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dimanche 17 août 2008

Bahok, voyage sans grand transport


Tanz im August s'affiche comme un festival international "de la danse d'avant-garde". Mauvaise pioche avec Bahok d'Akram Khan. International, certainement, avant-gardiste, beaucoup moins sûr. Son spectacle, monté en Chine avec trois membres du Ballet national et cinq de sa troupe londonnienne, manque de chair, de renouveau, de propos. Trop d'intentions affichées (le métissage, le choc des cultures) pour un résultat qui flirte bon la commande et le propos consensuel. Nous sommes tous des déracinés, en migration permanente, déboussolés, à la recherche de nos origines... Par-dessus tout ça des mots "ushaïesques" pour faire croire à du sens "terre", "mer", "feu", "eau"...

Jusque là, le chorégraphe britannique d'origine bengali, avait plutôt brillamment abordé ces thèmes, croisant modernité, danses ancestrales (il a été formé à la danse traditionnelle kathak), Europe et Asie, réflexion, danse et prise de parole. Zero Degrees, duo avec l'autre chorégraphe chouchou de la scène européenne, Sidi Larbi Cherkaoui, proposait une vision personnelle aigue et émouvante de deux hommes de ce 21e siècle. 

Ce n'est pas que l'énergie fasse défaut dans ce Bahok (qui signifie "porter, transporter" en bengali). Elasticité, vélocité, espièglerie surgissent des mouvements et des conversations entre les 8 danseurs. Khan joue sur l'humour, aussi. Du spectacle rafraichissant en somme. Mais trop souvent à la limite du gentillet, du déjà vu, voire du ringard un peu aussi. 

Il y a pourtant tous les ingrédients qui ont fait le succès des spectacles d'Akram Khan: l'explosivité, les danseurs venus de tous horizons, le mélange des genres chorégraphiques, la musique du compositeur Nitin Sawhney, le regard profondément interculturel. A ceci près que pour la première fois le chorégraphe ne danse pas. Dans une interview il disait renoncer désormais à danser dans les grosses productions et se consacrer uniquement à des projets de solo/duos. Il s'est produit récemment avec Sylvie Guilhem dans "Sacred Monsters" et présentera pour la première fois à Londres en septembre (in-i) son duo avec... Juliette Binoche qui fait son baptème de la danse à 43 ans.

Mais revenons à la pièce. Soit trois jeunes danseurs du Ballet national de Chine, emprunts de leur culture classique, et cinq membres de la compagnie d'Akram Khan venus d'Espagne, de Slovaquie, d'Inde, d'Afrique du Sud et de Corée. Leur rencontre se passe en territoire neutre: le hall d'un aéroport. C'est à Londres mais ce pourrait aussi bien se passer à Shangaï ou Madrid. Les danseurs "sont piégés dans un endroit dans lequel ils affichent chacun leur propre définition du chez soi", explique le chorégraphe. Les danseurs racontent leur vie, chacun dans leur propre langue, orale et corporelle. En résulte incompréhensions, rencontres, non-rencontres, pas de deux, querelles. Sur la trame de cette incommunicabilité (finalement dépassée par les corps et le rire) et de la perte des origines (d'où venons-nous vraiment, qu'est-ce qui nous rattache désormais à notre "home" dans un monde où les distances s'effacent, où déménager, changer de pays devient un mode de vie) Akram Khan juxtapose les genres, respecte les parcours de chacun dans un patchwork un peu vide. Les trois danseurs du Ballet classique chinois, ne décollent pas vraiment de leur gestuelle virtuose et pirouettesque. A part dans ce duo entre la danseuse Wang Yitong et le slovaque Andrej Petrovic où dans un tête-bêche vertical magique, quatre mains et quatre jambes s'arrondissent emmenées par une seule tête. Ou dans la danse spasmique de la  sud-africaine Shabnell Winlock, éruptive, instinctive, magique qui condense enfin un peu d'inattendu et de d'explosivité dans une partition trop lisse.



A propos d'Akram Khan : né à Londres en 1974, sa mère le pousse très tôt à pratique la danse traditionnelle bengalie le Kathak. Il se forme ensuite à la danse classique, puis contemporaine à l'école de Leeds. Entre temps il fera une apparition dans le Mahabharata de Peter Brook. Il présente avec un certain succès médiatique ses propres chorégraphies dès 1995 en Angleterre (Loose in fight, Fix, No male egos, Desert steps) où apparait déjà le musicien Nitin Sawhney. En 2000 il passe six mois dans l'école P.A.R.T. d'Anne Teresa de Keersmaker à Bruxelles. Création de sa propre compagnie en 2000 d'où surgira Rush (2000), Related Rocks  (2001) puis Katoosh (2002), sa première forme longue. Suivront, Red or white (2003), A god of small tales (2003)  fruit d'une collaboration avec l'écrivain Hanif Kuneishi, Ma (2004), Zero Degrees son duo avec Sidi Larbi Cherkaoui (2005), Sacred Monsters, duo avec Sylvie Guillem (2006), et Bahok (2008).

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