Regard curieux sur une capitale en MOUVEMENTS

°théâtre°danse°performances°musique°acrobaties°bruit°mots°


.

samedi 30 janvier 2010

Meilleurs vœux glacés

Berlin fait de la résistance enneigée... c'est pas une raison pour s'immobiliser sous les couches de glace. Réapparition spontanée. Berlin sous givre, mais Berlin sur Scènes immer noch... Lire la suite...

mardi 8 décembre 2009

Beak - le son de Bristol

Lundi soir, 21h30, premier rang du Magnet, club de l'est berlinois. - Et c'est qui alors le mec de Portishead??? - Celui là au milieu avec sa barbe? - Nannn m'assure Julien qui est mon wikipédia portatif du rock. Nan nan c'est le blond là à gauche à la batterie. - Ah ouais? là ce post-adolescent avec sa gueule boudeuse .... Geoff Barrow himself, tiers de Portishead qui s'est incrusté dans mon salon depuis Third et ses accents à vous filer le bourdon un soir d'hiver à Berlin (comme si y'avait besoin de ça).Basse et guitare rythment des bruits lancinants. Beak est lancé. Un an d'existence à peine, un album trituré en 11 jours en studio, à l'ancienne. Une première tournée entre potes, un concert qui a le goût du spontané et du maitrisé. Une sorte de confédération bristolienne du rock post-pubère entre gens qui ont de la bouteille. A la batterie, Geoff ne lâche rien, tient le rythme sans un break, sans une respiration, avec un acharnement entêtant. De l'autre côté de la scène un mec poupin, genre autiste à bloquer des heures devant une Playstation, fait homme orchestre, triture du synthé comme un dieu, gratouille la guitare, ronronne à la batterie, s'essoufle sur l'anche d'une clarinette avant de bidouiller trois effets. Voilà Matt Williams. Au milieu, pour calmer les montées délirantes, le bassiste Billy Fuller calme le jeu, mène la partie finement. Dans un Magnet plutôt bien rempli pour un lundi, ça écoute attentivement ce truc spontané, sans prétention, tripant. A peine plane t-on un peu trop haut qu'un coup de batterie puissante, un bidouillage sonore nous tire du travers psyché. Ici c'est du trip hop noisy, cadencé. Je ne me risquerai pas à qualifier ça de Krautrock - faudrait d'abord que je sache à quoi ça fait référence - mais d'autres, beaucoup, s'en chargent à ma place (Beak est simplement l'un des meilleurs trip post kraut qu'il m'ait été donné d'entendre ces dernières années, sic). Ils ont l'air fatigués les Beak, le week-end a peut-être été trop rude. Pas de rappel, mais les stars rangent tous seuls leur matos, on les trouve plutôt syhmpathiques, pas bégueules. On regrette pas le trajet jusqu'aux confins de l'Est berlinois un lundi soir sous la pluie. Pour ceux qui en savoir plus Beak, George Barrow parle de son projet sur le gonzo site Gonzaï, avant leur concert au nouveau Casino, à Paris. A Berlin, comme d'hab tout ça s'est fait dans le calme, sans grand plan promo, sans surchauffe aux entrées, entre gens civilisés plus tout jeunes. Même pas un sifflet, quand Beak zappe le rappel.
Lire la suite...

mardi 1 décembre 2009

Daniel Kahn - Painted Bird ou la "klezmer alienation"

Photos (c) Stéphanie Pichon
La musique klezmer berlinoise se porte bien. Schmaltz, Painted Bird, Alan Bern et d'autres se produisent régulièrement ici et là. Des Allemands, des Américains beaucoup. Conversation avec un des rares Américains berlinois germanophile/phone, qui parle même le yiddish. L'accordéoniste Daniel Kahn a créé le groupe Painted Bird à Berlin, un sorte de cabaret klezmer anarchiste. Des punks sans guitare électrique, quoi. Ils jouent ce soir sur la mini-scène du Kaffee Burger, un des endroits incontournables pour les groupes de klezmer berlinois. Et c'est seulement 5 euros.
Pourquoi avoir choisi Berlin? A cause de la musique?
je ne suis pas sûr d'avoir choisi Berlin, d'une certaine manière Berlin m'a choisi. J'ai été invité ici par Alan Berlin en 2004, puis j'ai emménagé en 2005. J'avais déjà un intérêt pour le théâtre allemand, celui de Brecht, que j'étudiais à la fac. en arrivant ici j'étais très excité à l'idée d'être dans sa ville, de pouvoir aller au Berliner Ensemble et étudier l'allemand. J'avais déjà joué dans des groupes, mais jamais aussi klezmer. Je commençais juste à m'intéresser à la musique klezmer.
Est-ce que Berlin est "the place to be" en matière de musique klezmer?
Je pense que c'est un des endroits où il faut être. Il y a dix ans, c'était certainement le centre de ce genre là, et peut-être y revient-on un peu aujourd'hui. Mais il y a toujours New York, Moscou ou Tel Aviv.
Le yiddish, tu l'as appris ici?
oui, je ne m'y suis mis sérieusement qu'en arrivant à berlin, et en apprenant l'allemand. Très vite je me suis mis à apprendre des chansons en yiddish et à ales traduire. J'ai même pris des cours à un moment. C'est une langue difficile à parler vraiment couramment parce qu'on n'a personne avec qui la parler.
Qu'as tu trouvé à Berlin qu'il n'y avait pas aux States?
Ca me déprimait de vivre aux Etats Unis et j'étais très intéressé par cette ville. Je pense en général qu'il y a un plus grand respect de la culture ici qu'ailleurs, dans tous les cas plus qu'en Amérique.
Tu veux dire ici, en Europe?
Oui, en Europe. Mais Berlin spécialement parce qu'elle ne s'est pas encore embourgeoisée ou commercialisée, la vie n'y est pas aussi chère qu'à Paris. Bien sûr, ça commence. Mais il y a encore quelque chose de particulier, c'est une ville qui n'est pas encore sûre d'elle même. Et c'est ça que j'aime. Il y a vraiment une attitude critique vis à vis de l'histoire.
La musique de Painted Birds est très impliquée politiquement, et développe un humour très noir..
The Painted birds a vraiment été créé pour décelopper ce genre d'idées. Je suppose que la politique joue un grand rôle dans ce qu'on fait. mais je pense à retourner à des chansons d'amour. Les chansons d'amour peuvent aussi être politiques.
Il y a un certain goût de la provoc aussi...
Je ne veux pas simplement appuyer sur des boutons pour le plaisir d'appuyer sur des boutons. Je pense qu'il peut y avoir une sorte de provocation constructive. Avec l'option destructif vous blessez les gens et ils se ferment. Heureusement vous pouvez aussi provoquer quelqu'un en lui faisant se poser des questions et en ouvrant le dialogue. Mais des fois vous devez faire les deux. Je ne veux pas que les gens soient ennuyés par ce qu'on fait. Généralement ça passe très bien, une chanson peut emmner très loin.
Le public réagit-il de la même manière en Allemagne ou aux Etats-Unis? Parce que tu traduis beaucoup sur scène, en expliquant le contexte de chaque morceau.
Bien sûr il y a une différence puisqu'il y a ce problème de langue. C'ets pourquoi on chante souvent en 2 ou 3 langues. Et le public comprendra toujours au moins une de trois, et n'en comprendra pas du tout une. En fait c'est vraiment ça qui m'intéresse, comment les gens écoutent une langue qu'ils ne comprennent pas. Aux Etats Unis les gens ne sont pas bons pour ça. Mais quand je joue en Russie ou en Pologne, les gens excellent à comprendre une gestuelle de la chanson, même s'ils ne comprennent pas les mots. En Allemagne, c'est intéressant parce que les gens comprennent à peu près le yiddish, tellement c'est proche de l'allemand. Les liens entre allemand et yiddish sont très étranges. C'est une relation un peu provocante. Le yiddish a beaucoup à voir aussi avec le russe ou le polonais. Et c'est intéressant de voir à quel point ce langage condense toutes les relations compliquées entre les juifs et les autres cultures européennes. C'est une sorte de passe-passe. Mais néanmoins c'est un beau langage, pour les chansons et la littérature. Pour en revenir avec les réactions, je trouve que les publics sont différents mais de la même manière. Les jeunes et vieux qui sont ouverts d'esprit, sont les même à Jérusalem, St Petersbourg, Boston, la Nouvelle Orléans ou Hildeberg. Et les publics plus conservateurs qui ont des attentes et ne veulent pas déroger de ce qu'ils attendent, sont les mêmes partout. Ce n'est pas tellement une question de classe, plutôt d'opinion politique.
Pourquoi ce titre d'album "Partisan and parasites"?
Je ne sais pas. Je pense que c'est un titre qui sonne mais cela a aussi à voir avec, vous savez, les questions de combat contre le pouvoir, que signifie "être un partisan aujourd'hui".
Et cela signifie quoi?
Ca dépend dans quelle langue. En anglais "être partisan", ça veut dire que vous appartenez à un parti politique. C'est différent d'être "un partisan". Nous avons quelques chansons qui parlent des partisans pendant la guerre. En fait, une. C'est vrai qu'en concert on joue le morceau sur les partisans français de Leonard Cohen que j'adore, mais j'essaie de la mêler à des chasons des partisan en yiddish. Et parasites.... J'ai commencé à écrire cette chanson sur les parasites en pensant à ces vieilles chansons politiques sur les parasites capitalistes et aussi en pensant à toute la propagande antisémite. C'est une sorte de pied de nez, un conte jouant sur l'idée d'un mec parasite. Derrière la question : ne sommes nous pas tous un peu parasites? Cette question de la dépendance.
Ecris-tu tous les textes?
Pas tous. Les chansons yiddish en général c'est du vieux yiddish, à part Duma. Les chansons allemandes sont généralement des vieilles chansons. Toutes celles en anglais sont les miennes, même les vieilles parce que je fais tout le travail de traduction moi même. En concert on fait des reprises, Leonard Cohen, Jeff Berner.
Tu as rencontré tous les musiciens ici?
Michael, le bassiste, on se connaissait avant. On s'est rencontré à la nouvelle Orléans en 2002. Le batteur Anpus, on s'est rencontré ici, il vient de Suède. Bert, notre tromboniste, saxophoniste, clarinettiste, on s'est rencontré ici. Sur le disque il y a aussi beaucoup de gens qui jouent souvent avec nous, Wanja Juk, Kolenko habite en Russie mais on les a rencontrés en festival Klez Canada. Paul Gresse vient d'Erfurt. On . Paul Brody aussi et Frank London je le connais des States.
Et le Rotfront, ton autre groupe, c'est pour le fun?
J'adore jouer avec eux. C'est le groupe de Youri Gourji, un des gars de Russian disko, et nous avons un nouveau disque. Ils sont géniaux et on prend beaucoup de plaisir. Pour moi c'est le meilleur genre de pop, quand elle permet de passer outre l'intellect. Dans la scène folk, ou klezmer, il y a toujours ces questions intellectuelles sur l'authenticité, l'héritage. Dans la pop, et c'est aussi un problème, c'est plutôt une sorte de globalisation, une réduction de toutes les différences dans la facilité. Mais c'est ça qui est bon! Cela efface les frontières et c'est vraiment aussi simple que : est ce que c'est fun, estce que ça marche, est-ce que ça groove, est-ce que ça fait danser, est-ce que les gens aiment. Si tout ça est ok, rien d'autre ne compte. Le meilleur exemple c'est les Rolling Stones. En terme de folk, ils ont tout volé et ce dont ils parlent peut poser problème, mais en terme de pop, ça marche, c'est du putain de rock'n roll. Je crois en ça. Je continue à croire au rock'n roll.
C'est ce qui rend votre musique intéressante quand vous êtes sur scène, ça a un rapport avec la folk traditionnelle mais pas si sérieuse ou académique, il y a une touche très personnelle.
C'est sérieux et pas sérieux. Nous ne sommes pas un groupe klezmer traditionnel. J'adore jouer avec des groupes traditionnels, je trouve la musique très belle. Certains sont très protecteurs et précieux avec cette musique moi je pense que tu peux la mélanger sans qu'elle soit atteinte. C'est quelque chose que j'ai appris du théâtre. Shakespeare supporte de mauvaises interprétations. Vous pouvez jouer Hamlet mise en scène dans un asile psychiatrique ou sur la planète Mars. Ca ne va pas faire de mal à Shakespeare, ça ne va pas porter atteinte à la pièce, vous vous faites juste du mal à vous. Donc avec la musique Klezmer j'ai pas de réflexe protecteur, et je la mixe avec d'autres influences en essayant de le faire respectueusement et intelligemment. Une grande influence pour moi c'est les Pogues. Et je pense qu'en faisant ce disque j'avais envie de faire un disque Pogues. Ils étaient capables de jouer la musique traditionnelle irlandaise avec une attitude totalement punk. Mais ce qu'ils jouent c'est de la musique irlandaise. Ils jouent de vieux morceaux, ils font des reprises, et puis ces morceaux incroyables de Shane Mc Gowan écrites dans la tradition irlandaise mais avec une interpétation contemporaine. Ils ont été une grande influence pour moi. C'est un alcoolique sérieux, qui n'en a rien à foutre de sa personne. J'ai entendu des tas d'histoire sur lui qui ne venait pas sur scène parce qu'il avait trouvé un bar juste à côté, ils l'ont finalement apporté sur scène et il s'est évanoui après deux morceaux et il a fini à l'hôpital. Je n'ai pas envie de finir comme lui, mais putain ce mec écrit encore de sacrés bonnes chansons.
Comment travaillez-vous avec le label Oriente?
C'est un petit label qui s'occupe pas mal de musique klezmer et de tango. C'est dur de trouver un label pour ce genre de musique, très dur. On cherche un distributeur pour l'amérique du nord, on a encore besoin d'une meilleure distribution en France. Mais Oriente ce sont des gens bien qui ont de super goûts et qui nous soutiennent vraiment. C'est pas facile à vendre comme musique parce qu'elle n'est pas facile à décrire. On a essayé en trois mots, on le décrit comme du yiddish punk cabaret, ou klezmer aliénation ou... Mais il n'y a pas de catégorie dans les bacs des magasins de disque pour ça, et la section klezmer n'est sûrement pas la bonne. On est assez stigmatisé quand on joue du klezmer. Je viens de lire un article dans un journal juif anglais. Ca s'appelait : "Eteint le klezmer, allume les Ramones". Et il disait que la vraie musique juive est contemporaine, urbaine, cosmopolite, cynique, sarcastique, avec un accent américain, comme Steely Dan, Leonard Cohen , Bob Dylan et les Ramones, dont j'imagine que la moitié son juifs. Mais vraiment il n'a rien compris, ni au klezmer ni au punk. C'est peut-être vrai que tous les groupes qu'ils citent sont la vraie musique juive, ils ont tous été de grandes sources d'influence pour moi mais ce qu'il ne comprend pas c'est comment tout ça est lié à la musique klezmer. Il n'y a rien de contemporain avec les Ramones, c'était il y a trente ans, et je les aime toujours. Les gens ont des préjugés contre le klezmer, ça les met mal à l'aise, ils pensent que c'est kitsch, faussement enraciné, reconstruit, mais ils ne saisissent pas vraiment son essence. C'est une musique marginale, une scène minuscule et il y a toutes sortes de raisons au fait que les gens ne comprennent pas le yiddish, ne le parlent pas, et ne savent pas comment écouter du klezmer mais je pense juste qu'aucune n'est une bonne. On peut entendre cette musique même sans savoir que c'est du klezmer, et c'est ce qui se passe avec beaucoup de gens. Et c'est du punk aussi. Les Fugs dans les années 60, qui étaient une sorte de groupe punk avaient un morceau qui s'appelait "nothing" : monday nothing, tuesday nothing.... C'est une des meilleurs chansons punk. ET c'est un morceau populaire yiddish. En fait ça s'appelait "bulbes" et c'était une chanson sur les patates. c'était Turi Kopfergerg, c'était des juifs, des anarchistes juifs. Louis Amstrong disait à propos de la musique populaire "tout est musique populaire parce que personne n'a jamais entendu un cheval chanteur". C'est pareil pour la catégorie world music, qu'est ce qui n'est pas world music, je n'aime pas cette catégorie.
Comment vit-on en tant que juif en Allemagne aujourd'hui?
Je suis très conscient d'être juif ici, mais je ne dirai pas que je vis ici en tant que juif. Je ne suis pas religieux, je joue de la musique juive, mais la plupart des gens avec qui je joue ne sont pas juifs et je ne joue pas non en plus en tant que juif. Mais être juif en Allemagne aujourd'hui, c'est mieux qu'être juif en Allemagne.... enfin tu sais, en d'autres temps. Ici t'en viens toujours à penser à ce qui s'est passé peut-être plus que n'importe où ailleurs, mais les Allemands aussi y pensent. Beaucoup de gens en ont marre d'ailleurs. Je comprends ça assez bien. J'ai été élevé avec une éduction de l'héroïsme de l'holocauste, et les Allemands aussi. Nous partageons ça. Et c'est bien de ne pas avoir à y penser en permanence. D'une autre côté c'est important de se souvenir, de se poser des questions sur cette histoire. Mais nous ne nous posons pas toujours les bonnes. Aux Etats-Unis, les juifs me demandent la même chose "Comment peux-tu vivre à Berlin"
.
Lire la suite...

lundi 30 novembre 2009

Symphonie post-industrielle sous la nef du Berghain

(c) Photo Dälek
Berlin n'arrête jamais, pas même le dimanche soir à l'heure où on aurait envie de se coucher, pas même dans ses temples de la nuit où zonent encore quelques ombres n'ayant pas fermé l'œil depuis 24h. Le Berghain trône au milieu de sa zone industrielle. Pour une fois pas de queue, même si les taxis sont là, en ligne. Le club le plus couru et le plus underground de Berlin invite à son salon électronique. Ce soir l'ex percusionniste/performer des Einstürzende Neubauten, FM Einheit, vient taper du tuyau avec Hans Joachim Irmler aux machines. Le rock noir et industriel des années 80 a laissé place à la musique électronique expérimentale, improvisée, planante et bruyante. FM Einheit martèle toujours le métal avec outils et perceuses, l'heure est toujours à la noirceur, mais le set a viré vieux virtuose de la machine. Les morceaux durent longtemps, installent une ambiance, la musique n'est pas que bruit défouloir ou énergie dévastatrice, elle est lisible, claire, puissante. Ca vous remue les tripes, ça vous remonte par les pieds. Mais ce n'est qu'un avant-goût, une première partie, une mise en bouche. En haut de l'affiche de cette soirée c'est Dälek les rappeurs new yorkais qui balancent autant de son à deux que trois marteaux-piqueurs réunis. C'est frontal, bruyant, violent le flow n'est pas extraordinaire mais l'important c'est l'expérience opressante, une bande son de sensations qui pousse le hip hop au rang de musique expérimentale, poisseuse et sombre. On n'est plus très loin de la désespérance bruitiste des Neubauten. On comprend l'équilibre de la programmation. On a juste mal aux oreilles de tant d'épuisement sonore. Mais que c'était bon.
Lire la suite...

vendredi 27 novembre 2009

Nir de Volff "Je suis un créateur instable"

On avait quitté Nir de Volff à la nouvelle Synagogue de Berlin avec Action, une histoire de Dieu qui voulait faire du cinéma. Avec Matkot le chorégraphe israélien de la Cie Total Brutal, installé depuis 6 ans à Berlin, nous emmène cette fois à la plage en plein hiver. Première ce soir au Dock 11. Cela pourrait être celle de Tel Aviv, bruyante et bondée, cela pourrait être celle de Wannsee, calme et désertée, cela pourrait aussi bien être en Corée. "La plage renvoie à des situations que nous connaissons tous” explique t-il : l’érotisme de la proximité, l’agacement des bruits, les regards en dessous, les bikinis et les pique niques mayo, le bruit des fonds des balles de beach volley (Matkot signifie beach ball en hébreu). Quand ce petit théâtre du quotidien rencontre l’imaginaire débridé et sarcastique de la bande de Total Brutal, cela ne peut qu'échauffer les esprits. On ne dévoile pas tout mais il y aura des boites de thon parlantes, des profs d’aérobic contorsionnistes, mais pas de naturistes.... J'ai rencontré Nir de Volff en octobre. A Berlin il faisait déjà à peine quelques degrés. Le chorégraphe israélien est arrivé en retard, en petit pull, grelottant. Il revenait d'une résidence à Tel Aviv et n'avait toujours pas digéré le décalage climatique...
Un spectacle sur la plage, c’est pour éloigner l’hiver berlinois?
J’ai grandi à Tel Aviv où les hivers durent huit mois et où il fait au pire entre 18 et 25 degrés, ici, en Europe, particulièrement à Berlin, je dois affronter des hivers longs et froids. Ce n’est pas pour rien que je créé cette pièce en décembre. Au milieu de l’hiver berlinois ce sera comme un morceau de paix et de chaleur pour le public, un peu comme aller au sauna, une sorte de soulagement. Moi-même je ne me fais toujours pas à l’idée de l’hiver berlinois. Je crois que la seule chose qui me fera battre en retraite un jour, c’est la neige, comme les Allemands sur le front russe!!!

Pourquoi ce titre Matkot, qui signifie “beach ball en hébreu?
Au début cela démarre par une plage calme, avec un cocotier, puis on arrive à la réalité : une plage pleine de gens qui font du bruit, écoutent chacun la radio, mangent, chacun vit sa vie. Les jeux de plage créent une sorte de bruit de fond. Depuis quelques années, le Maktot est presque devenu un sport national. Quand on est sur la plage à Tel Aviv, on entend toujours ça en bruit de fond, c’est vraiment dérangeant.

Est-il question des plages allemandes aussi?
Oui, nous sommes aussi allés à Wannsee, où tout était très calme, très différent de Tel Aviv. Moi par exemple, je n’irai jamais me baigner dans cette eau verte et stagnante. Il me faut de l’eau chaude, qui bouge! Il y a plein de cultures de plages différentes, Chuk, qui a travaillé avec moi sur la création, vient de Corée, et elle dit que c’est encore plus fou qu’à Tel Aviv là-bas.

ET des FKK (naturistes, ndlr) il y en aura?
Non je ne crois pas que ce soit nécessaire. Je n’ai pas de problème avec la nudité, mais ça me gêne un peu cette manière de parquer les gens, les tout nus à part, cela me fait penser à des vaches qu’on rassemble. Je ne me sens pas à l’aise au milieu de tous ces gens à poil.

Vos pièces sont toujours à la frontière de plusieurs arts. Les définiriez vous comme de la danse, de la danse-théâtre (Tanztheater) ou de la performance?
Je ne suis pas un créateur stable. Là je reviens d’une création pour l’opéra de Francfort où j’ai travaillé avec David Lehmann, c’était de la pure chorégraphie. Action, que nous avons joué dans la nouvelle synagogue de Berlin c’était du théâtre et de la performance. Matkot se situe plus entre la danse et la performance. C’est une pièce avec beaucoup de danseurs, de gens inexpérimentés, d’invités surprises. Cela ne traitera pas seulement de la plage, mais aussi de la sensualité d’avoir quelqu’un à côté de soi si près et comment ce la réveille la partie érotique de votre cerveau. Il sera beaucoup question de l’interaction entre les gens, cela reflète ce besoin de contact, souvent quand on va à la plage seul on regarde beaucoup les autres. Vous êtes là et vous pensez à plein d ‘autres choses, pas seulement au soleil et à la baignade. Comment vous êtes touchés par exemple, maintenant on vous propose des massages pour 5 euros qui font plus de mal que de bien ou des cours de méditation. C’est vraiment à propos de tout ça. Cette superficialité.
Long silence...
En fait, je suis très influencé par l’image et le cinéma. Ce que j’aime c’est cette capacité de manier cet art visuel que la danse ne permet pas. Au cinéma il est possible de montrer en même temps deux situations, la réalité et la fiction, le fantasme. Il y a aussi cette capacité à basculer d’une émotion à l’autre en moins d’une seconde que la danse ne permet pas. Sur scène c’est beaucoup plus délicat, on tombe très vite dans le pathétique. Action par exemple racontait la création d’un film tourné dans une synagogue avec Dieu pour scénariste. On a commencé en bas, et on a fini au 3e étage, un peu plus près du ciel, et de Dieu. Il y avait une ligne narrative mais l’idée n’était pas de conduire le spectateur du point A au point Z en utilisant toutes les lettres dans l’ordre, c’était au spectateur de reconstruire lui-même l’histoire.

Comment avez-vous réussi à jouer dans la nouvelle synagogue?
J’ai été très chanceux, c’était la première fois que la synagogue de Berlin s’ouvrait à un spectacle. J’ai insisté longtemps avant d’avoir un rendez-vous avec eux, et puis quand ça s’est fait, ils ont trouvé que c’était la bonne compagnie, au bon moment, dans le bon lieu. Ca a été un grand succès, on a été plein tous les soirs. Cela a été reçu différemment par la critique locale allemande notamment, qui n’a pas trouvé que c’était la bonne pièce dans le bon endroit. Ils jugeaient que cette pièce n’avait rien à voir avec l’histoire du lieu, avec ce passé chargé entre Juifs et Allemands. C’est typiquement allemand de penser comme ça. Mais beaucoup de gens au contraire étaient soulagés que ma pièce ne parle pas de ça.

Vous vivez à Berlin depuis 2003, qu’est-ce qui vous fait rester ici?
L’argent (rires), non....

Ah bon? Mais pourtant Berlin a la réputation d’être pauvre...
Oui mais ça amène les gens à travailler beaucoup. C’est très différent de ce que j’ai pu vivre en Belgique ou en Hollande, où il y a un système pour les artistes, pour les danseurs. Là-bas ils n’ont pas besoin de travailler autant, et cela change le rapport à la création. Ici c’est beaucoup plus dur, tu te lèves le matin en te disant que tu dois survivre.

Vous ne travaillez plus en tant que danseur?
Quand je suis arrivé il y a cinq ans, je faisait partie des Dorky Park de Constanza Macras, j’ai vraiment aimé ça, et j’aimerais vraiment faire encore des choses avec eux mais je n’ai plus le temps pour ça, ni pour danser pour d’autres. En tant que danseur j’avais l’impression d’avoir atteint ce que j’avais à faire, j’en suis arrivé au point où ce que j’ai envie de faire c’est être chorégraphe.

Berlin est-elle une sorte de paradis pour la danse contemporaine?
Je la vois plutôt comme une île artistique dans le monde. Je ne dirai pas que cela concerne seulement la danse. Je suis un peu comme ces acteurs qui n’aiment pas le théâtre, ou ces réalisateurs qui ne vont jamais au cinéma, je m’intéresse peu à la scène de la danse berlinoise. Mais je suis porté par tous les autres courants artistiques, que ce soit les expositions à la Neue National Galerie ou au Martin Gropius Bau, ou le travail des illustrateurs que je suis particulièrement ici. Tout cela est source d’inspiration. Je me sens vraiment ici dans la ville où je dois être. Avant j’avais passé trois ans à Amsterdam, j’étais soutenu financièrement mais ce n’était pas l’endroit où je voulais vivre.

Quels sont vos rapports avec le Dock 11 où sont jouées presque toutes vos pièces?
Ils m’ont toujours soutenu, ils croient vraiment en moi, ils m’ont permis de me lancer dans mes projets, de développer mon art, et de le mûrir. Mais je peux aussi passer du Dock 11 à l’opéra de Francfort. En 2010 je suis invité à Bangkok, également à la Raffinerie de Bruxelles.

Et la France?
J’ai joué récemment à Bordeaux, dans le cadre des Grandes Traversées, c’était vraiment bien. J’avais peur que les langues étrangères soient un problème pour le public français mais maintenant avec les surtitres, ça passe partout.

Matkot, de Nir de Volff/TOTAL BRUTAL, Première ce soir, 20h30, Dock 11, jusqu'au 30 novembre, puis du 4 au 6 décembre. 8-13 euros.
3 Some une de ses premières pièces, grand succès berlinois, rejoue également du 4 au 6 février au Dock 11..
Lire la suite...

jeudi 26 novembre 2009

Nature Theater of Oklahoma - Cosmique comics

Beau? Non... Touchant? Non plus... Virtuose? Profond? Magique? Soigné? Non, non, non. "No dice" n'est rien de tout ça. NO DICE est tout simplement BARGEOT. Une éloge de la folie douce, du conte cosmique comics, allons enfants de la Grosse Pomme le jour de foire est arrivé. La moustache du cowboy irlandais se décolle, les bouclettes du pirate juif orthodoxe s'accrochent aux lunettes, la bretelle de la rousse en bas résilles s'affole. J'ai l'impression de plonger dans une BD de Crumb ou dans un épisode des Freak Brothers... Les mimiques à contre-temps les yeux grands ouverts, les costumes outranciers fabriqués dans un grenier de grand-mère. Devant moi, dans le public, une belle américaine de 75 ans s'étouffe de rire. Pleins feux sur la scène et dans le public, du néon cru, pas d'entourloupes, le théâtre de bric et de broc n'a besoin qu'un d'un pauvre bout de velours vert pour faire figure de représentation.
A l'entrée on s'est enfilé du soda ricain et des sandwichs au beurre de cacahuète. Cela excite-t-il les Européens gavés de Culture que nous sommes de se pencher sur la troupe du Nature Theater of Oklahoma et en se demandant si c'est ça, la nouvelle sensation new yorkaise performative? Comment le décrire, comment le raccrocher au wagon de ce que nos artistes nous donnent à voir. IMPOSSIBLE. Certes leur nom vient de Kafka, alors oui, allons-y pour le décryptage absurde de notre quotidien. Mais leur culture est autre, plus underground, vraiment, l'art se pratique aux heures perdues, quand le fric est rentré dans les poches, qu'on a payé le loyer, le shit et la picole.
Pas de fausse branlette esthétique, on oublie les jeux de lumière, soignés, les décors qui coulissent ou s'envolent, les scénographes, décorateurs, costumiers, petites mains. Ici le patron de la troupe vous tartine de la moutarde-mayo sur votre pain en guise d'intro et vous incite à aller acheter ses T-Shirts. Donc une fois le sandwich avalé, nous voilà quelques uns, une centaine, à savoir qu'on en a pour quatre heures en anglais non sous-titré, pas sûr de savoir à quelle sauce on sera mangé, à moins que le choix peanut butter/gely OU mayo/moutarde soit un avant-goût. La scène est recouverte d'une moquette neutre, un peu moche, au fond des murs blancs genre temporaires, nous sommes dans un bureau open space tout ce qu'il y a de standardisé, dans un coin une plante maigrichonne se meurt et l'horloge décompte les minutes des pauvres spectateurs que nous sommes - enfermés là pour quatre heures.
C'est parti, les cinq acteurs prennent à bras le corps un texte soufflé dans les oreillettes, des conversations banales, qui à force d'être triturées, remaniées, dites et redites, échangées, forment une matière à histoires, celles de nos vies, de la leur, d'une épopée moderne dans la jungle de nos villes vampirisantes. La pièce avance par la seule force de la parole et des gestes, les corps des acteurs sont le moteur. La matière théâtrale se façonne sous nos yeux, dans un long processus de fabrication. Les corps sont mis à rude épreuve, pas nus non, ni badigeonnés de beurre de cacahuète susmentionné, ni peinturluré, non simplement tendus par le jeu, la volonté de créer là, ici ce soir, une histoire, de rester connecter aux autres, les acteurs, de maintenir le flot, de tenir le regard des spectateurs, de satisfaire leur envie d'être étonnés, surpris, conquis.. "Amuse-moi" crie l'un d'entre eux, "Raconte-moi une histoire" supplie l'autre... Il n'est question que de ça dans ce théâtre là, des histoires qu'on se raconte, pour s'amuser, pour se distraire, pour s'évader pour échapper à la réalité. Comment la banalité de leurs conversations prises bout à bout pourrait-elle donner de la poésie, un certaine transcendance cosmique, un échappatoire joyeux. Le Nature Theater Oklaoma a construit sa réputation sur ce jeu du réel. Cette fois-ci No Dice repose sur le matériau brut de plus de cent heures de conversations téléphoniques enregistrées. Discours anecdotiques et pourtant essentiels sur ce que c'est d'être artiste à New York au début du 21e siècle, l'incontournable course à l'argent, aux petits boulots, les envies de gloire ou pas. Cette frénésie du quotidien s'enrobe de poésie à travers les corps. Le grand dur en chapeau de cow boy qui trie des dossiers par milliers avant d'aller donner sa voix à une pub quelconque bouge répète avec puissance des gestes taylorisés. Chacun a son langage corporel, des petites phrases qu'il ponctue d'un zigzag du bras, ou d'une torsion du torse. Et puis il y a ces observateurs, pas seulement dans le public, mais aussi sur scène. Un homme habillé en batman avec oreilles de Mickey dont la seule présence muette offre un contrepoint aux logorrhées de ses camarades qui échangent sur Mel Gibson dans Hamlet ou l'assurance maladie. La pop Culture d'une Amérique méprisée et pourtant jalousée nous arrive dans les oreilles. Ca dure quatre heures avec une pause, ça joue avec nos nerfs et nos rires, on nous promet encore mieux après les deux premières heures, on voudrait y croire, on n'est pas nombreux, à peine un tiers à rester après la pause, mais cela renforce notre sentiment de faire partie de ce qui se joue là maintenant ce soir. On a fait l'effort, ils le savent. Pourtant la deuxième partie s'annonce laborieuse, les mêmes conversations nous reviennent par d'autres bouches, l'oreillette souffle le texte qui s'éparpille, trébuche, rebondit. Jusqu'à quand raconter CETTE histoire, "ne plus quitter la scène pour ne pas mourir" lance l'un d'entre eux. Pourtant il faut bien partir, les moustaches tombent, les perruques aussi, on se retrouve face à eux, fatigués, renonçant à maintenir encore l'illusion de théâtre, ils n'ont plus alors qu'à venir s'asseoir contre nous, tous près, et nous susurrer les mêmes histoires en tête à tête, à voix douce. Il y a eux, il y a nous, nous sommes réunis, nous avons vécu une histoire, une aventure ensemble. Ils sont beaux et freaks à la fois, ils nous ont entourloupé. On ne pense plus aux quatre heures, ils ont parcouru ce chemin jusqu'à nous. Nous avons répondu en revenant jusqu'à eux.
No Dice joue encore ce soir et demain à la Hau 3, à 19h. Si l'anglais ne vous rebute pas (pas de sous-titre, impro oblige), courez-y!!!
Lire la suite...

mercredi 25 novembre 2009

Reprise de souffle

Et je n'ai plus suivi le rythme... Parfois d'autres choses arrivent, prennent le dessus
des voyages - Prague, Hambourg -
des amis,
du travail
une envie de dé-connecter
J'ai donc vu, entendu, rencontré beaucoup ces dernières semaines sans avoir le réflexe d'aller le partager ici. Reprise de souffle cybernétique, période de jeûne médiatique, mais qui nécessitera quelques retours, notamment sur ce très beau Tanzkongress de Hambourg qui a offert un temps de parole précieux à la danse contemporaine.
Pour revenir à l'agenda berlinois, lundi soir, j'ai manqué la première du Mariage de Maria Braun, la nouvelle création d'Ostermeier à la Schaubühne mais ça se rattrapera fin décembre.
Pour faire vite, il faut aller faire un tour à la Hau cette semaine, pour plusieurs raisons:
1. le Nature Theater of Oklaoma y fait une visite. Ce soir je vais y voir No Dice (Hau 3), 3h30 de spectacle dont je n'ai pas trop voulu décrypter le contenu. Pour la surprise.
2. jusqu'à samedi et dès ce soir, Jeremy Wade à la Hau 2.
3. Toujours à la Hau la semaine prochaine Photo Romance et Lola Arias.
Je serai aussi demain soir à la Volksbühne pour Meg Stuart et son "Do Animal cry". A noter dans les agendas encore la nouvelle création Matkot de TOTAL BRUTAL et Nir de Volff, dès vendredi au Dock 11, on y reviendra sur ce site avec une longue interview de l'intéressé.
Lire la suite...

mercredi 4 novembre 2009

Hambourg - Tanzkongress 09

Photo (c) Chris Vanderburght - Alain Platel - Out of Context
Demain, très tôt je pars pour Hambourg quatre jours. Dans cette ville portuaire que j'adore se tient le Tanzkongress 09, sorte d'anti-festival de la danse où pendant quatre jours priorité est donnée à la réflexion, les échanges, les questionnements plutôt qu'au spectacle. Une sorte de grand messe fréquentée en grande partie par les professionnels, danseurs, chercheurs, enseignants, chorégraphes, programmateurs, instutionnels. Quelques personnalités seront là pour présenter des pièces ou des ébauches : Jérôme Bel et Lutz Förster, mais aussi Alain Platel, Fabian Barba ou Richard Siegal. J'accompagne Agnès Benoit-Nader et sa librairie de danse ambulante Books on the move et je compte bien aller me saouler d'interventions et de discussions. Comme je ne sais pas vraiment à quoi m'attendre je préfère laisser parler les organisateurs. "Sous le mot d'ordre "Pas un pas sans mouvement" le festival se penchera sur la danse en tant que force publique effective douée de la capacité de façonner la société et de faire l'histoire. Dans ce contexte le programme se concentrera sur les thématiques suivantes : Comment les conditions de production, les modes de subventions et les stratégies de distribution peuvent-ils s'améliorer? Comment la danse peut-elle être mieux prise en compte par les canons de l'éduction et de la recherche? Comment transmet-on aujourd'hui l'histoire de la danse et à quoi ressembleront ses archives dans le futur? Basés sur des exemples concrets, des méthodes de travail novatrices en chorégraphie et dans l'enseignemen seront présentées et il sera discuté de l'influence du mouvement dans l'espace public et les espaces interculturels." C'est du 5 au 8 novembre, au Kampnagel, à Hambourg.
Lire la suite...

lundi 2 novembre 2009

Prix Goncourt - Marie Ndiaye la Berlinoise

Photos (c) Stéphanie Pichon
Marie Ndiaye a reçu le prix Goncourt 2009 pour "Trois femmes puissantes". Je viens d'entendre sa voix si particulière, si douce, sur France Inter. En soi, je me fous bien de ce prix, mais je suis heureuse qu'il couronne ce livre, magnifique, douloureux, et cette écriture si dénuée de fioritures et de manières. "Je vis ce prix comme la récompense de 25 ans de métier" a t-elle commenté, calmement, posément, sans fausse modestie, sans euphorie non plus. Marie Ndiaye me fait un peu penser à Herta Müller, la prix nobel de littérature 2009, elle aussi berlinoise, qui réagissait de manière très distante vis à vis de la grande excitation médiatique. “Je suis la personne que je suis et avec ce prix je ne vais devenir ni meilleure ni pire. Ce prix, ce sont mes livres, mais ce n’est pas moi. Cela reste quelque chose d’extérieur, ma chose intérieure c’est l’écriture, cela seulement m’équilibre.” Marie Ndiaye travaille à une œuvre depuis qu'elle a 17 ans. Elle possède cette assurance de ceux qui n'ont pas besoin de la reconnaissance, sûre d'elle même mais pas fanfaronne. Il y a quelques semaines je l'ai rencontrée dans son appartement de Berlin Ouest pour un entretien croisé avec son compagnon, Jean-Yves Cendrey dont le roman Honecker 21 venait aussi de sortir. Depuis deux ans le couple d’écrivains et leurs trois enfants ont (re)posé leurs valises dans la capitale allemande. Lui aime les digressions, les images littériaires, les phrases à tiroir, se laisse déborder par ses mots. Un généreux. Elle s'exprime à l'économie, avec précision, sans jamais se laisser emporter par le flot. Pendant presque trois heures, très loin du tumulte éditorial parisien, nous avons parlé d'écriture, d'histoire, de Berlin, d'architecture, de cuisines intégrées, et de la langue allemande.
Vous aviez tous les deux déjà vécu à Berlin en 1992-1993, dans la foulée Jean-Yves Cendrey, vous aviez écrit "Oublier Berlin". Que fallait-il oublier à l'époque, et pourquoi être revenus aujourd'hui?
Jean-Yves Cendrey : Avant la chute du mur on venait régulièrement et on aimait beaucoup cet endroit, son étrangeté. C'était la seule grande île au centre de l'Europe. Et quand on y venait par le train, je me souviens parfaitement comment le train ralentissait puis se plissait entre deux pans de mur. Et puis les Vopos montaient avec des chiens, démontaient les toilettes, les plaques, ils faisaient flairer un peu dans tous les coins. Dans ces trains il
y avait cette ambiance Mittleuropa très étrange avec des petits napperons, des dames un peu girondes avec des tabliers blancs. Puis d'un seul coup, dans Berlin Ouest, c'était vraiment autre chose. On ne comprenait pas bien où on était. Après la chute du mur, on est revenus assez gaillards et contents. Il y avait une familiarité avec les choses. Nous sommes arrivés dans des conditions dantesques, avec du verglas, de la flotte, et on s'est échoués dans une ville qui était lugubre, à l'humeur maussade. Récemment dans le Monde 2 Wim Wenders évoque Berlin, et il dit "1993 tout le monde était de mauvaise humeur". Et c'est vraiment ça. A l'époque c'était franchement agressif. Et moi ce qui m'a fâché violemment c'est le sort que Berlin faisait à ma femme métisse, lui interdisant de vastes quartiers de la ville, notamment à l'est, et nos amis qui réagissaient peu. Marie était enceinte, plus vulnérable encore.
Marie Ndiaye : A l'époque c'était très rigide. Quand on ne comprenait pas vite, les gens étaient très impatients, maintenant je trouve que c'est plus calme, bienveillant.
JYC : On pouvait entendre Franzosen Raus. A l'époque en France c'était la montée du Front national, nous on était un peu partis pour ça. Et on arrive là... Dans "Oublier Berlin", j'ai pris Berlin comme une vieille amie qui tourne mal et avec laquelle je me suis véritablement fâchée. Pour essayer d'adoucir les choses, je tenais un journal avec les yeux de ma fille d'un an et demi. Mais le jour où une jeune Africaine enceinte, comme l'était Marie à l'époque, a été massacrée à coups de pied dans le ventre par une bande de skins je crois que c'était à Erfurt, là on a décidé de plier, extrêmement déçus.

Il y avait des choses qui vous attiraient aussi quand même dans cette ville malgré tout ça?
MN : Oui, et c'est ce qui fait que finalement on y revient, l'attitude très tranquille, très détendue vis à vis du travail, des contraintes, tout cet aspect là qui était là déjà, et plus encore même que maintenant.

Qu'est ce qui vous a décidé à revenir?
MN : Ca faisait un moment qu'on avait envie de s'en aller. Et on avait plus du tout envie d'être en France, on s'est souvenu de Berlin, j'y avais fait un saut il y a un peu plus de deux ans et ça m'avait plu, je m'étais dit peut-être que notre histoire avec Berlin n'est pas finie. On a senti qu'il y avait quelque chose à refaire avec Berlin et qu'il y avait des chances pour que ça se passe mieux cette fois ci. Et c'est le cas absolument. On est là depuis deux ans et on n'a pas du tout envie de rentrer.
JY : Si on tire la métaphore, la vieille amie malpropre et grincheuse, au sens moral du terme, s'est refait la façade et pas qu'un peu. Elle est redevenue pour nous l'aimable personne qu'on connaissait. Beaucoup de gens qui vivent là vivent sur un rythme idéal qu'on ne trouve pas dans d'autres villes européennes. On a vécu deux ans à Rome. Là-bas c'est facile, on flotte. Berlin est une ville beaucoup plus physique. Je ne comprends pas du tout les gens qui viennent quatre cinq jours à Berlin et qui disent "je suis tombé amoureux de Berlin". Je trouve que ça n'est pas du tout une ville aimable au sens premier du terme mais elle le devient.
Berlin n'a pas un décor. C'est une ville extrêmement plate, avec des perspectives cinématographiquement géniale, avec une puissance de lignes et de tracés. Moi j'adore ça mais par exemple je déteste cette île aux musées, je trouve incroyable de prétention.

Honecker 21 se lit comme une balade moderne dans Berlin ouest, de la Teuffelsberg au Landwehr Kanal. Mais le héros bute en permanence sur l’histoire,
comme si la géographie de la ville ne se lisait qu'à travers les siècles.. Est-ce comme ça que vous percevez Berlin?
JYC : Récemment nous sommes tombés sur le Gleis 17 de la station de Grunewald. Nous on ignorait qu'il y avait ça. L'endroit est plutôt sympathique, bourgeois, vaguement ennuyeux, les jolies maisons avec des parcs entretenus à l'extrême. Et puis là, la gentille petite station de Grunewald. Et tout à coup Gleis 17, sans autre indication, on bute sur l'histoire, on est sur le quai le nombre des morts s'aligne. Et il y a des trains qui passent, la ville contemporaine est là. C'est une ville qui oblige à penser mais qui n'est pas nostalgique, elle a été tellement détruite qu'elle est obligée d'aller de l'avant alors qu'il y a des villes qui ne jugent que par le passé et au bout d'un moment ça en devient précieux. A Berlin on fait encore ce que l'on veut.

Pourquoi avoir choisi Honecker, un nom si chargé d'histoire ici, pour le personnage principal de votre roman?
JYC : Je voulais un personnage le plus ordinaire possible. Mon personnage n'avait encore qu'une lettre comme nom, ce n'était pas décidé. Et puis en allant au supermarché j'ai vu sur le revers de la veste d'une caissière le nom "Honecker" et je me suis dit, voilà, ce nom qui avait auparavant une signification forte, peut maintenant être dissous dans la vie ordinaire. Quant au 21, c'est aussi pour ces vingt et un chapitres moins uns, celui qui renferme le mystère du personnage.

Sans vouloir tisser des liens artificiels entre vos deux romans, tous les personnages y sont très seuls, leur combat est intérieur. Honecker en souffre, les personnages de Trois femmes puissantes y puisent plutôt une force. Est-ce que vous vouliez explorer particulièrement la notion de solitude ?
MN : Je ne crois pas qu'on ait fait en sorte de mettre en scène des personnages solitaires. Ca s'est fait comme c'est venu sans que ce soit une intention. Dans la plupart des livres qu'on a écrits, les personnages sont assez solitaires. Mais ça nous a amusés de constater que nos deux personnages, (Rudy dans Trois femmes puissantes et Honecker dans Honecker 21, ndlr), étaient très semblables alors qu’aucun de nous n’avait dit quoi que ce soit à l’autre pendant l’écriture.

Mais là, on retrouve également cette solitude dans l'écriture, dans ces monologues intérieurs, fait des sensations et de pensées pas forcément cohérentes...
MN : Ces histoires de ces deux hommes sont écrites au "il" mais c'est comme le" je" parce qu'on ne quitte jamais l'intériorité du personnage. C'est amusant d'essayer de se mettre dans la peau, l'esprit, le corps d'un personnage inventé, et même de l'autre sexe. Ne faire qu'un avec lui et se glisser dans ses pensées et de ses impasses.

Pourquoi avoir choisi un récit en trois histoires, reliées par un lien très ténu?
MN : Au départ j'avais l'idée de faire qu'une seule histoire dans laquelle j'essaierais d'imbriquer les deux autres mais ça me paraissait trop artificiel. J'ai préféré les trois parties en tissant une sorte de lien, de pont qui relève du détail. Les histoires sont liées moins par ces liens là que par des récurrences d'image comme l'oiseau ou l'exil.

Où se situe la puissance des ces trois femmes aux destins douloureux? Vient-elle de cette capacité à rester droite malgré tout?
MN : Oui, c'est ça. La puissance est intérieure, comme dans cette troisième histoire où Khady est objectivement humiliée, mais à l'intérieur, elle a cette force qui fait qu'elle n'est jamais vraiment être atteinte.

Dans vos deux romans, la famille est très présente, chacun porte son histoire familiale, sa filiation comme un poids. Honecker a du mal à trouver sa place de père, de mari. Est-ce si difficile de faire une famille?
JYC : Honecker, comme le personnage masculin de Marie, c'est vraiment un prototype d'homme contemporain pris dans des questionnements complexes : est-ce qu'ils doivent être des pères complets, ne pas ressembler au leur... Dans une société où le travail les met dans un système concurrentiel, ils ont à tenir des places nouvelles avec les femmes, les enfants tout en étant encore embarrassés de leur héritage viril. C'est l'histoire de ces trentenaires contemporains qui flanchent, qui croient voir dans les objets les preuves de leur réussite, de leur installation, de leur couple alors que quand est amoureux, c'est très simple, on se balade main dans la main, on mange deux pommes et voilà.
Pourquoi cet homme (le personnage Rudy de Trois femmes puissantes) vend des cuisines? Parce que la cuisine est le reflet d'une sorte de prétention à une forme de réussite sentimentale.
Dans Trois femmes puissantes, c'est un des seuls passages drôles, ce moment où Rudy constate le désastre de la cuisine intégrée qu'il a installé?
MN : Oui, parce que c'est très symptomatiques de nos sociétés. Ces cuisines, où il y a trop de feux, où on ne sait plus comment allumer ou éteindre, ce sont des cuisines professionnelles pour des gens qui se font des pâtes.
Comment est-on écrivain dans un pays dont on parle mal la langue?
MN : Moi j'aspire vraiment au temps où je maîtriserai assez bien la langue pour régler les problèmes de ce genre (connexion internet, ndlr), pour comprendre un peu mieux les choses. En fait rien n'est grave puisque nous n'en avons pas besoin dans notre métier. Mais on ne peut pas vraiment aller au théâtre, il y a toute un sociabilité qui nous échappe même si plein de gens parlent anglais, voire français. Mais quand même ça n'est pas pareil.
JYC : Sauf que c'est un effort supplémentaire que Marie a fait, on est allé ensemble à la Volkshochschule. Et moi qui déteste le scolaire, j'ai quand même reconnu l'école et au bout de quelques semaines j'oubliais toujours que c'était le moment d'y aller. Il y avait des devoirs à faire, avant de partir je copiais sur Marie et j'ai trouvé que c'était un peu puéril à mon âge de continuer comme ça...

A lire "Trois femmes puissantes" de Marie Ndiaye, chez Gallimard
"Honecker 21" de Jean-Yves Cendrey chez Actes Sud
Lire la suite...

vendredi 30 octobre 2009

La Busta - l'Italie toujours plus noire

Mercredi soir, je sors du Prater sous la pluie avec un p'tit coup de blues, pas forcément dû à la grisaille berlinoise. Je viens de voir la Busta, de Spiro Scimone, une pièce d'à peine une heure qui ne se regarde pas sans un frisson de dépression. L'Italie n'en finit pas d'annoncer son déclin. Pas un spectacle, pas un ami italien, pas un film qui ne parle de l'inexorable descente dans la médiocrité et l'abêtissement d'un peuple cerné par la mafia, le libéralisme, le beaufisme, et surtout le berlusconisme. La culture italienne survit on ne sait comment et le peu de productions qui nous parviennent transpirent la noirceur. La Busta n'est pas directement reliée à la politique italienne. Cela pourrait se passer ici, ailleurs, partout. Une histoire de pouvoir et de soumission. Une fable perverse et kafkaïenne qui déverse sur nous une floppée d'arbitraire. La pièce écrite, produite, mise en scène et jouée par le duo Scimone-Sfarmeli, ouvrait le festival Italienischer Theater Herbst (l'automne du théâtre italien) au Prater de la Volksbühne. La langue est belle. C'est celle d'un auteur sicilien d'aujourd'hui qui pour la première fois écrit en italien. Je goûte le plaisir de sonorités familières, latines, jette un œil distrait aux surtitres allemands. Sur scène le couple Scipone/ Sfarmeli joue le burlesque, un peu à la manière du théâtre de Marthaler. Ici l'acteur est au centre, lui seul insuffle l'énergie, le souffle, le rythme. Le texte construit sous forme de joutes verbales joue des effets comiques, désamorce la violence, en apparence. Tout autour le mur de béton craquelé nous enferme, comme une prison, une cellule. Une échelle nous fait comprendre que nous sommes ici dans la cave, les coulisses du pouvoir, les bas-fonds. Nous, spectateurs, sommes condamnés à regarder d'en bas, ce qui se passe derrière le mur, au-dessus de nos têtes, à l'abri de nos regards et de nos consciences. Cris aigus, frissons, on ne voit rien, mais on entend encore.
La Busta c'est l'enveloppe. Celle que reçoit un matin un homme qui n'a rien à se reprocher. Elle vient du Président. Il veut le rencontrer, il se retrouve face à son secrétaire bouffon, petit chef arrogant, stupide, qui lui demande d'attendre. Evidemment le régime trouvera bien quelque chose à lui mettre sur le dos. Dans ce monde du mensonge, l'absurde théâtrale vient nous arracher des sourires. Le monde de la Busta n'a plus de morale ni d'ordre, on y donne des leçons de démocratie à coups de matraques, les chômeurs n'ont plus d'autre chose à faire qu'errer dans les rues ou passer des heures à la fenêtre. Mais qui sait si demain cela aussi ne sera pas interdit? La fable est noire, très noire. Comme mes amis italiens exilés à Berlin, comme toute oeuvre culturelle qui m'arrive d'un pays où l'espoir ne semble plus permis avant longtemps.
Le festival Italienischer Theaterherbst se poursuit jusqu'au 23 novembre.
Lire la suite...

jeudi 29 octobre 2009

Lutz Förster sans Pina

Photo © Anna von Kooij
Les cheveux blonds teintés sont tirés en arrière, le visage est fardé, son corps si élancé flotte dans un costume sombre à rayure. Rien ne vient distraire du visage et des mains de Lutz Förster, taches claires dans ce décor tendu de noir. "Vous savez, le grand, avec le grand nez". C'est ainsi que Pina Bausch l'avait décrit à son professeur de danse à l'école de Essen. Elle avait besoin de jeunes danseurs pour sa nouvelle production. Il avait 23 ans, elle était déjà établie. Il lui a consacré sa vie d'interprète malgré des escapades américaines aux côtés de José Limon ou Robert Wilson. Il est effectivement très grand Lutz Förster, son nez aussi mais ce sont les bras qui frappent. Démesurément longs, comme ceux de Pina, ils semblent avoir été créés pour s'agiter dans l'espace, prolonger la grace de l'épaule jusqu'à une main papillon. A 56 ans Lutz Förster ne danse plus beaucoup, enseigne surtout. Sa carrière d'interprète est derrière lui. Alors il se retourne, invité par Jérôme Bel à se raconter depuis les premiers cours de danse de salon jusqu'aux tournées internationales du Wuppertal Theater. Il se retourne et raconte, danse parfois. On se demande à quel point il a du chercher, travailler sa mémoire, retrouver le nom des pas. Ou si tout ça est gravé, comme un chanteur qui n'oublierait pas les paroles de ses premières compositions. Lutz Förster danse peu dans ce solo. Mais il n'abandonne pas l'espace, tient la scène avec trois fois rien de mouvement. Une chaise et un micro sont les seuls artifices mais il s'en saisit avec l'aisance d'un acteur de théâtre. Le danseur allemand nous parle en anglais, filtre étrange pour s'exprimer face au public berlinois. L'interprète n'est-il pas éternel apatride, cerné d'autres danseurs du monde entier, ballotté de compagnies en chorégraphes du monde entier, adaptable aux pas comme aux langues. Lutz Förster avoue qu'il aime "parler" sur scène, fulgurance apparue lors d'une des premières productions de Pina Bausch. Jérôme Bel se saisit de ce plaisir de se raconter pour continuer son cycle sur les interprètes commencé en 2004 avec Véronique Doisneau, danseuse de l'Opéra de Paris, puis Pichet Klunchun, danseur et chorégraphe thaïlandais et Cédric Andrieux. Je n'ai vu aucune de ces pièces alors je me contente de trouver magnifique cette idée de laisser parler les interprètes, de remonter le fil de leur histoire, d'avoir devant soi la vie d'un homme qui se raconte après s'être longtemps effacé derrière des figures d'exception. Dans une génération d'artistes où le soi devient inspirant, Jérôme Bel jette un regard touchant sur ces interprètes stars qui se sont mis au service d'un chorégraphe. C'est l'histoire d'un don de soi : de sa technique mais aussi de ses émotions, de ses improvisations. C'est le parcours d'un homme qui se construit au gré des rencontres et des hasards. Une critique allemande acerbe, Wibke Hüster, reproche au danseur de ne pas "expliquer pourquoi il a fait le choix du Tanztheater", ou de ne pas aborder son homosexualité. C'est que justement Jérôme Bel nous évite l'hagiographie, le pompeux discours des artistes qui se réinventent a posteriori. Lutz Förster n'offre pas une auto-grille d'analyse, il se contente de reprendre presque scolairement, les dates, les lieux, les répétitions, les productions. Tout ce qui fait la matière, le quotidien d'un interprète, aussi talentueux et demandé soit-il. Il lève à peine le voile de son intimité, parce que finalement elle est toujours passée après. Il est question de don, de soumission, de rebellion parfois. Lorsqu'il claque la porte en plein milieu d'une production de Pina il se trouve "enfantin", "capricieux" mais c'est bien tout ce qui lui reste de liberté. Au milieu des années 80 il a quitté pour quelques années Wuppertal, direction New York. Il danse entre autres pour la José Limon dance company, et puis c'est le moment de la rencontre avec Bob Wilson, si brillant, si talentueux, si séduisant. "Enfin un homme après toutes ces années à travailler avec des femmes" lance t-il. Mais malgré la distance, celle qui l'habite c'est Pina. Après les années folles new yorkaises, le danseur s'essouffle, le sida frappe ses proches. Il retrouve refuge à Wuppertal où Pina le reprend. Les choses ont changé, mais lui continue à lui dire "je veux danser tes pas bien sûr". Rien sur la mort récente de la chorégraphe. Par pudeur peut-être ou simplement parce que ce solo a été monté "avant". Mais en creux, c'est bien la relation entre un danseur et une chorégraphe qui se dessine, un quart de siècle de relations tumultueuses, lassées, fatiguées, ravivées, comme un vieux couple. On devine à son émotion, qu'à 56 ans, Lutz Förster danse maintenant au milieu des disparus. Ce solo est aussi pour eux.
"Lutz Förster" de Jérôme Bel a été présentée la semaine dernière au Hebbel am Ufer et sera également jouée lors du Tanzkongress 09 à Hambourg, le 6 et 7 novembre, au Kampnagel.

A lire la critique de
"Pichet Klunchun and myself" sur le site du Tadorne
Et celle de "Véronique Doisneau" en anglais sur le blog Reflection on dance
"Cédric Andrieux" sera présenté au festival d'Automne de Paris du 14 au 16 décembre au Théâtre de la Ville.
Lire la suite...

vendredi 23 octobre 2009

Porn Film festival - Ou ma découverte du porno lesbien...

Joies du journalisme et du grain de folie berlinois, me voilà, un vendredi après-midi dans une salle vide de mon cinéma de quartier face à une grande rousse lancée dans une scène de masturbation torride dans les chiottes d'un café de San Francisco. Enfin la salle n'est pas tout à fait vide. Nous sommes exactement 5 dans le Kino 2 du Movimiento : moi, donc, mais aussi un étudiant en cinéma polonais spécialisé sur le thème porno et féminisme, une chercheuse américaine, une philosophe berlinoise travaillée par le thème de l'imagination, et une inconnue qui se tirera avant la fin du film. C'est qu'il faut avoir une bonne raison pour être là, à s'ingurgiter du sexe hard lesbien - même alternatif et indépendant - en guise de repas de midi. L'étudiant polonais prend des notes pendant tout le film, moi j'officie pour un magazine suisse.
Art House Slut n'y va pas par quatre chemins. Pas de dialogue inutile. Madison Young, égérie et sex activist de la côte Ouest des USA (réalisatrice ET actrice principale du film), fait la manche, s'enfile un gros sandwich dans une cafet', et termine le repas par une séance de masturbation d'anthologie au dessus de la cuvette des chiottes. Images crues, lumière naturelle, grains de peau en gros plan, et bien plus. Les icônes de la scène lesbienne porno de San Francisco sont toutes là, Madison for sure mais aussi Sandie Lune et Syd Blakovich dont je ne connaissais encore pas l'existence hier et que j'ai vu dans trois films différents pendant le festival. Le film qui bouscule les préjugés du cul lesbien doux, gentil, sensuel. Ici on donne dans le trash, et sans tout raconter y'a même de la soupe de tomate en boite, des glaviots et Andy Wahrol. C'est que dans la prod porno alternative, on a le sens du second degré. Ouf. "J'ai trouvé ça bien, me confie Sandra, la philosophe, en sortant de la projection. Peut-être les scènes de cul sont un peu longues." Tu m'étonnes sur les 75 minutes de film, on a du en passer 65 les yeux rivés sur des chattes mouillées. Sandra mate parfois des pornos, travaille sur l'imagination et ma foi a trouvé que ce film lui avait ouvert des nouvelles portes. Fin de mon premier porno lesbien. Comme j'ai une conscience professionnelle sans limite, j'y retourne le soir même pour laséance de courts-métrages Dyke Porn. La salle est archipleine cette fois. 90% de nanas, en couple souvent.
C'est encore le collectif norvégien qui ouvre la séance avec l'hymne In Your Face (my pussy...). Rien de core, de l'humour décalé nordique par une bande de filles déjantées. Récidive avec les Lesbian gymnasts in USSR et Closet. Du mime de porno tout habillé, du gentil quatrième degré. Allez on se lâche, on rigole un bon coup parce qu'après ça redevient sérieux. Ana Span est venu d'Angleterre présenter "Strut the Slut", un moyen métrage, pas vraiment dans les canons lesbiens "dyke", ça applaudit à peine à la fin de la projections. Moi, ignarde, je ne savais pas que montrer deux nanas "qui ont des ongles longs" et qui "ne s'embrassent pas" (merci Louise pour le décryptage) c'est du lesbien pour hétéros, du porno "mainstream" que le public féminin de la salle dénonce silencieusement. Ana Span se défend "je suis bisexuelle, c'est peut-être pour ça. Je ne fais pas des films pour un public particulier (comprenez les femmes) mais pour mon plaisir uniquement". Moi j'ai trouvé ça plutôt excitant. Ana Span est l'une des plus grandes réalisatrices de pornos en Angleterre, a déjà tourné 250 scènes de cul et a créé son propre label. Pas assez à la marge pour ce festival peut-être? On passera sur le niaiseux "Dandelion Fall" qui malgré une photographie et une image soignée n'a réussi qu'à susciter quelques ricanements. Venons en plutôt aux deux courts les plus convaincants, tous deux tirés du futur long métrage Taxi de Jincey Lumpkin. Allez pas besoin d'aller chercher très loin, c'est des filles qui baisent à tour de rôle dans un taxi new-yorkais. Les stars américaines sont de retour: Madison Young, Syd Blakovich. Mais à mon étonnement, la production est beaucoup plus soignée que cet après-midi, le huis clos est très beau, les matières, les sons, les peaux sont traitées avec délicatesse. On a droit à des flous, du mouvement, une ambiance impressioniste assez réjouissante dans ce grand déballage de sexe un peu cru. A la sortie de la séance Louise de Ville - performeuse parisienne venue spécialement pour le festival - en est encore toute retournée "ça m'a fasciné cette manière de filmer la sensualité sans forcément donner dans la douceur". Retour au brut pour les productions françaises avec Wendy Delorme et Judy Minx dans "Wendy et Judy" de Todd Verow - et oui un homme qui filme des lesbiennes...- et surtout le court-métrage d'Emilie Jouvet "Judy's panties. Court un peu long (30 minutes) et pour le coup tout sauf soigné. La photographe et réalisatrice qui s'est fait un nom dans le queer porno depuis "One Night Stand" a tourné un truc quasi documentaire, et aurait pu du coup nous épargner le mini-scénario niais de départ (une femme en train d'étendre son linge, son mec qui veut la baiser). Judy Minx et Killer, couple à la vie, baisent à la dure. C'est long, trash, pénible. Coups de ceinture, godes, mains enfoncées dans la bouche jusqu'à vomir, fist fucking violent. Je regarde autour de moi, sur les sièges ça gigote, mal à l'aise. Je me demande qui ça excite, à mon avis personne. Et c'est bien là que se situe la frontière entre porno commercial et arty. Peu importe la réaction du public, on regarde là une forme de cul qui existe, qui est porté à son extrême, mais consentant. "C'était vraiment dur à regarder en tant que spectatrice résume Louise, mais dans le film on voit bien qu'elle lui demande en permanence si ça va, si elle veut continuer. C'est elle qui dit encore, elle souffre peut-être mais elle prend du plaisir". Moi je sors lessivée par ces deux heures de projo. Demain, j'arrête.
Lire la suite...

Porn film festival - X Women

Berlin, capitale du sexe. Berlin, capitale du underground. Berlin, 4e Porn film festival. Ca s'est ouvert hier soir au Movimiento, deux salles combles pour s'envoyer le joyeux The Band, film classé H L X F dans le Programmheft du festival, en décrypté ça donne: Hétéro Lesbien classé X Féministe. On aurait pu ajouter Comédie. Le film nous vient d'Australie, signé Anna Brownfield qui se définit elle-même comme une réalisatrice féministe. C'est un peu le leitmotiv de l'édition 2009 du festival. Les femmes ont pris en main leur sexualité et se mettent à faire du porno, derrière la caméra. Près de la moitié des films présentés cette année ont été réalisés par des femmes, dont les françaises Emilie Jouvet et Ovidie, Maria Beatty, Petra Joy, Julie SimoneShine Louise Boston... et Anne Brownfield. "The Band" suit un trio rock au sommet des charts australiens. Le rock y sonne gras, ça sniffe sur les comptoirs, et les scènes de cul sont filmées joliment (si, si). On ne retiendra pas vraiment le scénario, mais les acteurs sont plutôt pas mal, loin des canons du genre, les blondes et les mecs n'y tiennent pas le beau rôle, et les brunettes lesbiennes en ont dans la tête. Après la projection dans un Movimiento transformé en porn lounge où même les chiottes ont été déclarées unisexes (pourtant on connait l'attachement des Allemands aux séparations), j'ai rencontré Anna Brownfield, grande rousse pétillante et classe. Son film ne prend pas de détours, première scène, dans les chiotes où un chanteur en mal de frissons 70s (mimé sur Jim Morisson) tringle une blonde pendant que le public l'attend sur scène. Rock'n roll attitude. D'entrée le garçon atterrit dans la case "gros cave" et la groupie dans celle de la "tout à fait blonde". Photo du sperme de la star collée dans son cahier de fan. Eclat de rire général. Anne Brownfield a de l'humour et surtout une belle image, qui caresse les acteurs sans jamais se répéter, enchaine les scènes de cul avec originalité et surtout sans longueurs. Les acteurs jouent plutôt pas mal, mention spéciale au bassiste, joué par Rupert Owen, ses moues boudeuses et sa scène d'anthologie de masturbation dans le camion de tournée. Un ami de la réalisatrice qui reconnait qu'elle a pu "lui demander tout ce que je voulais. Il était toujours partant". Bande son rock et grasse, bien comme il faut, tout juste la scène finale, happy end lesbien, qui vire un peu à la guimauve sur une musique d'ambiance. Mais Anne se défend "toutes les autres scènes de cul du film sont des coups d'une fois, de la baise pour de la baise. Là c'est une histoire d'amour qui commence, j'ai voulu faire quelque chose de plus doux". Dans son film mecs et blondes en prennent pour leur grade, mais jamais méchamment. Scène d'anthologie du batteur queer fétichiste à quatre pattes reniflant les braguettes. Ce sont bien les femmes et les brunes qui s'en sortent le mieux. Féministe alors? "Définitivement. Même si en Australie, quand on dit féministe, on pense lesbienne". Et vous êtes lesbienne? "Non, pas du tout!" En Australie, le film n'a aucune chance de sortir, "trop de lois puritaines" trainent encore. Anna Brownfield vient donc trouver clients en Europe. Son film va être distribué en Allemagne en DVD (dans une version plus soft et doublé...), même les States devraient le mettre en rayon. "On a du mal parce qu'on ne peut pas mettre mon film dans une catégorie, il est à la fois hétéro, homo, lesbien, féministe, fétichiste. Au début on avait appelé ça du Chick Porn". Ouais, pas si chic tout de même au vu des frasques des rockers en chaleur et de leurs fans hystériques. Avant le film, les organisateurs avaient prévu deux courts métrages mêlant cul et musique. Mention spéciale à l'hilarant "Don't you take it?" de Kirby Ferguson. Allez je ne résiste pas...
Le festival continue jusqu'à dimanche, impossible de lister tous les films mais on conseille les courts métrages, notamment la session Fun Porn rediffusée dimanche à 12h, le film de clôture, le cultissime Alice in Wonderland (1976), le destroy "The life and death of a prono gang" qui nous arrive de Serbie ou l'hilarant The Auteur (samedi, 0h30). Le festival organise sa plus grosse party demain soir au Monster Ronson's le karaoké de la Warschauer Str. Performances, concerts, Djs et surtout concours de Air Sex. Y'a encore des places pour les concurrents.
Lire la suite...

jeudi 22 octobre 2009

La beauté patinée du Neues Museum

Photo (c) Staatliche Museen zu Berlin, Achim Kleuker
C'est un labyrinthe antique où se côtoient des squelettes néolithiques, les sarcophages des pharaons, les bustes de Sénèque ou de Sapho, la beauté de Nefertiti et les vestiges de l'empire romain germanique. C'est un lieu ravagé par la seconde guerre mondiale, où subsiste le clinquant d'un 19e siècle fou d'égyptologie. Fermé pendant presque 70 ans, le Neues Museum a rouvert ses portes depuis la semaine dernière. C'est peu dire que je suis tombée sous le charme. Il avait déjà opéré lors du spectacle inaugural de Sasha Waltz au printemps dernier. Le musée était encore vide. Mais il s'en dégageait une incroyable sensualité, une beauté discrète et monumentale à la fois. Les danseurs et musiciens de Sasha Waltz avait tout cet espace à eux. Cette fois-ci les objets y ont retrouvé leur place, les stars sont immobiles et s'appellent Néfertiti, Akhénathon, la reine Tityi, Hérodote, Sapho ou Hélios. L'architecte anglais David Chipperfield a gratté les artifices, ravivé les couleurs des voûtes, retrouvé le charme des mosaïques, évacué les dorures, gardé les impacts des balles et les blessures des murs, et pour le neuf, préféré le clair, le blanc, l'épure. Un certain goût des mélanges qui se poursuit jusque dans le parcours du Neues Museum. Dans une scénographie parfois difficile à suivre chronologiquement, l'œil passe du buste de Néfertiti aux dieux romains, des statues soudanaises aux figurines du monde arabe. Mais c'est pour mieux embrasser toute la richesse d'un monde méditerranéen antique, berceau de nos civilisations. Lors de son inauguration au milieu du 19e siècle, Emmanuel de Rougé, directeur du département des antiquités égyptiennes du Louvre n'avait pas goûté les fresques murales et le kitsch du musée : "Ce sont là des exemples que nous n'imiterons pas". Aujourd'hui le musée semble avoir préféré un goût de la mesure et de l'authentique. Cette coupole où réside Néfertiti est l'un des lieux phares bien sûr. Quand je la vois pour la première fois, une nuée de photographes l'entoure. Cliquetis du déclencheur mais les voix se taisent. Elle est là seule, tranquille, auréolée d'un dôme magnifique, cernée de murs verts et ocres. Au sol le jaune du marbre rend l'endroit moins solennel. Elle a perdu un œil et regarde là-bas à travers les salles et couloirs. Lui faisant face, au bout de l'allée, les statues colossales d'Hélios et d'une déesse romaine inconnue. Trouvées en Egypte, elles ont aussi traversé un pan de l'histoire allemande. La dernière fois que les Berlinois les ont vues c'était en 1949, rescapées des bombardements. Embarquées en Russie, elles n'ont été raménes qu'en 1958. Enfouies dans les stocks, elles viennent tout juste d'être rénovées. Entre Néfertiti et Hélios, l'une des plus belles collections de papyrus du monde fait tampon. On joue des tiroirs roulant pour faire surgir des morceaux de tissus où émergent hiéroglyphes et lettres grecques, dessins colorés et plans architecturaux millénaires. Tiens une vitrine vide "ceux-là ne marchent déjà plus" s'excuse l'un des guides de la salle... Les pas résonnent joliment sur les mosaïques multicolores, récupérés des débris après la chute du mur, patiemment recollées pendant les 10 ans de rénovation.Le premier étage sera sans doute le plus visité, c'est là qu'on trouve Néfertiti et Akhénaton, toute la statuaire égyptienne, dont cette tête de la reine Tiyi femme d'Amenophis III, figure miniature à la finesse incroyable, mais aussi les papyrus, les statues grecques, les colonies romaines en Allemagne, les premiers signes de la christianisation. Au second étage, les matériaux sont chauds, bois à terre, vitrines colorées, on y revisite de manière très didactique les âges préhistoriques, déambulant de silex en squelettes dont celui de cet élan remontant à la fin de l'ère glaciaire. Clou de cet étage ce splendide chapeau astral en or massif qui daterait de 3000 ans et dont on compte seulement trois autres exemplaires similaires dans le monde. Dans cette salle ronde on explore les calendriers et les astres. Au sous-sol les Egyptiens ont retrouvé le calme et la pénombre des chambres funéraires. Seule les cours offrent une lumière naturelle. Mais là encore les commissaires d'exposition ont préféré mêler les continents et les époques. Des statues Dogon répondent au statuettes mayas. Le monde des divinités dans l'Antiquité s'embrasse d'un coup d'oeil, les objets s'organisent thématiquement dans les vitrines : agriculture, vie quotidienne, croyances, rites funéraires. Au rez-de chaussé, la reconstitution des chambres funéraires de Mérib, Metjen et Manofer est un des grands moments. Avec ses murs patinés, ses peintures écorchées et son goût de l'épure, le Neues Museum est un endroit où il fait bon errer. Les espaces sont larges, desservis par cet escalier gigantesque et lumineux. Je ne peux m'empêcher de repenser aux figures égyptiennes vivantes de Sasha Waltz qui dansaient sur les rampes, circulaient sur les marches au printemps dernier. Dans le hall résonne encore le rire d'une belle hystérique en crinoline. Les esprits du temps se sont emparés d'un lieu.
(Article paru sur le site Le petit Journal Berlin)
Le Neues Museum est ouvert du lundi au mercredi de 10h à 18h, du jeudi au samedi de 10h à 20h, le dimanche de 10h à 18h. Rens.www.smb.museum/neuesmuseum
Lire la suite...

mercredi 21 octobre 2009

Freischwhimmer festival - Turbo Pascal, même pas peur

Turbo Pascal c'est ce collectif berlinois qui en 2006 émergeait du joyeux fourre-tout du 100° Berlin. Pendant trois jours, sans sélection aucune si ce n'est celle du "premier arrivé" 100 performeurs, artistes, troupes, amateurs ou pros, ont porte ouverte à la Hau et aux Sophiensaele pour présenter leurs productions. Un grand mic-mac théâtral au rythme marathonien d'où émergent parfois des figures. Turbo Pascal donc, avait tiré son épingle du jeu en 2006 et pouvait dès l'année suivante commencer à tourner sur les scènes "reconnues" allemandes. Leur credo, interpeller le public, gommer les barrières scènes-salles. La semaine dernière ils ont ouvert le festival Freischwimmer 09 - Plateforme pour le jeune théâtre - un rendez-vous co-organisé par les Sophiensaele mais aussi le Kampnagel à Hambourg, le forum du Freies Theater de Dusseldorf,la Theaterhaus Gessnerallee à Zürich et la Künstlerhaus de Vienne. Sous la thématique du "choc" ils ont présenté "Ich bin nicht wirklich die Gefahr", une performance jouant des scénarios du pire où le spectateur est pris à parti. Sans grand frisson mais joyeusement poétique. “Que se passerait-il si toutes les 250 personnes du public devaient sortir en même temps par la même porte?” “Savez-vous que l’installation électrique de cette salle date du temps de la RDA?” “Il y a deux ans des morceaux de ce plafond sont tombés sur la scène...” Ainsi nous reçoit le collectif Turbo Pascal sur la scène des Sophiensaele. Bienvenue en paranoïa aïgue, celle de nos sociétés du tout sécurité où la moindre faille technique devient obsédante. Les quatre acteurs-performeurs ont commencé parmi nous, susurrant des horreurs pour nous faire craindre le pire. Le thème du festival Freischwimmer n’est-il pas le “choc” cette année? Tout peut être cause de peur, tout peut provoquer l’accident, et pourquoi pas la mort, un portable, une échelle, une pomme. Alors méfions-nous! Les quatre acteurs jouent des mots et des scénario, poussent à l’extrême une politique de prévention des risques, et dessinent à même le sol les zones des possibles. Quand la pièce tourne à la panne d’électricité générale, nous voilà plongés dans le noir total, nous qui avions été allumés plein feux au début du spectacle. On nous distribue alors de petites lampes à faisceaux rouges, on se laisse alors guider par celui-qui sait, ou du moins fait mine, et obéissons aux consignes. “Tourner en rond”, “les filles à droite”, “les garçons à gauche” “Qui est enceinte?”, “qui est infirmier?”, “qui a de la nourriture?”. Nous voilà contraints de vider nos sacs et nos poches, tout est bon à prendre, bonbons, pommes croquées, bouteilles de bière.Mais le grand frisson n’est pas au rendez-vous, la catastrophe non plus. Rien ne nous fait vraiment peur dans cette grande salle de théâtre berlinoise aux murs décrépis. Certes il le plafond s’est vraiment effondré il y a deux ans, et oui, il est vrai que ce beau loft industriel était auparavant une centrale électrique de la RDA. Mais le scénario du pire reste flottant. On préfère alors s’amuser du temps faussement dramatique, des envolées poétiques, des déplacements des corps, des morts mimées au ralenti, des jeux de lumière astucieux. Obligation de finir sur la scène, forcés de quitter nos chaises suivant les consignes de sécurité. Là, tout se termine en chanson, en tapant dans les mains. La peur est bien loin...
Prochaines dates pour les non-Berlinois :
24.+25. Oktober 21.00 Uhr Kampnagel, Hamburg
26.+27. November 21.00 Uhr Theaterhaus Gessnerallee, Zürich
7.+8. Dezember 21.00 Uhr brut im Künstlerhaus, Wien
19.+20. Januar 19.30 Uhr Forum Freies Theater, Düsseldorf
5.+6.+7.+8. November 20.00 Uhr LOT-Theater, Braunschweig
10.+11.+12.+13. November 20.00 Uhr, Theaterhaus Hildesheim
Lire la suite...