Regard curieux sur une capitale en MOUVEMENTS

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jeudi 18 septembre 2008

Constanza Macras vole dans les plumes du Brésil


Qu'elle se penche sur Sao Paulo, Bombay, Neukölln ou les Gated communities de Buenos Aires, Constanza Macras injecte la même énergie débordante dans tous ses projets. "Paraiso sem Consolaçao" n'échappe pas à la règle. Le spectacle joué la semaine dernière à la Hau 1 après avoir été créé au printemps au Brésil a rempli ses promesses. Kitsch, pop, rose, trash, drôle, grinçant.
Cette fois-si, la chorégraphe argentino-berlinoise n'a pas travaillé avec sa troupe habituelle de Dorky Park mais avec douze danseurs brésiliens, recrutés par audition. On connaissait la folie déjantée des Dorky. On retrouve la même pour ce crû brésilien. Macras a ce don de faire éclater une énergie collective et communicative, tout en tirant le meilleur de chaque individualité. Le tout enrobé dans une esthétique comédie musicale qui oscille entre culture populaire et mauvais goût. "Un paradis sans consolation" qui passe par tous les états dramatiques, mais en évitant la case du désespoir.Le spectacle remonte l'immense avenida Paulista de la mégalopole brésilienne Sao Paulo, s'arrêtant dans les centres commerciaux, explorant les fragments de vie dans un métropole de 19 millions d'habitants. Allons-y pour les clichés, les pauvres côtoient les très riches, la danseuse de samba fait des heures supp' SM auprès de gros bourgeois, les télés novelas sont partout. Et vive la consommation, la pollution, les liposuscions et les strings. Macras prend à bras le corps toutes les images du Brésil soleil-samba-favela. Mais elle a toujours le bon goût de filer un coup de pied irrévérencieux voire provoquant au moment même où on se dit qu'elle exagère. La danseuse de samba préfère se déplumer le cul en chantant (très faux) dans un allemand approximatif (très mauvais). Plus douée pour le chant, la présentatrice du téléachat arrache sa perruque blonde, se contorsionne dans un "body" peu sexy et hurle sa solitude à coup de chansons françaises (tout y passe de Gainsbourg à Piaf) et de masturbation désespérée. Et si ça ne nous suffisait pas, la fille d'Ipanema se prend un coup de punk dans la tête et les joggeuses préfèrent finalement le hip hop. Non, non, non on ne s'en sortira pas aussi bien. Elle veut bien qu'on rigole devant le masseur à trois vitesses du télé-achat mais attention aux retours grinçants. Macras ne cherche pas le bon goût, trop facile, trop bourgeois. Elle ne s'autorise surtout pas à contourner le cliché. Elle fait mieux. Il est la matière première de son œuvre alors elle l'aborde de front, le triture, le retourne, le fracasse sans ménagement par terre, l'agrémente de trois pirouettes, le ridiculise. Il en ressort tout essoré, le cliché.
Ce qu'il y a de bien avec Macras c'est qu'elle sonne toujours juste, même dans ses excès kitsch et pop. C'est fou comme elle réussit à nous parler de complexité en ne se prenant jamais au sérieux, en conservant cette danse et ce langage simple, clair, direct. Elle détourne les codes, sans jamais pourtant les prendre de haut. "Paraiso sem consolaçao" sonne comme un manifeste de survie pop en milieu urbain hostile.

2 commentaires:

marie a dit…

bonjour
je viens de lire votre texte
merci ça fait du bien!
alors que je cherchais des nouvelles de 2 amis danseurs à berlin, j'ai trouvé votre blog.
je vais avoir matière à lire on dirait qu'on a des penchants communs.
il m'est arrivé d'écrire à propos de pièces.

vous aimez écrire.. continuez on a besoin de plumes soignées et libres comme on a besoin de cherkaoui de macras et robyn orlin
et qq autres!

je ne connais de Constanza Macras que Big in Bombay: j'aime les qualités que vous lui attribuez et le portrait que vous en faites, et ce que vous décrivez réanime mes souvenirs, je revois différentes scènes, et vous avez raison, on n'arrive pas à lui en vouloir qd elle pousse le bouchon. c'est fabuleux!
allez j'y retourne! à bientot!

marie a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.