire : elle est la mère de la danse moderne en Allemagne".
France culture publie un très bon dossier sur son site.
Je joins également un article de Vincent Dieutre, paru en 2008 dans les Lettres françaises et repris ce matin par l'Humanité. Il dit bien ce que représentait la danse de Pina Bausch et ce qu'elle était devenue aujourd'hui.
"Voilà, je l’ai reçu ! Le programme de la prochaine saison du Théâtre de la Ville et le formulaire d’abonnement sont arrivés, signalant doucement dans la boîte à lettres la fin du printemps. Comme chaque année depuis bientôt dix ans, je vais l’éplucher patiemment. Comme chaque année, je vais tout de même me dépêcher ; on ne sait jamais, d’autres pourraient me doubler et rafler la place tant attendue, celle pour laquelle on se donne tout ce mal, celle pour laquelle on ne préfère pas miser sur des complicités au bureau de presse, celle pour laquelle, finalement, on a commencé de s’abonner : la place pour le prochain spectacle de Pina Bausch qui immanquablement viendra couronner la saison, début juin et que, pour rien au monde, on ne raterait…
Mais cette année, un doute me saisit alors que je coche dans un geste quasi machinal, sans même avoir regardé ce que je choisirais parmi les dizaines d’autres spectacles proposés, la case Pina B. Oui, je ne sais finalement pas pourquoi j’y mets cette urgence fébrile, pourquoi je n’y regarde pas à deux fois. Une pensée me vient que je vous soumets comme elle arrive, en forme de méditation de rentrée…
Je ne m’étendrais pas sur le travail de Pina Bausch : on a déjà tant écrit dessus, ni ne tenterais un énième panégyrique d’une oeuvre « incontournable » (comme on disait au XXe siècle) ; non, ce qui me turlupine, c’est essayer de comprendre ce qui, quasiment trente ans après le cataclysme inaugural que fut pour moi la rencontre avec Nelken dans la cour d’Honneur du palais des Papes d’Avignon, résiste encore non seulement à l’oubli, l’érosion, l’affadissement, mais aussi et surtout à l’irruption d’autres figures, plus tranchantes, dans le champ de mes expériences esthétiques. Et ne croyez pas qu’il s’agisse là d’une préoccupation singulière ou d’une fidélité égoïste aux engouements d’un autre temps ; cette année encore, j’ai pu le constater en laissant vaquer mon regard sur les spectateurs présents lors de la dernière migration parisienne de printemps du gang de Wuppertal : tous sont comme moi, tous attendent le miracle imperturbablement, tous savent pourtant qu’ils n’en recueilleront plus que les échos fanés, tous pourtant seront encore là l’an prochain, et tous n’en retireront qu’une amère certitude : ça n’est plus ça… Mais…
Oui, je les regarde qui applaudissent mollement ou, comme moi, pas du tout. Chaque année, il s’en trouve bien quelques-uns (des nouveaux sûrement, ou des trop jeunes pour savoir…) qui se lèvent et hurlent d’enthousiasme, mais les printemps passant, ils se font plus rares, plus isolés et nous, les blessés, les observons avec envie. Comme à chaque fois Elle va venir saluer, sans conviction dorénavant : Elle aussi Elle sait… on dirait qu’Elle n’y croit plus et qu’Elle s’étonne de notre acharnement à être là, Elle qui y est si peu. Mais Elle le fait pour ces incroyables danseurs qu’Elle a amenés encore une fois à donner tout ce qu’ils ont d’énergie désespérée, malgré tout.
Quelquefois, on y a cru à nouveau : c’était reparti comme en soixante-quatorze. Mais une réalité s’impose : du mythique Tanztheater de Wuppertal des années 1975-1985 ne reste plus que ce grand déballage annuel en forme de revue éparse, dont, certes, quelques numéros continuent de déchirer l’âme et le ciel de la routine culturelle, mais dont chacun de nous devine qu’il n’est plus que l’ombre de lui-même. Il y a eu l’année où Elle a dansé pour la dernière fois (Danzon) et où je vis une salle entière en larmes, puis ce fut tout le noyau d’origine qui se retira progressivement, puis cette sorte de perfection formelle aphone et insistante, qui continue de se déliter somptueusement printemps après printemps, de résidences de travail (Palerme, Sao Paulo, Istanbul, etc.) en irruption anecdotique de nouvelles têtes (corps ?) surdouées.
Pina paie-t-elle le crime d’avoir touché trop profond le nerf de son temps, en une décade de surchauffe artistique où le Tanztheater aurait représenté par trop foncièrement le malaise d’un moment de l’Europe pour que l’intensité inouïe des expériences menées puisse s’installer dans le long terme de l’institution ? Déjà, alors qu’elle tournait Un jour, Pina m’a demandé en 1982, Chantal Akerman affirme avoir été quelque peu effrayée par l’incroyable puissance démiurgique du « système Pina » alors à son paroxysme, par sa terrible et évidente urgence… Je la comprends mieux aujourd’hui quand je constate que les simples bribes de cette urgence, traînant encore çà et là au détour des déceptions annuelles programmées, arrivent encore à nous secouer comme les répliques d’un séisme perdu. Faut-il y voir un « cas Pina Bausch » comme Nietzsche décrivait un Cas Wagner ? N’observe-t-on pas cette dimension déceptive chez tous les « grands » de la modernité (et, côté cinéma, chez le Godard d’après Passion) ? Faut-il savoir se départir un jour d’une oeuvre d’art total fondatrice et irrémédiable comme seul sait en générer l’art allemand ? D’où vient notre acharnement à la vouloir réanimer alors qu’elle gît là, sur la scène, sous perfusion, à peine agitée de spasmes déjà nostalgiques… Le pire étant que je ne suis pas très « danse »…
Vient-on payer une dette ? Non, c’est autre chose… Depuis longtemps, d’autres sont venus, Keersmaeker, Lauwers, Vandekeybus, renouveler le contingent des admirations folles. Mais ce que je dois à Pina, c’est bien plus que de m’avoir, à vingt ans, révélé le monde et la beauté des choses… C’est aussi et surtout, dans l’étourdissant succession des révélations de saison qui nous enivre tous, de revenir chaque année à l’orée de l’été faire état modestement de la douceur du retrait, d’en exposer sans reniement aucun l’ingrate subtilité. Peut-être se trouve-t-il là le secret de notre fidélité fiévreuse : nous tous, tapis dans le noir, n’attendons rien de cette création annuelle qu’on sait déjà moins forte que la précédente, avec l’inéluctable pertinence d’une marée basse. Mais si nous sommes là, sans acrimonie, à ne rien vouloir perdre de cet effacement, c’est que, cette année encore, Pina et les siens nous inviteront à maintenir le cap du « pourquoi ? » quand les « pourquoi pas ? » nous rongent, à nous remettre au diapason d’une certaine exigence pérenne souvent mise à mal par l’inflation des radicalités.
À l’année prochaine, si tout va bien : je viendrais encore prendre des nouvelles, pas toujours bonnes, de la défaite des corps et des villes traversées ; tendrement, j’en profiterai pour réapprendre de Pina et de sa lassitude entêtée à quelle hauteur je dois placer la barre. Il en va de ma vie.
Vincent Dieutre". Lire la suite...
"Liebe Pina,
du warst die wichtigste Bezugsperson für so viele Tänzer, Choreographen, Regisseure, Bildende Künstler. Dein großes Herz und deine Neugier, deine tiefe Humanität, deine Offenheit hat Ausdruck gefunden in deiner Arbeit, deinen vielen unbeschreiblichen Stücken aber auch in den letzten Jahren in deinem „Fest mit Pina“, wo du uns alle an deinen Tisch geladen hast, mit dir das Leben und den Tanz in all seinen Schattierungen zu feiern.
Ich versuche meinen Kindern zu erklären, wer du bist und kann nur sagen: Sie ist die Mutter des modernen Tanzes in Deutschland.
Sasha"
"J'essaie d'expliquer à mes enfants qui tu es et je peux juste leur dire : elle est la mère de la danse moderne en Allemagne".
France culture publie un très bon dossier sur son site.
Je joins également un article de Vincent Dieutre, paru en 2008 dans les Lettres françaises et repris ce matin par l'Humanité. Il dit bien ce que représentait la danse de Pina Bausch et ce qu'elle était devenue aujourd'hui.
"Voilà, je l’ai reçu ! Le programme de la prochaine saison du Théâtre de la Ville et le formulaire d’abonnement sont arrivés, signalant doucement dans la boîte à lettres la fin du printemps. Comme chaque année depuis bientôt dix ans, je vais l’éplucher patiemment. Comme chaque année, je vais tout de même me dépêcher ; on ne sait jamais, d’autres pourraient me doubler et rafler la place tant attendue, celle pour laquelle on se donne tout ce mal, celle pour laquelle on ne préfère pas miser sur des complicités au bureau de presse, celle pour laquelle, finalement, on a commencé de s’abonner : la place pour le prochain spectacle de Pina Bausch qui immanquablement viendra couronner la saison, début juin et que, pour rien au monde, on ne raterait…
Mais cette année, un doute me saisit alors que je coche dans un geste quasi machinal, sans même avoir regardé ce que je choisirais parmi les dizaines d’autres spectacles proposés, la case Pina B. Oui, je ne sais finalement pas pourquoi j’y mets cette urgence fébrile, pourquoi je n’y regarde pas à deux fois. Une pensée me vient que je vous soumets comme elle arrive, en forme de méditation de rentrée…
Je ne m’étendrais pas sur le travail de Pina Bausch : on a déjà tant écrit dessus, ni ne tenterais un énième panégyrique d’une oeuvre « incontournable » (comme on disait au XXe siècle) ; non, ce qui me turlupine, c’est essayer de comprendre ce qui, quasiment trente ans après le cataclysme inaugural que fut pour moi la rencontre avec Nelken dans la cour d’Honneur du palais des Papes d’Avignon, résiste encore non seulement à l’oubli, l’érosion, l’affadissement, mais aussi et surtout à l’irruption d’autres figures, plus tranchantes, dans le champ de mes expériences esthétiques. Et ne croyez pas qu’il s’agisse là d’une préoccupation singulière ou d’une fidélité égoïste aux engouements d’un autre temps ; cette année encore, j’ai pu le constater en laissant vaquer mon regard sur les spectateurs présents lors de la dernière migration parisienne de printemps du gang de Wuppertal : tous sont comme moi, tous attendent le miracle imperturbablement, tous savent pourtant qu’ils n’en recueilleront plus que les échos fanés, tous pourtant seront encore là l’an prochain, et tous n’en retireront qu’une amère certitude : ça n’est plus ça… Mais…
Oui, je les regarde qui applaudissent mollement ou, comme moi, pas du tout. Chaque année, il s’en trouve bien quelques-uns (des nouveaux sûrement, ou des trop jeunes pour savoir…) qui se lèvent et hurlent d’enthousiasme, mais les printemps passant, ils se font plus rares, plus isolés et nous, les blessés, les observons avec envie. Comme à chaque fois Elle va venir saluer, sans conviction dorénavant : Elle aussi Elle sait… on dirait qu’Elle n’y croit plus et qu’Elle s’étonne de notre acharnement à être là, Elle qui y est si peu. Mais Elle le fait pour ces incroyables danseurs qu’Elle a amenés encore une fois à donner tout ce qu’ils ont d’énergie désespérée, malgré tout.
Quelquefois, on y a cru à nouveau : c’était reparti comme en soixante-quatorze. Mais une réalité s’impose : du mythique Tanztheater de Wuppertal des années 1975-1985 ne reste plus que ce grand déballage annuel en forme de revue éparse, dont, certes, quelques numéros continuent de déchirer l’âme et le ciel de la routine culturelle, mais dont chacun de nous devine qu’il n’est plus que l’ombre de lui-même. Il y a eu l’année où Elle a dansé pour la dernière fois (Danzon) et où je vis une salle entière en larmes, puis ce fut tout le noyau d’origine qui se retira progressivement, puis cette sorte de perfection formelle aphone et insistante, qui continue de se déliter somptueusement printemps après printemps, de résidences de travail (Palerme, Sao Paulo, Istanbul, etc.) en irruption anecdotique de nouvelles têtes (corps ?) surdouées.
Pina paie-t-elle le crime d’avoir touché trop profond le nerf de son temps, en une décade de surchauffe artistique où le Tanztheater aurait représenté par trop foncièrement le malaise d’un moment de l’Europe pour que l’intensité inouïe des expériences menées puisse s’installer dans le long terme de l’institution ? Déjà, alors qu’elle tournait Un jour, Pina m’a demandé en 1982, Chantal Akerman affirme avoir été quelque peu effrayée par l’incroyable puissance démiurgique du « système Pina » alors à son paroxysme, par sa terrible et évidente urgence… Je la comprends mieux aujourd’hui quand je constate que les simples bribes de cette urgence, traînant encore çà et là au détour des déceptions annuelles programmées, arrivent encore à nous secouer comme les répliques d’un séisme perdu. Faut-il y voir un « cas Pina Bausch » comme Nietzsche décrivait un Cas Wagner ? N’observe-t-on pas cette dimension déceptive chez tous les « grands » de la modernité (et, côté cinéma, chez le Godard d’après Passion) ? Faut-il savoir se départir un jour d’une oeuvre d’art total fondatrice et irrémédiable comme seul sait en générer l’art allemand ? D’où vient notre acharnement à la vouloir réanimer alors qu’elle gît là, sur la scène, sous perfusion, à peine agitée de spasmes déjà nostalgiques… Le pire étant que je ne suis pas très « danse »…
Vient-on payer une dette ? Non, c’est autre chose… Depuis longtemps, d’autres sont venus, Keersmaeker, Lauwers, Vandekeybus, renouveler le contingent des admirations folles. Mais ce que je dois à Pina, c’est bien plus que de m’avoir, à vingt ans, révélé le monde et la beauté des choses… C’est aussi et surtout, dans l’étourdissant succession des révélations de saison qui nous enivre tous, de revenir chaque année à l’orée de l’été faire état modestement de la douceur du retrait, d’en exposer sans reniement aucun l’ingrate subtilité. Peut-être se trouve-t-il là le secret de notre fidélité fiévreuse : nous tous, tapis dans le noir, n’attendons rien de cette création annuelle qu’on sait déjà moins forte que la précédente, avec l’inéluctable pertinence d’une marée basse. Mais si nous sommes là, sans acrimonie, à ne rien vouloir perdre de cet effacement, c’est que, cette année encore, Pina et les siens nous inviteront à maintenir le cap du « pourquoi ? » quand les « pourquoi pas ? » nous rongent, à nous remettre au diapason d’une certaine exigence pérenne souvent mise à mal par l’inflation des radicalités.
À l’année prochaine, si tout va bien : je viendrais encore prendre des nouvelles, pas toujours bonnes, de la défaite des corps et des villes traversées ; tendrement, j’en profiterai pour réapprendre de Pina et de sa lassitude entêtée à quelle hauteur je dois placer la barre. Il en va de ma vie.
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lundi 22 juin 2009
Three Spells - Damien Jalet anecdotique

Damien Jalet c'est ce corps puissant, félin, ce mouvement explosif que j'avais remarqué dans "D'avant". Il est venu cette semaine présenter son triptyque "Three Spells". Bon j'avoue, c'est aussi le nom de Cherkaoui, en bas de l'afffiche qui m'a interpellé. "En collaboration avec" disaient-ils... J'y ai couru. La publicité n'était pas mensongère, juste un peu disproportionnée. Jalet n'a pas plus "zusammen arbeiter" avec Cherkaoui - qui a co-signé la chorégraphie du dernier duo -, qu'avec Alexandra Gilbert ou le metteur en sons Christian Fennesz. On n'a qu'à pas être assiThree Spells donc se danse à deux en trois parties. D'un côté Alexandra Sanchez étonnante d'élasticité, femme poupée aux dimensions liliputiennes. De l'autre Damien Jalet, qui se fait danseur et chorégraphe. On y explore l'animalité des êtres, le fantastique, le mythe, la naissance et la mort. Et puis on s'y ennuie aussi. Le premier solo avait pourtant fixé une atmosphère tendue, une gestuelle étrange. Empêtrée dans une fourrure blanche (magnifique - le créateur Jun Takahashi est un magicien), une créature magique - Venus in fur - fait sa mue. La peau frémissante s'agite de mouvements grâcieux. La femme là-dessous aspire à la renaissance. Comme Athena sortie de la cuisse de Jupiter, la peau se déchire pour laisser apparaitre deux jambes nues écartées sur le monde. Enfantement spasmodique, déchirure magnifique. La femme est là fragile, voilée de noir. Sur des airs orientaux la femme se lève mi-nue, mi-voilée. Tout aussi animale, la deuxième pièce sent le mâle et la puissance. Mi-homme, mi-cerf, Jalet joue des cornes, s'ébroue dans des mouvements lourds et sauvages. Le danseur a trouvé incarnation à sa taille. Mais la mise en scène pêche par son manque de justesse. Les jeux d'ombre chinoises sont beaucoup moins clairs que dans le premier tableau, les mouvements trop répétitifs, l'espace un peu vide, l'exploration un peu veine. L'habillage sonore omniprésent souligne beaucoup trop cet état de nature. Autant le dire, la musique était insupportable, aussi prétentieuse que formatée. Le duo final achève cette impression de banalité. "Aleko" est un beau morceau dramatique, un mélange de civilisation poussée (celle du Japon, celle de la Russie de Pouchkine) et de sauvagerie. Alexandra Sanchez joue avec des faux cheveux démesurés. L'artifice est bien trouvé, mais ne nous parle de rien d'autre. Elle s'y emmêle, s'y perd, s'y pend. Jalet en rajoute dans la torture. Ces cheveux m'agacent un peu, me dégoûtent même. Bref on a du mal à se laisser prendre par ce duo trop travaillé. L'ultime danse de Jalet autour de la belle morte semble ne jamais finir. Et pourtant Three Spells n'aura duré que 55 minutes.
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Sidi Larbi Cherkaoui
dimanche 21 juin 2009
In Transit 09 - Temps fort colombien avec Mapa Teatro
Le théâtre performance de Mapa Teatro, compagnie colombienne aux racines suisses. Deux créations aux antipodes, l'une glacée et douloureuse, l'autre bouillonnante et kistsch."Ansio los Alpes; asi nacen les Lagos" réunit les adaptations de deux textes de Händl Klaus. Une femme se meurt, elle étouffe, rêves de glace et de bruits de montagne, rêve de froid et d'air des Alpes. Sur scène derrière un rideau blanc, une femme nous parle par le truchement de la caméra. Un lapin blanc avance de tronc en tronc, rêve blanc de la femme en noire. La voix nous parvient, travaillée, haletante. La pièce est en espagnole, sous titrée en allemand. Je me laisse porter par le souffle et la vision blanche sur scène. Tout à coup ce décor étriqué coincé entre un rideau et deux télés se déploie. Le mur tombe, c'est magique. Les voici enfin les Alpes, la neige, la montagne, le froid. La scénographie est splendide duvet blanc et cabane de bric et de broc. Un pied en Suisse, un autre en Amérique du Sud. Et pourtant cette sensation d'étouggement et d'oppression ne nous quitte pas. Rolf Abderhalden construit des images calmes et violentes à la fois. Derrière les barbelés un homme-chasseur nous menace. Sentiment d'insécurité dans un monde perdu. Je suis venue avec Oscar, un ami artiste et colombien. A la fin de la pièce il peut à peine parler, pris dans cette atmosphère inquiétante qui lui rappelle trop son pays, Bogota.
Dans "Opereta Marciana", Mapa teatro se saisit d'autres codes, moins celui de la violence que de l'apparence, du clinquant, et du déviant aussi. Cela se passe au bar de la HKW dans un format cabaret. C'est gratuit, ouvert à tous. D'un film de science fiction mexicain ringard des années 60 - rien que le nom vous donne des frissons "Le démon bleu contre l'invasion des femmes"-, ils ont construit un cabaret où les personnages de femmes sont doublées par quatre travestis colombiens et les dialogues remplacées par des chansons. Miracle de play-back, déhanchements incroyables, gestuelles cabaret. Démesuré et touchant.
Il y avait évidemment beaucoup d'autres uchoses à voir et écouter pendant ce In transit 09, beaucoup de performances, dont celle d'une autre Colombienne Maria José Arjona coincée entre deux murs blancs ouverts au passage sur lesquels elle a fait éclater des bulles rouges avant de mieux les effacer à la craie blanche. Passage du temps, patience, apparition, disparition, couches et ravalements de façades. Cette belle œuvre acharnée s'est conclue par du Edith Piaf jusqu'à extinction de voix.
J'ai bien aimé également l'installation de Melati Suryodarmo venue d'Indonésie. Elle a passé des heures dans une boite vitrée. Longs cheveux bruns sur robe rouge satinée. Posée sur l'herbe verte entourée de lapins blancs (vivants...) elle garde la pose comme pour un tableau vivant. Seule l'anime la musique de Bach qui s'élève par la voix d'une chanteuse et d'un violon. L'image est belle, la musique envoûtante. J'aurais pu rester longtemps là, à la regarder. Le soir tard, je l'ai vue sortir de sa cage. Je me suis demandée s'ils sentaient mauvais, les lapins.
La danse d'Aitana Cordero me laisse un goût plus mitigé. Sa pièce "The Duet" pose un postulat: elle abandonne son corps à trois autres danseurs qui tour à tour construisent des duos avec ce corps-poupée, dont ils peuvent faire ce qu'ils veulent, ou presque. On est là autour d'eux, très proches de ce carré blanc qui délimite l'espace de jeu. Au début ils sont quatre, forcément le rythme est élevé, le corps se soulève facilement, l'énergie ne faiblit jamais. Puis ne reste qu'un danseur, un homme, qui choisit la force, une charge vraiment sexuelle où le corps de l'autre est pris dans une parade. Les portés sont physiques, le danseur prend peu de pauses. Les deux autres seront plus dans la douceur, dans la faiblesse, on ressentira la lourdeur de ce corps qu'il faut retourner, emmener. L'exercice de style est assez intense, pas ennuyeux. Mais il reste pour moi un prémice à la création, un exercice somme toute classique en danse contemporaine (se laisser aller au mouvement des autres), qui ne prouve rien, n'apporte rien si ce n'est cette charge sexuelle et narcissique aussi. Ce duo est inégal, et c'est finalement le danseur qui bouge qui perd la partie. Elle, est la reine qu'on séduit, qu'on déplace, qu'on caresse, qu'on maltraite aussi. Elle devient centre, objet unique d'attention. La posture finit par m'agacer. Pourtant il y avait vraiment une belle intensité sur le plateau.
Ca s'inflige aussi des sévices dans Gustavia, le duo de La Ribot et Mathilde Monnier qui fait le plein dans le (trop) grand auditorium. Rideau noir devant, derrière, par terre. Les deux chorégraphes convoquent le théâtre et le cinéma, le mime et le punk. Deux paires de jambes infinies tanguent sur talons hauts. A l'autre bout du noir encore, et deux têtes blondes, grimaçantes, implorantes. Qui sera la meilleure pleureuse? De bout en bout les deux dames, plus si jeunes, surjouent le burlesque, le crépage de chignon, le comique de répétition dans ce grand cirque funéraire. Ah cette planche de bois qui dix fois, vingt fois, trente fois, fait vaciller Monnier. Et ces apparitions-disparitions dans les plis du rideau noir. Il y a du chien dans cette création là, Gustavia. Il y a du savoir faire, du plaisir. Un peu trop facile peut-être. Au premier applaudissement, on sursaute, quoi déjà? On imaginait que ça irait plus loin. Lire la suite...
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dimanche 5 avril 2009
La beauté froide d'Hedda Gabler par Ostermeier

Thomas Ostermeier a fait d'Henrik Ibsen son auteur phare. Dans un portrait récent de Brigitte Salino pour le Monde il déclairait "Que nous reste-t-il ? Le refuge de la famille et de la carrière, qui sont les valeurs bourgeoises du XIXe siècle. On revient au temps d'Ibsen, qui convient mieux à notre génération que Tchekhov. Il n'est pas sentimental. Il montre des gens pris dans le carcan de la société, qui livrent un combat personnel, pour trouver une issue." Pendant que son "John Gabriel Bookman" tourne en France, la Schaubühne reprend son Hedda Gabler ce soir à Berlin. La maison bourgeoise imaginée par Ibsen en 1891 à Munich a laissé place chez Ostermeier à un loft sèchement contemporain. Dans ce décor froid et superbe, où l'eau ruisselle sur une paroi-écran, Hedda Gabler s'ennuie. En tenue d'intérieur la jeune femme fait la moue, indifférente aux fleurs fraiches, au canapé neuf, à la terrasse avec vue. A peine revenue de son voyage de noces, elle contemple avec dédain ce que sera désormais sa vie. Comme dans Nora, Henrik Ibsen dresse le portrait d'une jeune femme prise au piège de ses désirs de réussite sociale dans un milieu bourgeois étouffant. Même trio mari-femme-ami du mari (ici il est avocat, et non plus médecin). Même prison dorée aux murs de laquelle les jeunes femmes se heurtent jusqu'à l'irréparable. Avec un supplément de machiavélisme et de cynisme pour Hedda Gabler.
Elle pourrait être Emma Bovary cette jeune femme qui rêvait de luxe, d'argent, de passion. Au final Hedda n'a pour compagnon qu'un universitaire terne et sans charisme, endetté pour tenter de répondre aux rêves de sa jeune femme capricieuse. Réapparait alors le premier amour de la jeune femme, un intellectuel fantasque, fêtard, peu fiable, en passe de briser la carrière universitaire de son mari. Prise au piège de ses contradictions et de sa condition, Hedda complique les situations, joue des êtres et des sentiments, y compris les siens, comme pour mettre du piment dans sa vie.Thomas Ostermeier a construit un huis clos où les êtres s'agitent peu. Cette paroi transparente est-elle le mur de faux semblant des discussions de salon. Est-elle cet ennui qui suinte par tous les pores de la peau des personnages? Pas de tumulte ici. Le ton est aseptisé, la musique douce, les teintes verdâtres, froides. A peine les acteurs profitent-ils de l'espace du plateau tournant. Autour du canapé se jouent froidement les dernières heures d'Hedda Gabbler. Une pièce au goût métallique.
"Hedda Gabler" avec Annedore Bauer, Lars Eidinger, Jörg Harmann, Katharina Schutller.CE soir, 18h, Schaubühne, 8-38 euros. Lire la suite...
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mardi 31 mars 2009
Sasha Waltz se fait ensorcelleuse au Neues Museum

Tout s'est tu. Bien après les derniers essoufflements, longtemps après les dernières notes, je prolonge l'errance dans les couloirs du musée vide. Réaction épidermique. Attraction de la pierre. Je touche ces marbres, ces mosaïques, ces peintures craquelées. La danse de Sasha Waltz est un ensorcellement. Un musée vide, abandonné pendant 60 ans, ravagé par la guerre, a soudain repris vie sous les pieds, les doigts, les voix des 70 artistes - danseurs, musiciens, chanteurs. Trois heures d'une cérémonie initiatique grandiose et intime, qui imprime la rétine, parcourt l'échine, arrive au cœur. La chorégraphe berlinoise n'a pas seulement orchestré un spectacle magistral, elle a aussi (re)trouvé - inventé - l'esprit d'un lieu. Sasha Waltz a disposé les corps dans tous les espaces, interstices, porosités du Neues Museum. Dans ce musée qui n'ouvrira officiellement ses portes qu'en octobre, elle a voulu une exposition dansée plus qu'un spectacle. Au visiteur d'aller se perdre à l'instinct dans ce dédale néo-classique et contemporain, si magnifiquement restauré par David Chipperfield. Sur mon chemin je croise des lions fatigués, des reines égyptiennes emmêlées, des corps pâles effrayés, je m'arrête devant des statues suspendues, une femme-araignée, une derviche tourneuse, des muses galopantes. Le rire hystérique d'une mondaine en crinoline résonne dans la salle des Niobides, la voix aigue d'un quatuor à cordes contemporain guide jusqu'à l'étonnante plateforme égyptienne, le chant d'une chorale féminine habite la salle moyenâgeuse. Le spectacle a été pensé en deux parties, pour nous laisser le temps de tout explorer. La première heure occupe les deux cours profondes, grecques et égyptiennes. Les danseurs-statues apparaissent et s'évanouissent sans qu'on les remarque. C'est à la fois orchestré, esthétique et subtil. Le grand escalier central, coeur du musée, sert de point d'orgue, où Sasha Waltz bat les moments de ralliement. Entre les deux actes les musiciens s'y installent et la troupe de danseurs se retrouve sur les marches, arpente les murs, invente une langue des mains. Communion grand format avant de s'éparpiller à nouveau. La chorégraphe avait déjà montré son aptitude à construire des tableaux grandioses, notamment dans son Médée (déjà inspiré par le Pergamom Museum). Ici elle va plus loin et fait tomber les barrières. Puisqu'il n'y a plus d'espace scénique, je peux aller me frotter à cette danseuse, la regarder dans les yeux, je la gêne, elle me contourne. Jeux. Les danseurs doivent gagner leur espace parmi la foule qui se presse. Sans directive aucune, chacun trouve sa place, celle avec du recul, ou celle qui touche, approche, frôle. On envie le lien charnel que les danseurs établissent entre leur corps et l'ossature du lieu. Ce n'est qu'à travers leurs peaux, que nous goûtons le froid des marbres, la douceurs des pierres polies, la couleur des murs passés. Quand enfin tout s'apaise, les danseurs se glissent sans bruit le long des couloirs, redescendent les escaliers. Au cœur joue un quatuor à cordes délicat. C'est du Bruckner. Un à un les corps épuisés viennent s'échouer sur leurs pieds. Harmonie des sons et des corps, dialogue charnel. Bien après que les dernières notes se sont tues, la foule garde le silence. Arrêter le temps. Retenir l'instant.
La compagnie Sasha Waltz, le Vocalconsort Berlin et l'ensemble Kaleidoskop ont donné 10 représentations au Neues Museum, du 18 au 30 mars. Dialoge 09 - Neues Museum a réuni 14000 spectateurs.
Interview de Sasha Waltz sur le site du TIP : ici
Sasha Waltz présente l'une de ses premières pièces : Travelogue I - Twenty to eight au Radial System, à Berlin, du 2 au 5 avril.
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dimanche 29 mars 2009
D'un spectacle à l'autre

Journée grand écart. Sur Alexander Platz un clown fait des bulles entre les autonomes et les flics. La manif anti-crise berlinoise se finit en mini-émeute sous la pluie. Presque un rituel. Capuches noires contre rambos verts. Les flics sont en tenue de guerre. Ce sont eux qui chargent, qui cherchent, qui trouvent. Quelques heures plus tard, à quelque pas de là, le monde se fait beau. Sasha Waltz joue les magiciennes au Neue Museum. Intense moment de beauté. Drôle de journée.
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vendredi 27 mars 2009
Le meilleur du cinéma turc à Berlin
La 7e semaine du cinéma turc s'est ouverte hier à Berlin. Je ne saurais trop conseiller d'aller y découvrir le meilleur du cinéma indépendant turc tant Berlin, malgré ses 200000 turco-berlinois semble indifférente à la production culturelle de ce pays. Mention spéciale pour trois œuvres fortes : Hayat Var, Üç Mayum et Gitmek - My Marlon and Brando, déjà découverts lors de festivals.Gitmek- My Marlon and Brando
"Tu es mon Diego Rivera... tu mon Marlon et mon Brando... tu es la dernière lettre de Garcia Marquez..." Attention vraie histoire d'amour romantique avec lettres, promesses, séparation et tout et tout. La Juliette c'est Ayça Damgaci, jeune actrice stanbouliote rondelette et très fleur bleue. Son Roméo s'appelle Hama Ali Khan, star kurde irakienne vieillissante, mais toujours séducteur. Gitmek raconte leur histoire, ou plutôt leur séparation, en pleine guerre d'Irak. Le film s'appuie sur la véritable histoire de ce couple atypique, où les acteurs jouent leur propre rôle. Ils se sont rencontrés lors d'un tournage de film à Dyarbakir, la capitale kurde de Turquie, ont promis de se retrouver. Seulement la guerre s'en mêle. La frontière irako-turque se referme. Ayça se lance alors dans un drôle de voyage sur les routes turques, et iraniennes à la poursuite de son amour prisonnier dans son pays. Ce road-movie réjouissant repose beaucoup sur la personnalité d'une jeune femme passionnée, romantique, entêtée, presque d'un autre temps. Le film joue les équilibristes entre comédie, road-movie et tragédie. En général il choisit plutôt d'en rire. Plus la guerre se rapproche, plus le ton des lettres-vidéos envoyées par Hama recourent au burlesque (mémorable séquence où Hama devient superman). Comme autant d'antidotes à la laideur ambiante. Hüseyin Karabey, le réalisateur, a le chic pour explorer habilement les chemins du choc culturel.
Hayat Var de Reha Erdem Le réalisateur turc nous dévoile la beauté d'Istanbul depuis une barque, tache minuscule se glissant le long des carcasses géantes des cargos. Au fil du Bosphore, de la Corne d'Or, sous les ponts ou dans des ports minuscules, se révèle un paysage bucolique, hors du temps, que rattrape une réalité sociale dure, très dure. Hayat, quatorze ans, vit seule au milieu des hommes, dans une cabane de bois branlante, collée à l'eau. Sa mère a préféré tourner le dos à la misère et refaire sa vie avec un flic. Papa, officiellement pêcheur, ramène du poisson à frire tous les soirs. Il trafiquote surtout, de l'alcool, des femmes, livrées sur les cargos et tankers. "Ton père est stanbouliote, je suis stanbouliote, mon père était stanbouliote" scande le papi entre deux respirations rauques. Fierté suprême d'être d'ici, de connaître les recoins de la ville, ses côtés sombres, ses habitudes et sa misère. Gloire de savoir y survivre. Avec le Bosphore pour décor, "Hayat Var" s'accroche aux longs cheveux d'une fillette qui devient femme. L'eau l'accompagne partout, se reflète dans les cheveux, se faufile dans les pièces minuscules, s'accroche aux vêtements. Hayat est une figure solitaire, solaire, sauvage, hors du temps. De toutes ses forces elle tente de rappeler le temps de l'enfance, des pouces dans la bouche, des dindons qu'on course dans les herbes hautes, des bonbons qu'on cache sous le lit. Mais la réalité la rattrape violemment à l'image de cette mère qui tient les ciseaux et coupe de force la belle chevelure rebelle. Il se passe peu et beaucoup à la fois dans ce film faussement immobile. Dans une magnifique scène finale, ce rouge à lèvre barbouillé sur la figure d'Hayat, c'est son trophée, sa part d'innocence préservée. Cheveux aux vents, elle sourit enfin au Bosphore.
Üç Mayum - Trois Singes de Nuri Bilge Ceylan. Le réalisateur turc n'est plus à présenter. En quelques films il a imposé son cinéma lent, contemplatif et sa photograpie manipulée. Après Uzak et Climats, voici Üç Mayum - Trois Singes, un film magistral, ténébreux, plombé par des ciels d'orage trop lourds. Avec Istanbul comme décor, et une photographie métallisée, triturée, artificielle Nuri Bilge Ceylan plonge dans les noirceurs de l'âme et construit une tragédie des temps modernes. Deux meurtres, des mensonges, et des infidélités : une famille sauve maladroitement sa peau malgré les silences, les bassesses et les humiliations. Nuri Bilge Ceylan ne s'attache pas aux actes. Le premier meurtre est évacué rapidement, l'infidélité à peine évoquée. Toute l'intensité réside dans "l'après", dans les conséquences des actes. La beauté formelle du film, lumineux et sombre à la fois, agit comme un révélateur des compromissions de l'âme. Les hommes ont renoncé à porter haut leurs valeurs. Seuls, ils se battent contre l'orage, la pluie et les ciels sombres que Ceylan abat sur leurs têtes. Lire la suite...
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jeudi 26 mars 2009
Internationales Autoren festival (3) - TODO

Gymnastique linguistique. Hier soir la pièce Todo, de l'argentin Rafael Spregelburd était en espagnol, sous-titrée en allemand, SAUF la voix off, très importante qui pour cette version à la Schaubühne a été traduite en... allemand. Mon cerveau doit choisir, se concentrer sur l'espagnol enfoui sous les couches de germain et d'english, hésiter à lire les mots qui défilent en allemand, remettre ses neurones en ordre pour renoncer à la fonction espagnol et revenir au mode "compréhension orale" de l'allemand. Bref un gros micmac qui ne m'a pas facilité la tâche pour recevoir cette pièce. Et POURTANT, je me suis laissée aller au ton absurde, burlesque, poétique, méchant, de Todo. Dans un entrelacs de discussions en apparence anecdotiques, Rafael Spregelburd, auteur argentin, également metteur en scène et acteur, perce à nu le non-sens d'une société argentine traumatisée par son expérience de l'ultra-libéralisme et de la dictature. Sprekgelburd pose trois questions en ouverture de chacune des scènes : Pourquoi un Etat crée une bureaucratie? Pourquoi tout art devient commerce? Pourquoi toute religion devient supersitition? Un peu large comme programme, et effectivement la dernière scène, au ton beaucoup plus lourd et dramatique, peine à se rattacher à l'ensemble. On dirait un post-scriptum, une pièce jointe. On retiendra surtout la première scène où trois collègues de bureau occupent leur temps et nourrissent leur ennui à coups de bavardages sans intérêt. Leur travail n'a aucun sens, mais dehors le chômage fait rage et l'inflation galope. La leçon d'économie via l'achat du manteau de Lidia est absolument délicieuse. Finalement seules la poésie et l'absurde peuvent nous détourner de cette quête de sens dans une société qui semble ne plus tourner rond. Voilà qu'ils se mettent à brûler des billets. Une folie s'exclame l'une des employées. Une libération aussi. Dans ce décor étriqué on se croirait chez Jérôme Deschamps. Avec trois fois rien de décor et un écran vidéo pour seul échappatoire, les cinq acteurs construisent une fable moderne et intelligente. Les voilà qu'ils quittent l'ambiance collègues de bureaux pour se retrouver autour d'un sapin de Noel. L'une des employées est là, coincée entre son ex-mari écrivain, philosophe attirée par des jeunes filles nubiles, et son frère artiste contemporain conceptuel arrogant et vénal. Autour d'eux gravitent deux personnages un peu hors course, quasi muets mais inoubliables dans leur gesticulations insensées. Omar le bureaucrate en shorts et Ai Shi la vraie-fausse coréenne évaporée laissent les deux coqs jouer au plus fin, au plus macho, au plus goujat. Comment s'y retrouver dans ce monde insensé? Comment avancer? Comment imaginer la suite? La réponse poétique ne tient plus. Dans une ultime scène très sombre, un jeune femme désespérée ne parvient pas à donner un nom à son enfant de 3 mois. La peur a gagné.
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mercredi 25 mars 2009
Internationales Autorenfestival (2) - OVER THERE osculte la réunification avec des gros sabots et du ketchup
Over There est une double production du Royal Court Theatre et de la Schaubühne. Marc Ravenhill, auteur de théâtre anglais très joué à Berlin (Der Schnitt, Der Stadt, Shoppen & Ficken), y décrit le destin de deux frères jumeaux, l'un élevé par une mère ayant fui à l'Ouest, l'autre par son père, fidèle à la République démocratique. Over there est l'histoire de leurs retrouvailles, avant et après la chute du mur. Au delà d'une symbolique déjà lourde - deux jumeaux comme allégorie des deux Allemagnes divisées et semblables - , Marc Ravenhill s'embourbe dans un ramassis de clichés sur l'Est et l'Ouest, lui qui pensait jouer les justiciers en faveur d'une RDA bafouée et vaincue, pour un passé assassiné. A Londres, la pièce jouée en début de mois avait laissé la critique divisée, à Berlin elle s'est fait descendre. Hier soir le public de la Schaubühne n'a applaudi que du bout du doigt. Moi aussi. Que Ravenhill se risque en cette année anniversaire (cette pièce est une commande dans le cadre des 20 ans de la chute du mur) à parler d'un sujet sensible, était en soit assez courageux. Mais présenter au public berlinois sa propre histoire à coups de traits grossiers, c'est presque de l'indécence. "On se demande si l'auteur de cette pièce est jamais venu ici, et si c'est le cas, ça a du être une visite éclair au milieu des années 90", s'agace Anne Peter sur le site de Nach Kritik.© Heiko Schäfer Lire la suite...
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mardi 24 mars 2009
Internationales Autorenfestival (1) DRITTE GENERATION sans langue de bois
"Creuser bien profond et se salir" disait le "motto" du festival. Pas de doute Yael Ronen y a mis les deux mains et les tripes, remuant la terre encore fraiche de l'histoire germano-israélo-palestinienne. EXPLOSIF. "Dritte Generation" (la troisième génération) sonne comme une thérapie de groupe abrasive, une logorrhée violemment réjouissante. Puisque cette histoire est si délicate, sensible, violente, ne restons surtout pas muets semble s'être dit la jeune metteur en scène israélienne. Déversons nos flots de préjugés, de ressentiments, convoquons les morts, les victimes et les bourreaux, n'érigeons aucun tabou, dérangeons le public. Pour cela elle travaille depuis un an avec dix acteurs trentenaires Allemands, Israéliens, Palestiniens. Leurs histoires personnelles ont servi de terreau à l'exhumation de la grande histoire. Ils sont la troisième génération, leurs grands-parents sont les référents, ceux qui ont vécu l'Allemagne nazie, la Shoah ou la Naqba. Comment vivent-ils aujourd'hui un passé lourd et toujours présent, comment se définit-on par rapport à l'histoire de son pays, à quel point est-elle subie, digérée, instrumentalisée, comment peut-on dès lors regarder l'autre à travers ce prisme imposé?"Les juifs orthodoxes détestent les juifs sionistes; les juifs sionistes détestent les Arabes. Les Arabes détestent tous les Juifs. Les arabes musulmans détestent les arabes chrétiens. Les Européens détestent les musulmans - et les juifs! - et le monde entier déteste les Allemands, MAIS vous devez vous rappeler que même les Allemands sont des êtres humains, exactement comme les Belges...."
Niels Brosman est absolument hilarant en bouc émissaire allemand, y compris de sa propre communauté, Ayelet Robinson parfaite en adolescente isralienne qui visite les camps de concentration en Allemagne "Auschwitz c'est vraiment le mieux, Treblinka il n'y a plus rien à voir" et chante les louanges de l'armée israéllienne à la guitare. "
La pièce avait fait scandale à Tel Aviv. A Berlin, un représentant de la communauté juive vient de demander à la Schaubühne d'annuler les représentations. Sans avoir vu la pièce. En tant que survivant de l'Holocauste Isaak Behar se sent insulté, estimant que la création artistique doit aussi avoir des limites. "Ne peuvent-ils pas attendre encore quelques années que les derniers survivants de l'Holocauste aient disparu"? Dritte Generation ne parle pas d'autre chose. Et a choisi de ne plus se taire, ni d'accepter le chantage historique des ainés. "La grande force de ce travail c'est qu'il convertit en mots tout type de position" clame Thomas Ostermeier, patron de la Schaubühne. La parole qui en émerge est libre, et forcément violente. Mais blessante, non. Le public n'est pas non plus en reste. On lui hurle du "nazis" à la face, on lui demande ce qu'il vient chercher là, en regardant cette troupe si joliment estampillée "interculturelle"? Eux-même ne jouent-ils pas dans cette pièce pour leur carrière et l'argent alors que la guerre a toujours lieu là-bas? Malaise.
Je me souviens de cette pièce d'Akram Khan, Bahok cet été qui partait de ce thème, de l'autre, de l'exil, de la confrontation, et nous emmenait dans les chemins très policés du "multikulti" comme ils disent ici. Akram Kahn avait opté pour une version sans saveur, proprette du choc des cultures et des histoires. Ici nous sommes à l'opposé. Il n'y a finalement pas de solution, ni de happy end. Juste un déversement de discours qui existent et qu'on regarde pour un fois en face, en une unité de lieu. Récemment je me suis retrouvé dans un vieux bar de quartier Kreuzberg où, pour une fois à Berlin, toutes les communautés se cotoyaient autour d'une bière et d'un baby foot. Palestinien, Libanais, turcs, allemands, africains. Les uns et les autres se bousculaient dans un espace minuscule. Ils se connaissaient tous. Et se détestaient cordialement. Un Palestinien me sort "ich hasse Nigger" en voyant passer un noir à côté de nous et en me montrant sa longue cicatrice qui lui court sur l'avant-bras. Un Libanais athée (c'est lui qui précise) vient me mettre en garde après que j'ai parlé à une vieux théatreux berlinois et dont je n'ai pas tout de suite noté la croix de David autour du cou. "Ne lui parle pas, il n'est pas réglo" me glisse t-il. Ainsi va le monde me suis-je dit. Ces gens se détestent, le disent tout haut, et en même temps viennent boire tous les samedis soirs dans le même endroit. C'est déjà un début.
"Dritte Generation"
de Yael Ronen & the Company
Avec : Knut Berger, Niels Brosman, Karsten Dahlem, Ishay Golan, George Iskandar, Orit Nahmias, Rawda, Ayelet Robinson, Judith Strößenreuter, Yousef Sweid.
La pièce est encore jouée ce soir à 21h. Autres représentations les 3, 4 et 5 avril, 20h, 6-28 euros.
Photo © Heiko Schäfer Lire la suite...
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dimanche 22 mars 2009
Parcours Pictoplasma dans Mitte

Depuis 1999, l’agence berlinoise Pictoplasma collecte, compile et classe des personnages graphiques sans paroles de la culture électronique. C’est le « Character Design ». Inspirées de la culture japonaise et proches de la BD, Pictoplasma est devenu expo itinérante, colloque mais aussi éditeur et catalogue. Bref un gros machin epxlorant tout ce qui se fait dans le domaine du graphisme, du dessin, de la BD, de l'animation 3D, et qui ouvert sa dernière expo à Berlin depuis la semaine dernière. Oscar, un ami colombien étudiant aux Beaux-Arts, m'a proposé une balade dans les galeries particpant à l'événement. Sur la vingtaine d'expos, on en a vu cinq, ce qui est déjà beaucoup... trop. Autant j'aime parler des pièces, des films, des spectacles. Autant l'art me laisse assez muette. Je ne sais jamais vraiment comment me situer par rapport à ce que je vois, disons que je n'ai jamais de grand coup de coeur mais si ce que je vois m'amuse, m'indiffère ou surprend. Par contre je conseille le parcours pour découvrir des lieux sympas. Moi, j'ai commencé à Bon Goût, galerie que j'aime bien, créée l'an dernier à Berlin par un couple franco-suédois, et j'ai terminé à Neurotitan, galerie-librairie dans le même esprit que Bon Goût, entre sérigraphie, BD, design et librairie. Voici les images vues, entendues et regardées pendant ce parcours de deux heures.
1. Bon Goût, Torstrasse 110.
Comment Superman est devenu un beauf alcoolo, pourquoi la canette de bière déprime? Qui est vraiment Space Man? Bon Goût nous raconte des histoires d'anti-héros ou de héros déchus à travers le travail de Kottie Paloma et Laurent Imudeglia. La première propose des albums cartonnés fait mains, accompagnés de CD, où elle s'amuse de la déchéance des héros de bande dessinée américains. Ludique, amusant, sadique, moi j'ai beaucoup aimé.Holy green jelly from Gangpol & Mit on Vimeo.
Duo bordelais, Gangpol & Mit associe esthétique de jeu vidéo et musique dans des films drôles ou psychédéliques. Ils font également des performances live. A la galerie Panatom, trois télés oldschool passent trois de leurs films, dont ce très tripant Green Jelly.
Sur l'autre mur les peintures de Albert Bertolin, artiste espagnol basé à Berlin. Rat on Strychnine.
Ici un seul artiste, Chritian Montenegro, illustrateur argentin dont c'est la première expo en Allemagne. Première série sur bois, sur les 7 péchés capitaux. Belles couleurs, belles symétries.
L'autre partie de son travail me convainc moins.
L'expo est juste associée à Pictoplasma. On ne voit effectivement pas trop le rapport avec les toiles de Charlie Isoe, peintre et sculpteur australien venu de l'art de la rue. Des cannettes de Sternburg sur toiles de jute, des traces de sang sur des bouts de tissu. Je suis bien sceptique. Seules les grandes toiles possèdent quelque chose de frappant, violent.5. Neurotitan, Rosenthaler Str. 39, au 1er étage de la Haus Schwarzenberg
L'un des hauts lieux de la culture comics, graphisme, dessins de Berlin.Dans le grand loft, deux expos totalement différentes.
La première du collectif I am 8 Bit a investi les murs pour une grand jeu géométrique et coloré à coups de post-its.
Au fond c'est le collectif W+K TOKYO LAB qui présente une suite de travaux graphiques, montages photo, illustrations, en lien avec Tokyo.La Haus der Kulturen der Welt accueille une grande expo également jusqu'à début mai. Tous les renseignements sur ce parcours Pictoplasma ici.
vendredi 20 mars 2009
La Schaubühne déterre l'histoire

Digging deep and getting dirty - Creuser profond et se salir-. Mais déterrer quoi? L'histoire, le passé, les flux migratoires, les guerres, les mille et uns métissages qui ont construit notre identité actuelle. Pour son Internationales Autorenfestival zu Identität und Geshichte (Festival international des auteurs sur l'identité et l'histoire), le théâtre de Thomas Ostermeier invite six auteurs de théâtre contemporains venus d'Israel, d'Argentine, d'Allemagne, de Pologne et d'Angleterre pour créer autour de cette idée. Ca a commencé jeudi dernier et ça dure jusqu'au 29 mars.
Il y aura l'auteur maison, Marius von Mayenburg à qui la Schaubühne confie adaptations (le récent Hamlet), mises en scènes et écriture (Feurgesicht) de nombreuses pièces de son répertoire, avec Der Stein, présentée également dans le long cycle du théâtre "Deutschland 60 Jahre". Der Stein osculte les souvenirs et les non-dits d'une famille allemande de Dresde, entre 1935 et 1993. La mise en scène est signée Ingo Berk, jeune metteur en scène allemand ayant déjà monté plusieurs pièces de Mayenburg. A noter que ce soir, la pièce est sur-titrée en anglais. Mayenburg monte également Die Rauben - Les pigeons - de l'auteur allemand David Gieselmann, une comédie grinçante sur les conséquences d'une disparition.
Autre chouchou de la Schaubühne, l'Anglais Marc Ravenhill, dont Ostermeier a récemment mis en scène La coupure ou Le produit. Pour le festival des auteurs, le dramaturge anglais présente une histoire allemande Over there, celle de deux frères élevés de chaque côté du mur dans une Allemagne divise et de leurs retrouvailles.
Malgré un nom qui sonne allemand, Rafael Spregelburd vient d'Argentine. Acteur, auteur, metteur en scène, il a déjà de nombreuses fois collaboré avec la Schaubühne et tourne régulièrement en Europe, surtout en Allemagne, Espagne et Angleterre. Cette année, il vient avec deux pièces. Buenos Aires, une sorte de thriller entre occupants du même immeuble de la capitale argentine, et Todo un huis clos post-crash argentin, au début des années 2000.
La célèbre dramaturge israélienne Yael Ronen présente la suite de son work-in-progress commencé en 2008 Dritte Generation. Elle y réunit des acteurs allemands, israéliens et palestiniens pour raconter l'exil, l'idée de nation, les racines, la quête d'identité.
We get on well with each other - Miedzy nami dobrze jest en polonais - de la très jeune auteure Dorota Mastowska, réunit encore une fois dans un immeuble de Varsovie, trois générations qui confrontent leurs rêves, leurs histoires, leurs espoirs. Mise en scène de Grzegorz Jarzyna, qui partage son travail en l'Allemagne et la Pologne.
Enfin le collectif Turbo Pascal conviera le public, autour de grandes tables, à tenter de répondre à la question "qu'aurions-nous pu être", plongeant dans le thème de la démocratie, l'idéentité nationale. "Wir werden wieder wer gewesen sein" - We will have been someone once again -, une performance portée par la musique minimaliste de Friedrich Greiling.
Le festival dure jusqu'au 30 mars mais Dritte Generation et Der Stein seront rejoués au répertoire de la Schaubühne.
Comme nous sommes en Allemagne, il reste encore des places pour à peu près toutes les pièces (sauf Buenos Aires). Tout le programme ici
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Il y aura l'auteur maison, Marius von Mayenburg à qui la Schaubühne confie adaptations (le récent Hamlet), mises en scènes et écriture (Feurgesicht) de nombreuses pièces de son répertoire, avec Der Stein, présentée également dans le long cycle du théâtre "Deutschland 60 Jahre". Der Stein osculte les souvenirs et les non-dits d'une famille allemande de Dresde, entre 1935 et 1993. La mise en scène est signée Ingo Berk, jeune metteur en scène allemand ayant déjà monté plusieurs pièces de Mayenburg. A noter que ce soir, la pièce est sur-titrée en anglais. Mayenburg monte également Die Rauben - Les pigeons - de l'auteur allemand David Gieselmann, une comédie grinçante sur les conséquences d'une disparition.
Autre chouchou de la Schaubühne, l'Anglais Marc Ravenhill, dont Ostermeier a récemment mis en scène La coupure ou Le produit. Pour le festival des auteurs, le dramaturge anglais présente une histoire allemande Over there, celle de deux frères élevés de chaque côté du mur dans une Allemagne divise et de leurs retrouvailles.
Malgré un nom qui sonne allemand, Rafael Spregelburd vient d'Argentine. Acteur, auteur, metteur en scène, il a déjà de nombreuses fois collaboré avec la Schaubühne et tourne régulièrement en Europe, surtout en Allemagne, Espagne et Angleterre. Cette année, il vient avec deux pièces. Buenos Aires, une sorte de thriller entre occupants du même immeuble de la capitale argentine, et Todo un huis clos post-crash argentin, au début des années 2000.
La célèbre dramaturge israélienne Yael Ronen présente la suite de son work-in-progress commencé en 2008 Dritte Generation. Elle y réunit des acteurs allemands, israéliens et palestiniens pour raconter l'exil, l'idée de nation, les racines, la quête d'identité.
We get on well with each other - Miedzy nami dobrze jest en polonais - de la très jeune auteure Dorota Mastowska, réunit encore une fois dans un immeuble de Varsovie, trois générations qui confrontent leurs rêves, leurs histoires, leurs espoirs. Mise en scène de Grzegorz Jarzyna, qui partage son travail en l'Allemagne et la Pologne.
Enfin le collectif Turbo Pascal conviera le public, autour de grandes tables, à tenter de répondre à la question "qu'aurions-nous pu être", plongeant dans le thème de la démocratie, l'idéentité nationale. "Wir werden wieder wer gewesen sein" - We will have been someone once again -, une performance portée par la musique minimaliste de Friedrich Greiling.
Le festival dure jusqu'au 30 mars mais Dritte Generation et Der Stein seront rejoués au répertoire de la Schaubühne.
Comme nous sommes en Allemagne, il reste encore des places pour à peu près toutes les pièces (sauf Buenos Aires). Tout le programme ici
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jeudi 19 mars 2009
Blurt au Live@Dot

Il y a encore deux jours, je ne connaissais pas leur existence. Quoi? Tu connais pas BLURT ???? J'ai bien compris en regardant le public de la salle que ce concert était spécial, genre fan club chic, réunion d'ex-punks devenus néo-branchés qui venaient se donner encore des frissons avec un mec de 60 ans toujours pas revenu de sa coupe iroquois. Bref Blurt fait partie de la légende rock, enfin surtout sa figure, son poète, son éructeur, son aboyeur : Ted Milton. Le garçon a une classe toute anglaise, cheveux rasés, crête discrète, costume, saxophone. Moi c'est l'affiche qui m'a fait venir. Croisée par hasard sur les murs de la ville. Beau graphisme, pogo jazz noir écrit en petit. The last last tour, deuxième version. Ca c'est de l'ironie de vieux briscards annonçant depuis trop longtemps (ça fait 28 ans que ça tourne) leur ultime tournée.
Et me voilà au milieu de fans absolus qui ont déjà du voir le trio 20 fois en concert dans toute l'Europe, ou peut-être à Berlin en 81. Blurt y avait enregistré son deuxième album. Un live "In berlin", devenu mythique. L'onde monte dès les premiers roulements de tambour. La Batterie se joue comme une machine, presque une transe. La guitare enchérit là dessus. Milton a la base pour lancer ses phrasées de free sax et ses grondements de poète. On pense à The Ex, en plus direct, plus rock, plus populaire presque. Je m'attendais à un truc plus expérimental. Là leur musique puise à des sources populaires qui rendent leur musique immédiatement accessible : funk, jazz, hip hop, afrobeat, blues. La musique noire colle aux baskets du grand white English. C'est bon très bon même. Je jette un oeil autour. Ca sourit de plaisir. Parait qu'en plus le sir Milton était de bonne humeur ce soir là.
Tout ça se passait au Live@Dot, nouvelle salle berlinoise installée en lieu et place du Club 103 aux pieds du Oberbaumbrücke, à Kreuzberg. Bonne taille de salle, bonne prog. A suivre...
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Tout ça se passait au Live@Dot, nouvelle salle berlinoise installée en lieu et place du Club 103 aux pieds du Oberbaumbrücke, à Kreuzberg. Bonne taille de salle, bonne prog. A suivre...
vendredi 13 mars 2009
Out of grey...

Gris, pluie, gris, pluie. Luttons contre le monocolore et l'ennui. Evitons l'extérieur, frayons nous des chemins pop et roses, chic et tumultueux dans les cours et dédales berlinois. Plan d'action pour un week-end out of GREY à Berlin.Mettez du rose, direction le Wirrwarr (photo), pas moyen de trouver sans connaitre l'adresse. Au fond de la seconde cour, un bar esprit loft aménagé par deux françaises, branchées féminisme, art contemporain et gay community. On en avait déjà parlé lors du PornFilmFestival. Ce soir Céline Robinet alias Kakosonia y organise la première rencontre internationale de slam de Kreuzkölln, 2e session. 20h, prix d'entrée à tirer aux dés. Rose aussi la robe de la chanteuse queer dans "Jenseits : Bist du schwul oder Türke?" une pièce présentée au théâtre Ballhaus Naunynstrasse. Chaudement recommandé, on y était hier soir et on en reparlera sur ce blog. Acteurs formidables et texte percutant. Autre remède à l'ennui gris, le Hamlet revu par Ostermeier joue dimanche et lundi, à voir rien que pour ses 20 premières minutes extatiques.
Turque et pop, également au Suppamolly samedi soir avec le mix de DJ Ipek et son Eklektik Berlinistan.
Info, intox? Ce serait la dernière soirée du Karmanoia, le bar-squat de la Mainzerstrasse. Depûis que j'habite là j'ai du entendre au moins 20 fois la rumeur. Samedi soir donc vraie-fausse soirée de clôture, à coup sûr on y jouera des coudes. Les Haferflocken Swingers, groupe presque résident, y joueront. Ils seront aussi la veille au FrühPerle, nouveau bar de la Boddinstrasse, à la déco comics et aux patrons perchés. On y a passé quelques soirées sympa, manque juste un peu de monde pour remplir l'espace immense.
Rouge le concert des Pony Hoax au Röter Salon de la Volksbühne. Dernière soirée avant réfection. La Volksbühne se prépare à six mois de transhumance entre Prenzlauer berg et Mitte pour grands travaux.
Demain après-midi s'ouvrent également les dépôts du BuchstabenMuseum, sur la Leipzigerstrasse. Pour les amoureux de la lettre, de la typo et du graphisme.
Si vraiment ça ne suffit pas, les bains de Neukölln. ont rouvert depuis la semaine dernière. Impeccable pour s'oublier dans la vapeur et les mosaiques arts déco.
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Turque et pop, également au Suppamolly samedi soir avec le mix de DJ Ipek et son Eklektik Berlinistan.
Info, intox? Ce serait la dernière soirée du Karmanoia, le bar-squat de la Mainzerstrasse. Depûis que j'habite là j'ai du entendre au moins 20 fois la rumeur. Samedi soir donc vraie-fausse soirée de clôture, à coup sûr on y jouera des coudes. Les Haferflocken Swingers, groupe presque résident, y joueront. Ils seront aussi la veille au FrühPerle, nouveau bar de la Boddinstrasse, à la déco comics et aux patrons perchés. On y a passé quelques soirées sympa, manque juste un peu de monde pour remplir l'espace immense.
Rouge le concert des Pony Hoax au Röter Salon de la Volksbühne. Dernière soirée avant réfection. La Volksbühne se prépare à six mois de transhumance entre Prenzlauer berg et Mitte pour grands travaux.
Demain après-midi s'ouvrent également les dépôts du BuchstabenMuseum, sur la Leipzigerstrasse. Pour les amoureux de la lettre, de la typo et du graphisme.
Si vraiment ça ne suffit pas, les bains de Neukölln. ont rouvert depuis la semaine dernière. Impeccable pour s'oublier dans la vapeur et les mosaiques arts déco.
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